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BLOG ART et POESIE : OÙ VA ÉCRIRE ? — POETE — © APPAIRAGES ART

vendredi 15 décembre 2017

SOAPBOX N°82, Feuillet de l'umbo, 2017 ◘► Dominique RABOURDIN, Les messagers de la poésie avec Thierry Horguelin, Benoît Chaput (L’Oie de Cravan), Stéphane Mirambeau (Pierre Mainard), Laurent Albarracin (Le Cadran ligné), Lydie Prioul et Thierry Chauveau (L’Herbe qui tremble), Nicolas de Mar-Vivo (Les Éléments de langage) ◘► POÉSIE : Pierre PEUCHMAURD ; Antonio GAMONEDA ; Charles DUITS ; Roger GILBERT-LECOMTE ; Normand LALONDE ◘►ART : Jean-Pierre PARAGGIO ; Rik LINA ; Emmanuel BOUSSUGE ; Isabelle THON-LAFFONT ◘►ART & POÉSIE : Jean-Pierre PARAGGIO & Isabelle DALBE (Source : Facebook)




Annonce parue dans SOAPBOX N°82, 2017
pour relayer l'article de Dominique Rabourdin


« Cette année encore, du 7 au 11 juin, le 35e Marché de la Poésie, place Saint Sulpice, à Paris, a connu une affluence considérable : plus de 250 éditeurs, des plus grands aux plus confidentiels, répartis sur 120 stands, dont certains accueillaient plusieurs petites maisons d’édition.

Avec ses dizaines d’évènements, dont les « États généraux de la poésie », la présence d’innombrables poètes et poétesses, célèbres ou inconnus, venus signer leurs livres, cette manifestation peut sembler désuète et anachronique, et sans doute l’est-elle, mais il serait trop facile d’ironiser. Elle reste d’abord et surtout un vrai lieu de découvertes et de rencontres placées sous le signe de la diversité et de la convivialité, de la part des poètes, de leurs lecteurs et de ceux qu’il ne faut surtout pas oublier, ceux qui ne se découragent pas et, loin de disparaître, comme on l’annonce régulièrement, continuent, contre les vents dominants, à se mettre au service de la poésie :
 ses éditeurs.



Exemple, presque pris au hasard, de cette diversité qui en est la richesse, l’œil attiré par un titre ou un auteur (Louis Scutenaire, Pierre Peuchmaurd) comme un signe de ralliement dans cette foultitude de livres, le stand qui rassemble depuis des années, 

à l’initiative de Thierry Horguelin : 

« une constellation informelle d'éditeurs de France, de Belgique et du Québec, pas toujours les mêmes d'une année à l'autre »

Lui-même n’a pas de maison d'édition « à lui », mais cela ne l’a pas empêché d’initier depuis vingt ans quelques livres aussi confidentiels et remarquables que DE L’ÉTERNITÉ, un florilège, la dernière plaquette de Gérard Legrand, un des intimes d’André Breton.
« Ce qui les réunit avant tout, précise Thierry Horguelin, ce sont des liens d'amitié et le plaisir de faire de bons livres. » Cette année, ce stand 608 abrite des noms devenus familiers : Benoît Chaput (L’Oie de Cravan), Stéphane Mirambeau (Pierre Mainard), Laurent Albarracin (Le Cadran ligné), Lydie Prioul et Thierry Chauveau (L’Herbe qui tremble) et un nouveau venu, Nicolas de Mar-Vivo (Les Éléments de langage). Chacun, à sa manière, répond à l’interrogation inquiète de Friedrich Hölderlin : « Wozzu », « à quoi bon des poètes en un temps de manque ? », qui n’a rien perdu de son actualité, de son urgence. Ne sommes-nous pas en plein dans ce temps- là ?


Cette année, cette alchimie spontanée a particulièrement bien fonctionné. Il y a bien sûr des affinités de ligne éditoriale (par exemple, L'Oie de Cravan, Pierre Mainard et Le Cadran ligné s'inscrivent très librement dans la lignée du surréalisme). Mais au fond, le point commun de toutes ces maisons relève d'abord de la pratique éditoriale : une conception artisanale du métier, le désir de publier peu mais bien, l'amour du livre conçu comme un tout organique où le format, la maquette, le papier, la typo s'accordent intimement au contenu, l'incapacité foncière enfin à séparer la littérature, l'édition et la vie.
 L'an dernier, L'Herbe qui tremble m'a invité à créer une collection qui sera lancée à l'automne. Elle publiera de la poésie mais aussi des textes plus inclassables, aux frontières de la prose et de la poésie. C'est aussi dans cette collection que je souhaite rééditer les trois premiers recueils de Gérard Legrand, Des pierres de mouvance, Marche du lierre et la plaquette Siècles ciselés. 
Il me serait difficile de trouver un point commun entre tous ces auteurs, si ce n'est ce petit frisson inexplicable qui vous saisit à la lecture d'un texte et vous donne séance tenante l'envie d'en être l'éditeur. Ce frisson dans l’échine est rare et c’est pourquoi je reste convaincu qu’il faut publier peu mais bien. »


{ } 

R A P P E L


Dernière publication de Thierry Horguelin 
chez L'Oie de Cravan 




Nouvelles de l'autre vie est la continuation du recueil de nouvelles La nuit sans fin (Prix Franz de Wever de l'Académie Royale de Belgique pour le meilleur recueil de nouvelles). Ce sont à nouveau des histoires déconcertantes qui nous entraînent dans un labyrinthe où nous nous retrouvons piégés, ne sachant distinguer le vrai du faux et la fiction du réel. Thierry Horguelin est un orfèvre de la phrase qui aime Borges et Perec, c’est dire le plaisir qu'il prend à nous égarer. (Note de l'éditeur)

Nouvelles de l'autre vie, © Photo d'Antoine Peuchmaurd en couverture. 18,7 x 12,7 cm. Mai 2016 → ici


{ } 



◘ Pour Thierry Chauveau (L'Herbe qui tremble) :


ici

« plus cette question (Wozzu) m’est posée, moins je trouve de réponse. Je pourrais dire que petit je suis tombé dans la marmite d’une potion faite d’un mélange de poèmes et d’imprimerie et que ça me tient au corps. Hölderlin avait la poésie vissée au corps. La chrysalide fait le poète, le poème fait le livre, le livre fait l’éditeur, l’amitié fait le reste, dont le stand 608, l’ensemble est le système solaire que nous habitons. Je ne vois pas où est le temps de manque. »
 



◘ Pour Laurent Albarraccin (Le Cadran ligné) : 





Nouveau site 2017 → ici

« le stand 608 du Marché de la poésie n'est rien d'autre que la rencontre amicale de la nécessité et de l'évidence. Maurice Blanchard disait « La poésie est une propriété de la matière. » À quoi Pierre Peuchmaurd ajoutait : « L'édition est une propriété de la poésie. » Il est à peu près aussi naturel pour un poète d'éditer de la poésie qu'il l'est pour un arbre de faire des feuilles au printemps. Quant à la sempiternelle question de Hölderlin, j'y répondrais de la même manière : il ne s'agit pas tant d'habiter poétiquement le monde que de permettre au monde de s'habiter pleinement - à travers le poème. » 



~  R A P P E L   P A R U T I O N S  ~

OCTOBRE 2017

Gestes de Boris Wolowiec

Gestes se présente comme une suite de phrases toutes construites sur un verbe à l’infinitif. Proches de l’aphorisme, de la formule brève et percutante en tout cas, ces phrases « d’action » font preuve d’une vigueur d’énonciation et témoignent d’une puissance d’imagination et d’affirmation hors normes. Elles s’intègrent parfaitement dans le monde foisonnant que construit Boris Wolowiec, à la fois libre et apparemment échevelé et en même temps extrêmement cohérent. Il s’agit du deuxième ouvrage de cet auteur à nos éditions après Nuages qui fut son premier livre publié. → ici


Perdre son nom de vue et le reconnaître des années-lumière plus tard à l’intérieur de la masse de sperme de l’amnésie.

(…)

Devenir un saint afin de sauvegarder la gentillesse d’une odeur de menthe.


*

Traité de la poussière de François Jacqmin

Le Traité de la poussière est l’un des derniers recueils, resté inachevé, du Belge François Jacqmin (1929-1992). Considérés par l’auteur comme les « épaves » d’un naufrage de la pensée, ces quelque deux cents sizains nous émeuvent par la radicalité de leur propos et la justesse de leur ton. → ici
(Édition établie par Sabrina Parent et Gérald Purnelle.


« L’alouette est trempée d’altitude.
Le jour
pur et inéluctable, se lève.

Ni le regard ni la pensée
ne pénètrent

les intentions de tant de limpidités. »


Un peu de son pour nourrir la poésie


On peut entendre, sur la RTBF : la voix de François Jacqmin.

ICI


C’est à 4 minutes 18 et ça dure jusqu’à la minute 05:03. 

On peut aussi écouter tout le billet consacré à la parution du Traité de la poussière à partir de 02:55 → "Traité de la poussière" de François Jacqmin aux éditions Cadran Ligné

◘ Par ailleurs Jacques Bonnaffé a lu, mercredi 6 décembre 2017, sur France Culture, un extrait de Traité de la poussière.






◘ Pour Pierre Mainard : 





ici et ici FB 

« être éditeur de poésie : c'est se tenir à l'écart du bruit et pourtant bien en place sous le grand drap du monde pour en saisir les éclats, les remous qui nous disent qu'une vie est pleine de ce qu'elle entreprend et non de ce qu'elle subit. La poésie, c'est le vivant, une manière de se maintenir debout, d'aller à la rencontre. C'est dire combien l'on se reconnaît de loin, en dehors du temps. »




~ R A P P E L    P A R U T I O N S ~

NOVEMBRE  2017

Giroflées de Pierre Peuchmaurd
avec un frontispice de Jean-Pierre Paraggio

Giroflées compte quatre parties, les trois premières ont fait l’objet de publication dans des revues entre 1990 et 2004, dont Les Giroflées dans La N.R.F. en 1990. La quatrième, Vie et mort d’un miroir de lierre, est inédite. Ces quatre parties, quatre temps, quatre respirations, comme les saisons forment une boucle dans laquelle se tient, grâce au grimoire du poète, un monde qui se déploie sous nos yeux. « Le conducteur de lune » fixe sur nos pensées des nostalgies de bêtes, de souvenirs, de terres, d’astres, de couleurs qui nous portent au voyage. → ici


LA CHASSE

Bruissements, éclaboussements, évanouissements, la chasse blonde est passée - son arroi de velours, son sang, sa boue, sa brume.

Les cornes d'or, les bois de sucre, les bois comme de hauts mâts, la mer, la fin des terres, la mer, le cochon d'or.

Retour de chasse : les grandes bêtes bleues dorment dans ta peur, la vermine grouille, le jour se lève. 



*

L'amante érectile d'Anne-Marie Beeckman
avec des dessins de Diane de Bournazel

Quand la poésie d’Anne-Marie Beeckman rencontre (et ce n’est pas la première fois) les œuvres de Diane de Bournazel, deux univers s’agrègent, libérant en nous des songes bercés par l’amour, la mort, les animaux, les plantes… tout un monde fait la ronde et tourneboule nos sens. → ici


[...]
Parle. Remue la langue des oiseaux dans ta bouche de terre.
N'auras-tu plus ces bruits de lèvre dans le vallon ?
[...]

La pelade des hyènes gagne le vautour,
j'agite la crécelle des silences.
Je ne peux lever l'armet de ton faucon.
Je t'adjure : parle !
J'ai ton bâillon au bas du ventre.


*

Plein Vent de Laurent Albarracin

Plein vent rassemble 111 haïku en hommage au premier livre dans ce genre que Pierre Peuchmaurd publia chez P. Mainard (Au chien sédentaire, 2005). Les deux auteurs étaient proches et s’estimaient, au point que Laurent Albarracin dirigea et rédigea le volume Présence de la poésie – Pierre Peuchmaurd consacré au poète (éd. des Vanneaux).
Dans Plein vent, Laurent Albarracin égrène le monde au rythme des saisons, et, à l’image de ce haïku Le papillon posé / sur le manche de l’outil / fait s’envoler la peine, nous allège de bien des lourdeurs. → ici



Nuage gronde
sans autre son
que son blanc

Fortes pluies -
l'eau a
démâté

Grenouille bruit d'eau
grenouille bruit d'eau grenouille
bruit d'eau - y'en a marre




◘ Nicolas de Mar-Vivo 





→ ici et ici FB 


vit, lit et écrit à Bruxelles. Il participe pour la première fois au marché de la poésie de Paris : Éléments de langage est né du numérique. C’était à l’origine un blog de création littéraire animé par le « Collectif des premières personnes du singulier » qui a très vite considéré l’édition papier comme une solution d’avenir. Alors que tout se numérise, Éléments de langage a décidé de miser sur le digital : ce qui se fait avec les doigts.





◘ Benoit Chaput, canadien du Québec, 
a intitulé sa maison d’édition L’Oie de Cravan 





ici 

en référence à une « inscription » de Scutenaire en hommage au poète et boxeur Arthur Cravan, mort sur un bateau dans le golfe du Mexique. Elle se retrouve à la fin de tous ses livres : « Les Oies de Cravan naissent des mâts pourris des navires perdus au golfe du Mexique. »

« Un beau nom, qui vole sur les ailes du mystère. Ce qui me guide et m’aiguille encore dans le choix des manuscrits que je décide de publier, ce sont tout simplement des coups de cœur. Au moment de leur publication, j’ai aimé follement tous les livres publiés. Je cherche des textes, des images, qui me surprennent. Il n’y a pas de ligne claire, plutôt quelque chose d’intuitif qui, je crois, se reconnaît quand on regarde le catalogue de L’Oie ». 
Quand on lui demande s’il a un vers, une phrase d’une des œuvres publiées chez lui qu’il aime particulièrement, il cite Peuchmaurd, « ce poète français décédé en 2009, qui était mon ami et qui est encore au centre de l’esprit de cette maison d’édition. C’est un court aphorisme. Une question toute simple, un peu mystérieuse, qui nous ramène à l’enfance, à une nostalgie qui est aussi un défi pour l’avenir : 

« Tu te souviens, quand tu étais plus grand que les arbres? » (in Fatigues, aphorismes complets, 2014.)




© Couverture : photographie d'Antoine Peuchmaurd, 2008
Poète en Mongolie (Pierre Peuchmaurd et son chien Zig)



Pierre Peuchmaurd a noté pendant des années ce qu'il appelait ses fatigues, ces aphorismes précis, à la fois joueurs et graves, du même bois que ceux de ses proches Louis Scutenaire et G.C. Lichtenberg. Ce livre regroupe les trois recueils d'aphorismes parus de son vivant, soit À l'usage de Delphine (L'Oie de Cravan, 1999), L'immaculée déception (Atelier de l'Agneau, 2002) et Le moineau par les cornes (Pierre Mainard, 2007). Cet ensemble est complété par un recueil inédit, La position du pissenlit, rédigé dans les derniers mois de sa vie. 

Pierre Peuchmaurd est né à Paris en 1948 et est décédé le 12 avril 2009 à Brive. Il aura vécu près de 40 ans en Corrèze où il animait les éditions Myrddin. Son écriture et sa vie s'inscrivent dans la continuité de la démarche surréaliste avec une voix et une sensibilité uniques. Son oeuvre poétique, abondante, commence tout juste à être reconnue pour l'une des plus justes, les plus fortes, de ce temps. (Note de l'éditeur).

Fatigues, aphorismes complets, 2014 - 19.5 x 14cm. 228 pages. Avec quatre dessins de Jean Terrossian. Editions L'Oie de Cravan → ici


*

Parmi les dernières publications de L’Oie de Cravan , les aphorismes du québécois Normand Lalonde, Autoportrait aux yeux crevés, petites méchancetés et autres gentillesses que Benoit Chaput n’hésitait pas non seulement à recommander, mais à confier à ses visiteurs, à leur mettre entre les mains. C’est sans doute ce geste qui m’a donné envie de saluer ces éditeurs militants qui continuent à croire passionnément à leur métier, et m’a permis de lire Normand Lalonde, né le 31 décembre 1959, qui a enseigné la littérature et le cinéma jusqu’à ce qu’on lui diagnostique une tumeur au cerveau en 2007. Le glioblastome ne devait initialement lui laisser que 12 à 18 mois de sursis. Et son décès est intervenu le 1er juillet 2012.

Ces quelques aphorismes, d’une lucidité sans concession, donnent envie d’en lire plus :

[...]
- Parfois, lutter de toutes ses forces n’est pas suffisant. Il faut alors lutter de toutes ses faiblesses.
[...]
- Désastre est un grand mot, quand il ne reste rien.
[...]



Peinture I. Thon-Laffont et aphorisme N. Lalonde, 
Source Soapbox N°82



Pour tous ces éditeurs – et pas seulement ceux du Stand 608 – la poésie est un appel d’air, un acte de résistance, « l’or du temps » cherché par André Breton. Ils s’en font les découvreurs, les passeurs, les messagers. Tous pourraient signer ces mots de Benoit Chaput : « Mon souhait le plus cher, même s’il est difficile à réaliser, est de faire de l’édition d’une façon différente qui soit elle-même poétique. Comment concilier la passion de la poésie, des beaux livres, avec les exigences du commerce? Comment ne pas sombrer dans l’habitude, comment garder le feu sacré? En d’autres mots : comment rester un amateur professionnel? J’aime agir avec lenteur, prendre tout le temps qu’il faut pour aimer un texte, le laisser mûrir et devenir livre alors que tout autour est vitesse. Il y a un équilibre à retrouver sans cesse, une ligne fine sur laquelle marcher : ce n’est pas toujours facile. »
 Mais c’est toute la différence entre la poésie et « la lecture du journal à haute voix ».

Dominique Rabourdin


Article via LE BLOG D'EN ATTENDANT NADEAU ici



◘ ◘






C O N T A C T

Jean-Pierre PARAGGIO
23 rue des Princes
31500 Toulouse

Toute correspondance :
jeanpierreparaggio[at]yahoo.fr


Pour télécharger SOAPBOX N°82 afin d’en visionner l’intégralité ou pour l’imprimer sur support papier :


ICI SOAPBOX 82 recto → SOMMAIRE Poésie : Charles DUITS ; Roger GILBERT-LECOMTE=== Art : Jean-Pierre PARAGGIO, encre (ci-dessous) ; Exposition des Assemblages de Rik LINA, Galerie Debout sur L'Oeuf, COIMBRA/PORTUGAL du 27/07 au 30/09/2017 → Annonce ici.

ICI SOAPBOX 82 verso → SOMMAIRE Poésie : Pierre PEUCHMAURD, Extraits de L'OEIL TOURNÉ, éditions Cadex, 2003 (prochain article) ; Antonio GAMONEDA ; Normand LALONDE, aphorisme (ci-dessus)  === Art : Emmanuel BOUSSUGE, photo (prochain article) ; Isabelle THON-LAFFONT, peinture (ci-dessus)

► et sur le SITE « LES MINUTES de l'UMBO », 
Accès autres SOAPBOX (depuis le N°1) → ICI



* *


◘  Jean-Pierre PARAGGIO  ◘






ici



Jean-Pierre PARAGGIO animateur de Soapbox, feuillet internet (après avoir animé les Cahiers de l'umbo [2004-2010] et l'impromptu [2011-2014] ), dirige la Collection de l'umbo depuis 1996 en publiant de grands poètes et des poètes majeurs, notamment Pierre PEUCHMAURD, Louis-François DELISSE.


A ce titre, il est également et incontestablement, depuis des décennies, un formidable et dynamique messager de la poésie.


Aussi artiste, ses œuvres remarquables sont variées : Peintures, encres, dessins, collages, détournements, techniques mixtes. 


Ses œuvres illustrent de nombreux recueils de poètes qu'il publie (→ voir ici Série Passage du sud-ouest et ici Les Cahiers de l'umbo), ou qui sont publiés par d'autres maisons d'édition.  


Notamment, il a illustré les ouvrages de : Pierre Peuchmaurd : La Nature chez Elle → ici  ; Fragments de cerf ; La Buse Ophélie ; Val Noir Marie-Ange, précédé de Quarante anges ; L'Ange Cannibale ; Quatre Combats ; Une Tente de Feu que le vent tord ; Quatre Mélancolies ; === Louis-François Delisse : À Gambo, avec quatre stèles de J.-P. Paraggio, 1ère version : février 2013, version complète février 2014 → ici === Laurent Albarracin : Le Déluge ambigu, Collection de l'UMBO  → ici ; dernièrement À, éditions Le Réalgar, 2017 → ici === Joël Gayraud : Clairière du rêve → ici === Anne-Marie Beeckman === Jean-Yves Bériou : Et on s’en va → ici === Olivier Hervy, Revue → ici === Jean-Raphaël Prieto & Ana Orozco : La Belle Affaire → ici === Benoît Chaput : Quelques Mots Clairs → ici === Julien Starck (dont en 2017, L'Hiver, Les Météores Éditions → ici) ; etc.


Il a publié, outre ces poètes, encore : Guy Cabanel, Hervé Delabarre, Georges-Henri Morin, Jacques Abeille, Roberto San Geroteo, Régis Gayraud, Ana Tot, Mauro Placi, Claude-Lucien Cauët, Christian Ducos, Christine Delcourt, Isabelle Dalbe, etc.


De très nombreux poètes majeurs et poètes importants ont célébré avec des textes ou poèmes ses créations.


Ont paru en regard de ses dessins, collages, encres, images détournées des textes et poèmes de : Pierre PEUCHMAURD, «Cent mille milliards de fois» in Colibris et Princesses, L'Escampette Éditions, 2004) ; Guy CABANEL, «Passage d'oiseaux dans le Sud-Est» ; Laurent ALBARRACIN, «Lévitation d'un coq en rêve de combat» ; Joël GAYRAUD «Vision dans le Corail» → ici ; Mauro PLACI ; «Le songe heureux de la lumière» ; Roberto SAN GEROTEO «Écoute, Écoute...» ; Régis GAYRAUD : texte en regard d'une œuvre de J-P Paraggio présentée par Bruno MONTPIED sur son blog Le Poignard subtil ; Claude BARRÈRE «Chirurgies de papier» ; Julien STARCK, «Le Dieu Jaune» ; Paul Lemuel CABANEL, Quatre Poèmes en regard d’œuvres de Jean-Pierre PARAGGIO → ici, etc.

Très nombreuses expositions en France et à l'international. La plus récente « OUVRIR L'OEIL » (juillet/septembre 2017) → ici



Jean-Pierre Paraggio, encre, source Soapbox N°82



GALERIES DE SES BELLES OEUVRES → ICI


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Jean-Pierre Paraggio & Isabelle Dalbe





Jean-pierre Paraggio, série "Héautontimorouménos"



Vision défigurant le visage de la folie du temps passant sans remords. Ramée d'une respiration qui rêve d'une mobilité combattante où faire son nid. Ta face sauve l'heure inhabitée dans l'espace.

Il y a dans les yeux la réflexion d'un œil de chair brûlant les gouffres du mourir ensemble. Exister est ballade pour balade aiguë à vie bue. Douce image de cette cage enserrant, en phénix, les civilisations sans becs dans l'eau. Flamboie le passage des veines d'écailles sur les cils.

Isabelle Dalbe
(Source photo oeuvre J.P.P et Texte I.D : FACEBOOK)



◘ R A P P E L : 
➳ Isabelle Dalbe, Le Cas poupée, frontispice de l’auteur, Série Passage du sud-ouest, Collection de l'umbo, décembre 2015. (5 euros) → Article ici


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A NOTER DERNIERS ARTICLES / SOAPBOX
► SOAPBOX N°82, LES MESSAGERS DE LA POÉSIE : cet article
► SOAPBOX N°83 ; N°84 ; N°87 → ici
► SOAPBOX N°88 ; N°89 ; N°90 → ici



A NOTER PROCHAIN ARTICLE / SOAPBOX
► SOAPBOX N°82 ; N°85 ; N°86 ; N°89 ► DOSSIER CONSACRÉ à Pierre PEUCHMAURD (en ligne vers le 19/12/2017)



mardi 12 décembre 2017

REVUE CATASTROPHES N°3, Décembre 2017

La revue CATASTROPHES est une revue mensuelle d'écritures sérielles, animée par Laurent Albarracin, Guillaume Condello & Pierre Vinclair.


S O M M A I R E


L’édito


Laurent ALBARRACIN : « Noël au ball-trap »




«  N’en doutez pas : c’est par antiphrase que Catastrophes s’intitule Catastrophes. On connaît l’anecdote de Valéry proposant malicieusement ou perversement le titre Littérature à Breton qui cherchait, en 1918, un nom pour sa revue qui serait le contraire d’une revue « littéraire », avec ce que la notion pouvait recouvrir pour lui d’académique, de sérieux, de carriériste, d’assis, de bourgeois. Rien de catastrophiste donc dans notre conception de la poésie ou du monde, nulle haine de la poésie qui viendrait compliquer inutilement notre rapport à elle [1]. Pas même la moindre déploration quant à l’état prétendument moribond d’un domaine de la création où la vitalité et l’invention nous semblent toujours à l’œuvre et de mise, aujourd’hui comme hier. Nous ne sommes les Cassandre de rien et la poésie en tant qu’activité de l’esprit nous semble encore devoir accompagner le sentiment du monde et de la langue, et plutôt dans la joie que dans l’amertume. On n’annonce d’ailleurs pas de résurrection spéciale puisque la poésie n’a jamais été morte.

On peut bien sûr regretter telle ou telle difficulté financière pour les revues papier ou les éditeurs, telle ou telle baisse de subventions, etc. mais les poètes sont de toujours les mieux armés contre l’adversité parce qu’ils ont l’imagination de leur côté. Une revue sur internet comporte bien quelques inconvénients (de lisibilité par exemple) mais elle a l’avantage d’une réalisation facilitée et offre un espace ouvert à l’expérimentation et en particulier aux œuvres de longue haleine – d’où le choix de Catastrophes de privilégier les feuilletons et les travaux qui s’inventent à mesure de leur écriture, grâce à une périodicité relativement rapide (mensuelle).

Lorsque le solstice d’hiver assombrit le jour et réduit son amplitude, c’est bien la bûche du poème dans l’âtre qui maintient le flambeau de la lumière et la croyance en son renouveau. Mais le poème n’est même pas une espérance. Il est un état de fait, une « propriété de la matière » comme disait Maurice Blanchard. Il relève pour lui la part d’inconnu qu’il y a dans les choses. Il exprime souvent le moment d’une inquiétude heureuse, d’un indécidable qui est chance. Le poème n’est pas une solution ; rien n’est une solution, excepté peut-être le fait qu’on peut, qu’on doit, qu’on VEUT vivre avec l’irrésolu comme avec cette dimension qui accroît le monde. Face aux périls et aux catastrophes, face à la nuit « noire et blanche » de Nerval, le contraste et l’ambivalence restent un chatoiement des possibles. On peut certes s’indigner mais c’est plus ou moins se lamenter. On peut aussi décider d’accueillir le monde tel qu’il va et s’écroule et c’est presque le redresser. Les ruines elles aussi fleurissent. La neige est lourde et froide et elle est légère et cotonneuse. Le poète choisit toujours, sans hésitation, le camp de l’indécidable. La catastrophe est d’abord cet instant dramatique qui relance le récit qu’on se livre à soi-même.

Dès lors, amusons-nous un peu. Prenons le contre-pied de l’époque, dégonflons la baudruche et vidons-la de cet air ambiant morose et satisfait. Tirons sur l’ambulance avec des flèches qui sont aussi des rennes ou des chevaux de trait. Dégommons le sérieux – avec l’application et le sérieux que cela requiert. Balançons au besoin quelques gifles pour faire claquer le vent. Attaquons les moulins avec la ferveur des illusions sues. Ce mois-ci, Catastrophes fête Noël au ball-trap, puisque tout fait boule de neige à qui a le réel pour cible. On vous invite au chamboule-tout. Vous trouverez au sommaire de ce numéro des glissades contrôlées dans de vastes territoires encore vierges, des aventures épiques, héroï-comiques, des jongleries, des pitreries et même des sapins tropicaux. Mais dépêchez-vous. Déjà le pôle Nord fond (Serge Airoldi, Fabrice Caravaca, A.C. Hello), le ciel est vide (Guillaume Condello, Eliot Weinberger, Clément Kalsa, Étienne Besse), la cheminée est allumée (Pierre Lafargue, Claire Tching, Hamid Roslan, Laurent Albarracin) : ça sent le sapin (Pierre Lenchepé & Ivar Ch’Vavar, Madeleine Lee, Julia Lepère & Fanny Garin, Gabriela Mistral). »

Laurent Albarracin

[1] Vous trouverez dans ce numéro 3 de Catastrophes (Post-scriptum en bas de sommaire) une réaction de Pierre Vinclair à cette proposition, en cliquant sur « La poésie est une ordure. D’ailleurs le Père Noël n’existe pas ». → ici





Le Pôle Nord fond


Serge AIROLDI, « Voici l’espèce » (3/5)




Fabrice CARAVACA, « Planète plate », 3


A.C. HELLO, « Une seconde », 2



Le ciel est vide


Guillaume CONDELLO, « Tout est normal », 3

Eliot WEINBERGER, « Mahomet » (3/6), traduit par G. Condello

Clément KALSA, « mainmorte » (3/4)

Étienne BESSE, « Tarn tentation — absolution »



La cheminée est allumée


Pierre LAFARGUE, « Le pot, les os » (3/3)

Claire TCHING, « La Poésie française de Singapour », 3

Hamid ROSLAN, « 2×2 poèmes », traduit par P. Vinclair





Laurent ALBARRACIN, « Le Château qui flottait », 1


Poème héroï-comique

I. Le vestibule

«  C’est Ch’Vavar qui d’abord trouva que ça puait.
« Ça pue » lança-t-il, outré, vers les gars devant.
Vinclair, Condello de se retourner : « On sait ».
Nous progressi.ons dans un grand couloir de vent,
5__Un genre de corridor encombré de nuées.
Ça puait, mais il fallait bien continuer.
Ce qu’on fabriquait là nul ne pouvait le dire,
Mais tant qu’à faire autant essayer de décrire
Cet endroit que d’autres n’auraient que décrié.
10__Un grand couloir de vent, donc, aux parois striées
Par des griffures, à la moquette avariée
Qui vous effraierait, à moins que vous ne riiez.
Une galerie que, falots, des candélabres
Éclairent d’une lumière qui se délabre.
15__Un passage au grand jour entre deux crépuscules.
Car ce qu’il y avait, avec ce vestibule,
D’étrange et de troublant, c’est qu’il nous paraissait
Aussi étroit que vaste, aussi chiche que faste.
Comme si tout repère autour disparaissait
20__Et que nous fussions perdus sur la terre gaste.
Pour sûr, tels que nous randonnions, en rang d’oignons
Dans ce défilé se défilant, nous formions
Une chevalerie dérisoire et risible,
Serrés autant que dans une boîte à fusibles.
25__On n’y voyait pas à trois mètres, dans ce four
Où Pierre et Guillaume redoublaient de bravoure.
On nous avait refourgué un piètre flambeau,
Une torche qui plus qu’autre chose fumait
Et au lieu d’éclairer s’en allait en lambeaux.
30__Pourtant c’était à nous d’inventer désormais.
Portes ou lions, on entendait des bâillements
Qui quoiqu’indécidables lâchaient des relents.
« Ça renaude ici l’allégorie frelatée »
Marmonna notre Ivar en ayant adopté
35__Une mine offusquée de blanche Galatée.
Il ajoute en douce, à demi en aparté
(Un peu comme s’il s’eût parlé au téléphone) :
« Mais ça sent le fauve. Le fauve, hein, pas le faune ».
Et donc on pataugeait dans le bleu corridor.
40__Charles-Mézence demanda sur un ton rieur :
« Mais là on est dedans ou bien à l’extérieur ? »
Tout le monde se tut – silence embarrassé
Voire silence un peu réprobateur (assez).
Des moucherons dans un rayon (forcément d’or)
45__Lui sonnaient à leur tour les cloches aux oreilles.
Mais au vrai pour chacun de nous c’était pareil
Car tout nous indiquait que nous nous égarions.
Avouons que nous ne savions où nous allions.
Peut-on pourtant s’égarer dans un vestibule ?
50__Peut-on se perdre dans un tube ? L’araignée
Dévide sa bobine sans jamais dévier
De son chemin qu’elle découvre en funambule.
L’ignorance comme un jus su.intait des murs
De cette antichambre d’un château à mesure.
55__On irait c’était dit, de surprise en surprise
Pour peu qu’on s’acceptât dans un état de crise.
Le vent n’est rien d’autre que la force du vide.
Il pousse à l’inconnu si on sait l’accueillir.
« Arrête ton char, narrateur, tu fais un bide »
60__Balance Ivar, salaud, lui ou l’un de ses sbires.
Bien, profitons de cette coupe inopportune
Au début de ce récit pour faire une pause
Le temps d’établir un campement de fortune
Afin que la petite troupe se repose.
65__Ce n’est sûrement pas cette sorte de couac
Qui pourrait empêcher jamais que l’on bivouaque,
Fût-ce dans un couloir exigu et venteux.
Aussi on s’émancipa de la queue-leu-leu
Et chacun de vaquer à ses occupations.
70__C’est l’occasion de faire les présentations
De quelques-uns parmi les meilleurs de la bande.
Tout cela sans protocole ni préséance.
Pas de chef ici, c’est la rime qui commande.
Alors Ch’Vavar baissa le premi.er sa lance,
75__Avec prestance descendit de sa monture.
Sans moulin à défier il défit son barda,
Prépara un frichti et de la chapelure.
Hélas avec le vent elle se répanda.
Vinclair et Condello en cousant de l’étoffe
80__Héroïque ont monté une pauvre guitoune
Pour se mettre à l’abri en cas de catastrophe.
Ils croient vivre une épopée mais c’est un cartoon.
Parmi les ainés, vénérables vétérans
De l’Aventure ils sont sortis aussi du rang :
85__Messire Abeille, l’infatigable arpenteur
Des Contrées et JP Chambon, le chroniqueur
De la reine Zélia en exode infini.
Pour l’heure ils sont à se partager un blini.
Král, Roussel, clercs en métaphysique ordinaire
90__Cassent la croûte avec un plat de scorsonères.
Ils brisent le réel à grands coups de cuiller
Or celui-ci a le répondant du gruyère.
LF Delisse tout frais débarqué d’Afrique
Dévore un petit salé avec de la mique.
95__Beeckman et Peuchmaurd, eux, ne font rien de spécial,
Ils regardent tout d’un air consterné, glacial.
Paraggio dîne royalement sur l’umbo
De son bouclier d’un grand verre de pinot.
Julien Starck a des visions à la William Blake
100_Tandis que dans son coin, radical, Wolowiec
Déclare la chute de la candeur du gag.
Pierre Lafargue s’adonne au jeu de la bague.
Boussuge et Tanquerel, eux, de leur côté jouent
À chercher paréidolies et gamahés
105_Alors que Jean-Raphaël Prieto, allez,
Herborise un très fin sourire sur sa joue. »

À suivre…





Ça sent le sapin


Pierre LENCHEPÉ & Ivar CH’VAVAR, « Ajustement » (3/6)






Madeleine LEE, « arbres à pluie » (2/3), traduit par P. Vinclair






Julia LEPÈRE & Fanny GARIN, « Accents fantômes », 1


Gabriela MISTRAL, « Tala », traduit par I. Gayraud



Post-scriptum


Pierre VINCLAIR, « La poésie est une ordure. D’ailleurs le Père Noël n’existe pas »
ici


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R A P P E L


Revue CATASTROPHES N°1 (octobre 2017) et N°2 (novembre 2017) → ARTICLE ici