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BLOG ART et POESIE : OÙ VA ÉCRIRE ? — POETE — © APPAIRAGES ART

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jeudi 15 mars 2012

EXPOSITION APPAIRAGES ART Isabelle DALBE, CENTRE de CONGRÈS de SAINT-ETIENNE - 16 au 18 mars 2012


© Isabelle Dalbe, Appairage 'Inventaire scintillant' - 75 X 53cm

~ Appairage cartes d'art :
• Michelangelo Durazzo ' Benne dans un chantier, Paris 1985 ' – Photo 
• Marie-Jeanne Désarnaud-Charpentier ' Table et fauteuil, 1819 ' – Cristal, verre églomisé, bronze doré
~ Tampon oeuvre d'art : Jean Mas ' Version : verre glass '

- CLIC sur Photo pour l'agrandir -



*

Au 1er SALON DE L'ARTISANAT en RHÔNE-ALPES,

l'ART présent 
avec l'exposition de treize Appairages
de Isabelle Dalbe, 
 en résonance avec les thèmes du salon.


L I E N :  


16 – 17 - 18 mars 2012, de 9H à 19H -
Entrée libre


CENTRE DE CONGRÈS
23 rue Ponchardier Cité Fauriel
42000 SAINT ETIENNE
■ tél : 33(0) 477 477 800


Exposition : 
1er Etage – Rotonde sous la verrière


♦ CENTRE DE CONGRÈS établi sur le site historique de Manufrance, en plein cœur de Saint-Etienne :


♦ PLAN D'ACCÈS au CENTRE DE CONGRÈS :






dimanche 4 mars 2012

Laurent ALBARRACIN 'Le POIRIER', avec des dessins de Pierre BESSOMPIERRE – Collection de l'UMBO


Pierre Bessompierre
'Le vieux poirier Saint-Roche', 2012 
 


°

Laurent Albarracin nous offre un magnifique texte hors des murs, qui nous agite dans une exquisité absolue, lors de notre riche observation partagée de cette rampe ronde qu'est le poirier. La géographie de ses branches en fuite empaume le ciel comme le mesure la certitude des dessins gracieux de Pierre Bessompierre.

« Sujets de poésie : [. . .] Le poirier [. . .] » nous dit Sei Shônagon, ce poète choisie par Laurent Albarracin comme pour diffuser une toute première lumière sur le choix de ce thème poétique.

Certains mots ont un visage lustré de fruits adorés du soleil « Le poirier est un bel arbre. On dira d'ailleurs facilement d'un poirier que c'est un beau poirier [. . .] ».

Aux yeux des Muses ayant paroles, la connaissance d'une Chose occupe l'essentiel et tous les possibles qui, comme ici, y élisent domicile «  [. . .] un poirier [. . .] n'est pas seulement un arbre [. . .] Il semble toujours un peu plus que cela, comme si le fait qu'il soit un poirier ajoutait précisément du poirier à l'arbre, y accrochait cette poire-là si l'on veut, ou cette lanterne, ce luxe minimal, ce détail qui change tout [. . .] ».

Il a fallu les mains d'avenir du poète Laurent Albarracin, vers la saison de l'expression, pour faire du poirier un éclat pensant « [. . .] le poirier est assez démonstratif. [. . .] Le poirier montre. A peine montre-t-il qu'aussitôt il démontre, qu'il semble faire l'axiologie de soi. L'imbécile, quoi. [. . .] si être un poirier le détermine comme poirier, cela le prédestine également à la fantaisie et à faire le malin. [. . .] ».

La genèse de cet arbre sent la chair sertie de critique fascinée «  [. . .]. Le poirier miroite et presque il illusionne, tel un fameux poirier aux alouettes. [. . .] Le poirier a de l'éventail en lui. De l'épouvantail aussi [. . .] Non, de l'éventail plutôt. Le poirier développe sa chair superbe entre les lames de ses consonnes.. [. . .] ».

Il est un jardin indigo posé sur la foudre pleine « [. . .] Le poirier est tellement l'arbre à poires qu'il en est l'emblème [. . .] Il est ouvragé comme [. . .] un théâtre du poirier. Les branches y sont l'espalier des branches. Les poires s'y suspendent avec l'exagération des poires [. . .]
D'où vient qu'un poirier est mystérieux ? [. . .] Est-ce de ce que le poirier dans sa forme est à lui-même une convergence éclatée, une confluence explosive ? [. . .]  ».

Le colportage des images dit la merveille de ce bosquet à bouches « [ . . .] Et le poirier est un buste né de poires, un piédestal qu'elles s'inventent en klaxonnant, car les poires sont des trompes inverses et le poirier l'espèce de cri ligneux, tortueux qui s'en échappe. [. . .] ».

Le poirier fait, et même, est un sirop mathématique assoiffé du temps du poirier « [. . .] Tout arrive au poirier comme comme si le poirier disait tout du poirier, en exprimait chaque parcelle, tirait de soi la dernière larme qui sera encore de l'eau apportée à son moulin pour actionner la meule capable [. . .] d'extraire la larme suivante. [. . .] La poire n'est pas pour rien fille des alambics et des eaux de vie. [. . .] ».

Émerge au jour le grand ruban écrit de son interminable oeuvre d'ivresse « Le poirier est un verbe à ses poires [. . .]. Partout où il est le poirier époirise. [. . .] Il a toujours l'air de tirer le poirier de son principe. Il marcotte dans son marc, pour le dire autrement. [. . .] ».

Cet arbre, scribe à son seuil, est une sphère déambulante « [. . .] Le poirier est un herbier exclusivement consacré au poirier, une encyclopédie monomaniaque et le plus court des labyrinthes (il égare dès le point). C'est une boussole qui n'indique que soi, un pendule voué à la gravitation graphique [. . .] ».

En son honneur, sa fleur lui fait signe dans un salut-polypier «  [. . .] plus émouvante que tout, elle qui couvre le poirier du sommet le plus passager qui soit [. . .] comme s'il s'agissait tout en haut d'atteindre à la subtilité de l'instant [. . .] ».

Isabelle Dalbe




Laurent ALBARRACIN
LE POIRIER

Illustrations de Pierre Bessompierre
(plusieurs images portant le titre
« Le Poirier Saint-Roche, 2012»)

Collection de l'umbo
5 euros, port inclus


COMMANDE ET TOUTE CORRESPONDANCE :
Jean-Pierre PARAGGIO, 23 rue des Princes 31500 Toulouse

samedi 18 février 2012

Isabelle DALBE ' LA ROSE ARRÊTÉE DU CIEL ' – D'APRÈS UNE PHOTOGRAPHIE DE JOEL-PETER WITKIN – Éditions SIMILI SKY




Isabelle DALBE
LA ROSE ARRÊTÉE DU CIEL
d'après une photographie
de Joel-Peter Witkin
Éditions SIMILI SKY

Ouverture :
Article à propos
de l'œuvre de Joel-Peter Witkin

Poèmes sur papier vergé
avec une reproduction sur papier couché 
de la superbe photographie de J-P Witkin
Femme qui fut un oiseau, Los Angeles, 1990



7,50 euros (Port compris)
Commande et toute correspondance :
Simili Sky 9, rue Garibaldi 93400 SAINT-OUEN


◘ ◘


~  JOEL PETER WITKIN :


L'ÉCUEIL DU BEAU   ~  
                                              
                
«  [. . .] Joel-Peter Witkin a six ans lorsqu'il est témoin d'un effroyable accident d'automobiles. À ses pieds roule la tête d'une petite fille. Et si c'était [. . .] toute la tête du Monde appliquée à mêler intimement [. . .] : son insigne beauté et son indigne laideur ! [. . .]

Dans ce violent tête-à-tête d'enfants [. . .] il est tentant d'imaginer que fuse - comme un commandement – le précepte «  tu ne tairas point ! ».  [. . .]

[. . .]

Somptueuses plasties à tir rasant de Joël-Peter Witkin où tout est pantomime emblématique, lumière moulante, volupté vaporeuse et misère assourdie [. . .].

[. . .] Les yeux joints, voyons [. . .]

Et voyons, comme le Bloc du Tout-Venant Offensif rudoie ses proies . . . ! Voyons comme la Femme qui fut un oiseau en a forci dans le grand Orama (*) des Périls.

[. . .]

Isabelle DalbeL'Écueil du Beau - extraits

(*) orama : la vue, ce qu'on voit, en grec

                                       



░   L'œuvre de Joel-Peter Witkin – photographe américain né en 1939, magistralement livrée à une incandescente « poésie noire », est reconnue mondialement et ne laisse pas indifférent. 





~  LA ROSE ARRÊTÉE DU CIEL

d'après la photographie
de J-P Witkin

Femme qui fut un oiseau  ~







Toi qui fus un oiseau.

Amas de brûlures
où grésille à jamais
un corps retranché
de sa parure.


*

[. . .]

*


Femme qui fut un oiseau.

L'écho gris
de tes ailes
anéanties.

Le chant
de leur nombre
inconnu.

La trajectoire
de leurs scories.


*

[. . .]

*

Bel animal
projeté furieusement
en cendres.

Comme
la rose
arrêtée
du ciel.

Comme
ne plus rien aimer
de sa lumière.

*

[. . .]


Isabelle Dalbe, Extraits





samedi 4 février 2012

Johnny LEBIGOT ' LA VOIE SÈCHE ', Editions SIMILI SKY – Publication à l'occasion de l'exposition 'La Voie sèche ' J. Lebigot, Galerie L'USINE, PARIS - 27/01-03/02/2012



Johnny LEBIGOT ' LA VOIE SÈCHE ' 
Éditions  SIMILI SKY

Vingt superbes installations de Johnny Lebigot
avec les belles Photos couleur des oeuvres
crédits photo 
Marie MARFAING - dont photo couverture -
et Johnny LEBIGOT

et les excellents textes
de François LEPERLIER, Joël GAYRAUD
Noël CASALE



7,50 euros (Port compris)
→ Commande et toute correspondance :
Simili Sky 9, rue Garibaldi 93400 SAINT-OUEN
similisky@orange.fr




Johnny Lebigot, Installation La Voie Sèche 
Crédit photo, Marie Marfaing


Trois auteurs s'approchent et tournent autour des inventives installations graciles et d'une intensité vive de Johnny Lebigot, dont la fabuleuse « table », point d'orgue de ce champ artistique de rocaille aérienne qui, toutes, font surgir de manière croisée : le déconcertement ébloui, un recueillement étanche, le silence ébaudi sur son gréement, l'air à son zénith. Qu'est-ce ? Que sont ces réseaux de respiration sur ces terres pleines de grâce ?

Jusqu'à s'en griller leurs yeux papillonnant de détails en détails autres, jusqu'à s'en assécher la bouche lapant le sens sur les portées de mots et leur portée, trois ultra-regardeurs : François Leperlier, Joël Gayraud, Noël Casale s'aventurent à déchiffrer un lieu, dit « La Voie sèche », empalée sur le fil à plomb d'un horizon métamorphosé. 



~  François LEPERLIER  ~

RITUEL DE LA VOIE SÈCHE




Johnny LebigotInstallation végétale
Crédit photo, Marie Marfaing

« Une écorce fait un paysage ou un masque, une bouche, un rire figé ; [. . .] une feuille renferme une tache de sang [. . .] ; [. . .] une poignée de paille jette le feu [. . .] ; de longs pétales retombent comme un linge, un voile de mariée, un suaire ; [. . .] quelques brindilles font une forêt, une araignée [. . .] ; des graminées ou des squelettes de serpents [. . .] ; quelques herbes, une dentelle, une pluie, une chevelure – et même celle d'Ophélie, de Médée, de Méduse ; [. . .] une inflorescence s’ouvre comme une anémone de mer, se rétracte comme une griffe.

Dès qu’un regard l’isole, l’objet naturel, a fortiori l’objet végétal asséché, impose une irrésistible autonomie d’expression [. . .]. Ce sont des figures, ce sont aussi des couleurs, des lignes, des volumes, des reliefs, des surfaces, qui émanent d’un répertoire inépuisable et ouvrent à de nouvelles combinaisons plastiques, chromatiques et sémiotiques. [. . .]

La « Voie sèche » [. . .], pour employer le vocabulaire des alchimistes, retient le feu de la sève et du fruit, précipite un développement que la « Voie humide » s’efforce de maîtriser, laborieusement, interminablement, suivant l'impulsion de la nature. [. . .]



Johnny Lebigot, « La Table  »


Dispositif à la fois scénique et sculptural, monumental « objet à fonctionnement symbolique », la « table » occupe une position élective, axiale.
[. . .] A la fois monde clos, auto-suffisant, et monde ouvert, en expansion irrépressible. [. . .] étonnante finesse de l'exécution, qui tient tout autant du tissage que du collage, de l'orfèvrerie ou de la sculpture [. . .]. Tous les éléments sont réunis pour nourrir cet « Éloge de la main », comme le voulait Focillon. [. . .]

Cette « table » a la propriété d’un archétype. Chose et métaphore, elle multiplie les propositions.
C’est un plateau (de théâtre), un castelet, un théâtre « d'agriculture et mesnage des champs » [. . .]

[. . .] C’est un retable régulièrement approvisionné de fétiches, d’ex-voto, d’amulettes ; [. . .] un autel propice aux méditations muettes ou aux incantations sonores, à la déploration comme à l’exaltation, à la perte et à l’excédent, à la permanence et au cycle. D’où cette dimension cérémonielle, cette ritualisation quasi chamanique, particulièrement mises en évidence lors de certaines manifestations scénographiques. La « table » est alors traversée de lumière, comme un vaisseau fantôme, une apparition, un théâtre d’ombres, démultipliée par les reflets et les clairs-obscurs projetés sur les murs ; un danseur, un musicien, un récitant viennent prolonger ses épiphanies. [. . .]

François Leperlier, Extraits




~  Noël CASALE  ~

LES MORTS À TABLE




Johnny Lebigot, Installation végétale
Crédit photo, Johnny Lebigot 


«  [. . .]

Une table de bois haute, étroite et longue, surmontée d’un portique de six cadres (dont deux mobiles) où semblent reposer depuis une éternité [. . .] le végétal, l’animal, le minéral.

Les mille millions de bouts de fleurs, de plantes et de bois sont non seulement déposés ou suspendus mais beaucoup sont assemblés – colle, noeuds, liens… – à mille millions de bouts de bêtes – os de poissons, ailes d’insectes, becs d’oiseaux… – dont l’inventaire serait difficile à réaliser.[. . .] on pense à Jérôme Bosch, à ses déploiements de monstres tous plus grotesques les uns que les autres et, en même temps, comme le disait Delacroix au sujet de son Christ descendu au tombeau, « pas un détail ne s’élève pour se faire admirer ou distraire l’attention ». [. . .] »

Noël Casale, Extraits




~  Joël GAYRAUD  ~

À RÊVE OUVERT




Johnny Lebigot, installation végétale
Crédit photo Johnny Lebigot 



Feuilles
vertes écailles de l’arbre
frêles herbes folles
gazelles végétales
dansant dans le clair et l’obscur
Feuilles friselées dentelées lancéolées
feuilles sèches et bruissantes
gazettes des courants d’air
colportant la maladie de l’automne
quand la lumière se meurt
et cherche à durer
dans l’or des herbiers
[. . .]
Et c’est comme ça
qu’au long des sentiers
semés de cailloux parlants
toute une botanique éolienne
se mêle aux trésors
d’une enfance quotidienne
sur la table où l’on opère
à rêve ouvert

Joël Gayraud, Extraits


◘ ◘



■   Johnny Lebigot :
 Exposition 'LA VOIE SÈCHE'
installations, objets, boîtes, photographies
du 27/01 au 03/02/2012
L'USINE 102 Bd de La Villette 75019 PARIS


mardi 24 janvier 2012

Johnny LEBIGOT, EXPOSITION ' LA VOIE SÈCHE ' - 27/01 au 03/02/2012 – L'USINE 102 Bd de La Villette 75019 PARIS




Johnny Lebigot, installation végétale




Johnny Lebigot


LA VOIE SÈCHE
installations, objets, boîtes, photographies

Du 27 janvier au 3 février 2012


* Vernissage le 27 janvier de 18H à 22H  *

°

L'Usine
102, Bd de La Villette
79019 Paris
M° Colonel Fabien

Tel. 01.42.00.40.48
table3johnny@gmail.com

Ouverture de 15 à 18H
sauf le mercredi et sur rendez-vous

°


L I E N → Publication  ' LA VOIE SÈCHE ', Johnny LEBIGOT Editions SIMILI SKY, à l'occasion de  l'exposition de l'artiste : 'La Voie sèche ' à la Galerie L'USINE





lundi 16 janvier 2012

REVUE MIRABILIA, N°1 – Enquête 'Le Merveilleux' et Sommaire - Association La Goutte d'Eau



Couverture d'après une illustration 
de l'Herbier Carraresi, 
XVe siècle
© The British Library Board (Egerton 2020)


Revue MIRABILIA N°1, Automne 2011 ' Le Merveilleux ' 
– 151 pages – nombreuses illustrations
• Abonnement – un an, deux numéros :
→ France : 38 euros 
→ Europe : 40 euros 
• Abonnement de soutien : 60 euros
• Numéro à l'unité : 19 euros + 4 euros frais de port 
Association La Goutte d'eau - 393, rue des Pyrénées 75020 PARIS



Naissance d'une belle revue de qualité dirigée par Anne Guglielmetti (écrivain ; traductrice de nombreux livres d'art) et Vincent Gille (écrivain ; commissaire d'expositions) avec ce premier numéro où auteurs et illustrateurs se lancent sur les traces multiples du merveilleux et de la merveille : «  mots qui ouvrent des passages [. . .] quel que soit le chemin choisi : anthropologie, art, botanique, cinéma, histoire, histoire de l'art, littérature, minéralogie, philosophie, psychanalyse, théâtre . . . ».

Les numéros à venir, à l'appui de cette tentative de l'esquisse du ' portrait du merveilleux ', auront chacun leur thématique : la source, la frayeur, le miroir, les oiseaux, le temps . . .

Aussi ne pouvait pas être absente, dès le lancement de la revue, une enquête sur le thème du merveilleux qui tente, sinon de le cerner, tout au moins, de l'approcher au plus près. Les participants s'y essaient en répondant, chacun, aux quatre mêmes questions. Parmi eux, écoutons deux poètes, Laurent Albarracin et Joël Gayraud, ouvrir de passionnants passages, dispensateurs non seulement du merveilleux mais aussi de l'émerveillement :

Laurent ALBARRACIN ( poète ; critique poétique ; éditeur Le Cadran ligné )

1/ Sous quelle(s) forme(s) selon vous, le merveilleux se révèle-t-il aujourd'hui ?

« Le merveilleux ne me paraît pas se révéler autrement aujourd'hui qu'hier. Les formes qui sont les siennes le sont depuis toujours, et depuis toujours elles occupent spécialement la nature. Les plus simples ruisseaux, les arbres dans leur majesté gracile, les nuages dans leur sage et folle profusion, par exemple, ou les animaux, tous les animaux dès qu'ils surgissent ou quand silencieusement ils nous frôlent, me semblent être des lieux et des êtres encore et toujours porteurs de merveilleux. Sans doute la connaissance magique de la nature s'est peut-être quelque peu rétractée dans l'homme, ces derniers temps. Sans doute l'intimité des matières et des éléments s'éprouve-t-elle moins continûment depuis que l'homme s'est retranché dans les villes. Pour autant je crois que la rêverie - la rêverie bachelardienne – est suffisamment ancrée en nous pour savoir reconnaître dans le merveilleux sa source vive, son aspiration essentielle. Certes, les fées et les dieux ont depuis longtemps quitté la nature, mais ce délaissement y a laissé comme un manque vibratoire, la marque très concrète d'un désir de surnaturel avec lequel on est quelquefois brusquement mis en présence, quand bien même ce sont l'opacité et le mutisme des paysages qui distillent l'or de cette présence. Certes les animaux n'ont plus de proprement fabuleux que leur fragile apparition, telles des chimères ailées de leur furtivité, tels des lions rongés de silence jusqu'à n'être plus qu'un grillon de soleil, mais ce retrait même de la nature en elle-même, en son secret le plus et le moins éclatant est peut-être son mode d'apparition le plus authentique. Le merveilleux ne claironne pas et il éclaire d'autant mieux qu'il luit faiblement. »

2/ S'il en est un, dans quel domaine le merveilleux vous paraît-il le plus à même de se manifester ?

«  La poésie me semble certains jours être l'un des domaines où le merveilleux naturel a quelque chance de se manifester. »


3/ Vous est-il arrivé d'éprouver une sensation que vous qualifieriez, au sens propre du terme, d' ''émerveillement '' - surprise, stupeur, émoi . . . Pouvez-vous en préciser les circonstances ?

4/ Si vous deviez émerveiller l'être aimé, un(e) ami(e), un enfant, que feriez-vous ?

Réponses de L. Albarracin dans la revue


*


Joël GAYRAUD ( poète ; traducteur de grands auteurs dont Giacomo Leopardi, Cesare Pavese ; critique d'art )

1/ Sous quelle(s) forme(s) selon vous, le merveilleux se révèle-t-il aujourd'hui ?

2/ S'il en est un, dans quel domaine le merveilleux vous paraît-il le plus à même de se manifester ?

Réponses de Joël Gayraud dans la revue


3/ Vous est-il arrivé d'éprouver une sensation que vous qualifieriez, au sens propre du terme, d' ''émerveillement '' - surprise, stupeur, émoi . . . Pouvez-vous en préciser les circonstances ?

« J'ai eu assez souvent la chance d'éprouver une sensation d'émerveillement, au sens propre. A la faveur de certains moments privilégiés où, par exemple, les lieux se chargent de magie : je me souviens, comme si c'était hier, d'une arrivée en bateau dans le port de Symi, dans le Dodécanèse, voilà un quart de siècle ; ou plus récemment, de la ville troglodyte de Matera envahie le soir par les sauterelles ; ou du plongeon d'une baleine bleue dans l'estuaire du Saint-Laurent . . . Certaines oeuvres d'art m'ont parfois ému au-delà du dicible, comme le baiser des rennes dans la caverne de Font-de-Gaume. »

4/ Si vous deviez émerveiller l'être aimé, un(e) ami(e), un enfant, que feriez-vous ?

«  Je ne pense pas pouvoir émerveiller qui que ce soit intentionnellement. Ici la volonté, l'intention introduiraient un élément trop étranger à l'imagination pour ne pas en altérer significativement les effets. Il m'est arrivé d'émerveiller autrui, mais toujours spontanément, sans m'en rendre compte, dans l' « obscurité du moment vécu » dont parle Ernst Bloch à propos des moments où la vie se charge de cette poussée utopique qui est, à mon sens, indissociable du surgissement du merveilleux. » 


*


A retrouver dans la revue, également en ce plein exercice : Etienne Charrié, Victoria Cirlot, Bruno Montpied, Anne Bresson-Lucas, Giovanna Marini, Dominique Lobstein, Belinda Thomson, Silvia Radelli, François Gilloire, Joseph Royer, Vincent Gille, Michael Kenna, Souad Ouanezar, Hélène Milano.




AUTRES ARTICLES
au SOMMAIRE ◄


Mirabilia, Anne GUGLIELMETTI (écrivain ; traductrice de nombreux livres d'art et catalogues d'exposition) : expérience personnelle et interrogations à propos du Merveilleux

Le Merveilleux Voyage de SAINT BRANDAN (de CLONFERT, moine irlandais 484-574 ou 578) à la recherche du Paradis : « voyage sous le signe de la foi chrétienne la plus ingénue [. . .] ».

Médée, Pietro CITATI (écrivain et critique littéraire) : « navigation infiniment tragique et sombre de la Médée de cet auteur [. . .]  »

Les Paysages de Miel, Semih KAPLANOGLU (critique d'art et de cinéma ; cinéaste) : prises de vues de 'La vallée de Çad' pour le tournage du film 'Miel' (Ours d'or, Festival de Berlin, 2010). 
Photos dans la revue et texte du cinéaste sur « un mot vu en rêve et concentrant le merveilleux. »

Présentation de Pan, Jean GIONO (1895-1970 ; dans son oeuvre : deux grands courants, l'un poétique et lyrique [trilogie de Pan] ; l'autre, davantage tourné vers l'homme et l'histoire ).
Texte repliant, en concentration, le merveilleux sur un « nom recueilli sur les lèvres d'un mort. »

Photographies de Michael KENNA (photographe et voyageur, dans la tradition des grands paysagistes anglais parcourant le monde)
Un superbe portfolio de photos en noir et blanc prises avec un appareil argentique : «  le merveilleux devient le chiffre de la beauté du monde lorsque M. Kenna rencontre un arbre ou un paysage. »

Entretien – octobre 2011 - avec Annie LE BRUN (participation active aux dernières années du mouvement surréaliste ; écrivain ; poète ; activité critique et philosophique) : « A. Le Brun souligne combien le merveilleux, quintessence de l'imprévisible, déjoue tout calcul, toute exploitation, tout '' formatage ''. »

Fragments des Cahiers d'Etude de Freiberg de NOVALIS, sur la mathématique, la physique et la chimie, traduits et présentés par Olivier SCHEFER (maître de conférence d'Esthétique et de Philosophie de l'art à l'Université Paris I) lequel nous explique que « leur aridité * est souvent le terreau des plus lumineuses intuitions du poète. » ; «  merveilleux reflétant une réalité dans laquelle '' tout est magie ou rien '' ( Novalis ) ».
* de la mathématique, physique, chimie

Le Radeau des cimes, Sur la canopée de la forêt primaire, Francis HALLÉ (ancien professeur de botanique à l'Université de Montpellier, il est spécialiste de l'écologie des forêts tropicales humides et de l'architecture des arbres) : « Le merveilleux parade dans la luxuriante inventivité de la nature que la science donne à voir en compagnie de F. Hallé, étudiant la forêt tropicale. »

La Fillette et le grenier - une figure tutélaire dans l'oeuvre de Léon Spilliaert, Anne GUGLIELMETTI : texte extrait de « Léon Spilliaert, peintre » en regard de plusieurs aquarelles de l'artiste, présentées ici, dans la revue Mirabilia.
Ainsi, parmi d'autres :
'' Toute seule, 1969 –Aquarelle et pastel, 65 X 50 cm ''
« [. . .] Une fillette attend et rêve dans un grenier. [. . .] sur la porte fermée du grenier d'indéchiffrables graffitis ? [. . .] des formes noires ; l'une évoque une figure s'inclinant, l'autre le mouvement serpentin d'une danse ou d'un labyrinthe, la troisième un signe cabalistique. [. . .] »

Vendredis soirs, Vincent GILLE (écrivain ; commissaire d'expositions ; collaboration aux Expositions Surrealism : Desire Unbound - Tate Modern, 2001 – et Henri Rousseau : Jungles à Paris - Tate Modern, 2005, Galeries Nationales du Grand Palais, 2006 - )
Une nouvelle où « la très jeune héroïne invente un rêve parce que l'on ne peut '' raisonnablement'' pas accepter que les choses aillent d'une allure navrante. »

Les deux derniers textes témoignent plus particulièrement « de la toute puissance de l'imaginaire en matière de merveilleux. ».

Et chacun de l'ensemble des textes (enquête comprise) mettant en lumière une facette du sujet 'le merveilleux', surgissent de cette juxtaposition « d'étonnantes correspondances ».


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