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mercredi 2 janvier 2008

Hafid Aggoune ' Les avenirs ' - Editions Farrago




Hafid Aggoune ' Les Avenirs ' 
Editions Farrago 
Roman 2 0 0 4 


Pierre Argan, personnage pétri d'absence massive, autant que d'indices de présence altérée, entre par la grande porte du premier roman d'Hafid Aggoune : « un jour, j'avais dix-sept ans, j'ai disparu de moi . . . En secret, une part qui m'était étrangère me guidait vers le point de lumière . . . »
Le monologue d'ouverture pose une bouche sobre sur la perte de soi, cette évaporation du vif intime. Des mots au liseré visuel, longs en écho, propagent leurs ondes mélancoliques dans la puissance de phrases brèves : « je m'engouffrais dans un reflet orphelin ».

A deux ans, Pierre Argan, soustrait à l'affection d'une mère évincée de son rôle, et transposé en Algérie, se nourrit du monde enchanteur d'une aïeule aimée. Il a dix-sept ans quand s'amorce à Paris son amour pour Margot, artiste-peintre. Mais, ce 31 octobre 1942, la jeune femme, juive, est happée en pleine rue par la gueule de l'hydre de la rafle, puis déportée. Pierre dérive; l'asile psychiatrique de l'île de Luz, où soixante années vont geler leur décompte, héberge un frère d'infortune qui inlassablement peint sans pinceau sur la densité du vide. Pierre Argan mutique, incorpore sans relâche ce manège et fixe par ailleurs, un quai de gare chimérique, dans l'attente du train ramenant Margot. Le 11 septembre 2001, la mort tragique du peintre-mime, en laissant voie à la réalité, posera pour P. Argan, sortant de sa torpeur, la première pierre du possible des avenirs.

' Les Avenirs ' est avant tout un livre en odeur d'écriture. Ici, l'acte d'écriture ne se satisfait pas à remailler une histoire ample, quadrillée par les chassés-croisés du passé et du présent; il est plus ambitieux. Il anime, aux côtés du personnage de Pierre Argan, une entité quasi autonome : Ecrire. Pierre Argan et Ecrire, ces héros-clés du roman parlent de pair à égal. Leurs mots choisis disent avec richesse la texture des univers omis : celui du vide, du rien, et la charge de ce qui est de l'ordre du sensible à les approcher : « . . . seule demeure l'écoute de la perte du monde . . . ».
Ecrire s'accouche de Pierre, enfant alors en pleine solitude de mère, là-bas : « dans ce pays qui n'est pas le mien . . . l'écriture a pris racine dans une obscurité sans berceuse . . . ». Pierre interné, Ecrire suit son sort, disparaît avec lui. Pierre rendu aux vivants, Ecrire se rappelle à son souvenir, l'accompagne pour mettre en mots, et bout à bout les fils épars de la mémoire renaissant. Dans ce rapport consistant de l'esprit -cette âme lettrée- avec l'écriture, débute sans conteste, l'histoire des avenirs possibles : « l'écriture est mon nouveau visage ».

Empreinte d'une force tout en touches vaporeuses, la main à plume d'Hafid Aggoune glisse dans l'écriture de la grâce. Cet auteur déploie sa voix de poète; son souffle ciselé se cueille délicatement à la main : « l'amour est une ombre parfumée . . . ». Une générosité confiante éploie ses pleins et ses déliés sur les propos plus graves : « . . . il faut apprendre à s'aimer soi, à aimer l'autre parce que chacun est un étranger, parce que personne ne se ressemble, apprendre à aimer cette vie et ce monde qui recommencent toujours, parce que nous sommes fragiles ».
Nul doute qu'Hafid Aggoune, né en 1973 à Saint-Etienne, enfant de cette filiation, et dans le même temps, enfant de ses filiations en amont, voyage par toutes celles-ci à travers l'Homme de la terre, cet étranger.
Beauté : la beauté qui a ce nom, soulève ce roman.


Novembre 2004 Isabelle Dalbe




Parution le 3 janvier 2008 :
' Premières heures au paradis ' Hafid Aggoune Editions Denoël – Roman




1 commentaire:

  1. Whouhouhou
    Tout lu et approuvé ;-))
    Reste l'opus qui vient de naître aujourd'hui ;-))

    Brig

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