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lundi 3 mars 2008

Laurent ALBARRACIN 'Pierre Peuchmaurd, témoin élégant' - L'Oie de Cravan





Laurent ALBARRACIN ' Pierre Peuchmaurd, témoin élégant '

L'Oie de Cravan Editeur




~ Une lumineuse feuille de route poétique ~


Avec une plume d'atomes crochus, - plume éminemment noble - Laurent Albarracin visite l'Oeuvre de Pierre Peuchmaurd. Deux grands poètes cheminent de front. L'Un, passant, repassant, lit l'Autre, surgissant, ressurgissant.
Eclairée par la force de cette lecture investie, l'Oeuvre du Poète Peuchmaurd va pleinement ouverte, de face, de dos et de côté, au point que l'on dirait un peu comme une ' Oeuvre augmentée ' ! Non pas que l'écrit / l'écriture de L. Albarracin empiètent avec charge sur la Poésie de P. Peuchmaurd, mais simplement parce qu'il y a une incision faite dans l'Oeuvre pour en ramener le coeur complet serti de sa(ses) pointe(s) et pommeaux. D'ailleurs collationner ' l'Oeuvre augmentée ' avec l'Oeuvre nous assure que nous sommes toujours, ici comme là, assurément, dans la poétique de Pierre Peuchmaurd. Ainsi, voyons l'Oeuvre, - dans ces images fascinantes venues du livre ' L'Oiseau nul ' (1) - « Il y a des loups qui traînent des rumeurs roses et jaunes, il y a des loups qui lèchent le cou des dentellières, il y a des loups furtifs, des loups à la saison . . . » . Puis envoyons ' l'Oeuvre augmentée ', prise à la bouche de L. Albarracin : « . . . Les animaux . . . sont des figures de l'enfance du monde, de cet âge antérieur et intérieur au monde. Ils brillent d'un or poisseux, d'un sang qui est l'éclat des sources déchirées de l'être ». Texte-écho, mais non écholalie, du poème qu'il dilate. Et le poème reconnaissant là, ses visages déployés, éployés par cette plume, d'instinct, les récupère.

L'alliance / l'alliage de la Voix du premier et de la Poésie du second, deviennent une marche de pairs communiquant hors vase clos. Marche investissant le temps et l'espace, et marche à prendre . . . en marche, à notre tour, à l'échelle de ces dimensions. Et dans ce tour de marche, nous Lecteurs, captons captivés, à grandes entrées, ce chant des ' hautes ententes ' – ici, cette locution descendue de la toute première acception du terme : connaissance intelligente; compréhension fine permettant de bien appréhender l'oeuvre, donc de l'entendre . . . -. Entendre l'esprit du Poète-Sujet - Pierre Peuchmaurd -, sujet de cette lecture au-delà et par-delà la mise à plat d'une définition et direction, de toute façon un peu vaines, de la Poésie, car comme l'annonce Laurent Albarracin en entrée en matière : « La Poésie n'agit pas. Son verbe est exclusivement et définitivement le verbe être. Elle est » . Par là, il nous donne à ressentir que la poésie de P. Peuchmaurd, dorée non seulement sur tranches, sur planches, mais aussi hors de l'univers du livre : à l'infini, se suffit à elle-même : elle est Poésie - c'est bien là, le sceau des Voix Majeures -. Et L. Albarracin lui ajuste seulement, de façon spontanément évidente, quelques ailes ambiantes « elle est une poésie du moment d'inspiration . . . ».


Et quand, de la plume enlevée et fluide de L. Albarracin, l'Oeuvre coule en nous plus limpide que jamais, tout en nous remémorant le peu ou 'le' prou que nous avions déjà pu, auparavant, en ' attraper ', cela prouve que les chairs et les espèces de ces chairs, en ont été bien tirées et soutirées ! C'est le propre des plumes enchantées, d'ouvrir en nous, en plein écran, les images que nous avions, bien sûr, déjà vues, mais forcément plus modestement, plus étroitement, sans ' l'en-clair ' d'un tel éclairage.


De ce magnifique extrait du recueil ' Le bel endroit ' (2) de P. Peuchmaurd :


" Mais vient la fille aux seins de pierres levées
aux jambes de blé aux yeux d'eau froide
La fille glorieuse de ses naissances
qui va crier sous le cyprès . . . "


Laurent Albarracin nous dénoue ' l'histoire ' du désir : «. . . Les filles précipitent les choses. Malgré elles et toujours avec ce glaçant naturel (leurs yeux d'eau froide). Elles font choir le monde et le rendent inatteignable. C'est cela le désir : un mouvement contradictoire de sidération (de fascination) et de désidération (on retombe à terre, désirant) ». Lecteurs esseulés, nous avions bien déjà ressenti quelque chose de l'ordre de cet ordre. Autrement dit : sans ordre et sans aller au fond des choses. Ici, Lecteurs accompagnés, nous voyons la chose s'ordonner, à la taille de la nature des choses. Le désir : ce télescopage de la fascination et de son dais tombé : la 'défascination'. Au passage, comment ne pas relever la manière de dire, d'en dire, si plaisante, de Laurent Albarracin. Entre autres, y participe : 'le glaçant naturel', ce nappage à friandise, ici, exposé dans une troublante beauté, à la fois sèche et altière.


Il est des plus agréable de lire, relire Pierre Peuchmaurd à la lumière d'une plume aussi ample et virtuose, qui de surcroît, secouant les chemins, bat littéralement la campagne pour ramener encore et encore le paysage du paysage, et la couleur de la couleur. Avec pour mot d'ordre : retourner chaque pierre pour nous faire nous tourner les pouces dans les pierreries. En effet, la visite de l'Oeuvre de P. Peuchmaurd par L. Albarracin, bien qu'approfondie, pourvue et érudite, garde la Voix de ce Poète, ici lecteur, si claire et si abordable que nous le suivons, à moindres efforts, au fil de la poésie peuchmaurdienne qu'il déroule jusqu'à l'intaille du détail.

Pierre Peuchmaurd est l'un de nos plus grands poètes contemporains. Une telle Pièce de lecture manquait. Laurent Albarracin signe là une feuille de route poétique de haute qualité, et d'importance, dans l'approche de l'Oeuvre de Pierre Peuchmaurd. Il nous offre un texte autant précis que prenant, tout à la fois rigoureusement enlié et joliment dévidé, et que l'on aborde comme un raffiné compagnon de plume des superbes poèmes de P. Peuchmaurd. Qui a lu la Poésie de Pierre Peuchmaurd, qui la lira, ne peut que dire : « c'est bien Elle; c'est bien ça ». Enfin, nous emportons, avec force assentiment et ravissement, ce haut portrait si beau et délicat, et d'une justesse remarquable : « Pierre Peuchmaurd est un maître du scrupule : il ne touche jamais qu'avec les yeux et voit le monde intact »

Pour notre plaisir, dans une intensité chaque fois renouvelée, regardons / entendons encore la Voix étincelante de Pierre Peuchmaurd, soulever la crue de l'été.
« Juillet au ventre d'or, aux brasiers d'huîtres et de pavots . . . Juillet de foudre dans la main, de petite pierre calcinée vive. Juillet du rouge des litanies » ' Trente-six strophes de l'année ' – (3)

Et Laurent Albarracin, de toucher ' les touches étoiles ' (4) de cette grande Voix avec une aura de finesse : « . . .Les mots sont entourés d'un halo particulier, d'une humeur indéfinissable et précise, comme s'ils étaient véritablement environnés de la saison qu'ils nomment . . .comme s'ils étaient teintés de la couleur des jours vécus, lestés du poids de l'impondérable du temps qui passe ».




Isabelle DALBE



(1)L'Oiseau nul, Seghers, 1984
(2)Le Bel endroit, Le Dé bleu, 1987
(3)Trente-six strophes de l'année, Wigwam, 1995
(4)« La touche étoile » titre d'une section du recueil Scintillants squelettes de rosée, Editions Simili Sky, 2007



Laurent ALBARRACIN, Pierre Peuchmaurd, témoin élégant, L'Oie de Cravan, 2007


Présentation du livre sur le site de l'éditeur →  ici



◘ 


LIVRES de Pierre PEUCHMAURD, chez l'Oie de Cravan Éditeur :  ici 

• Parfaits dommages, 1996.
• À l'usage de Delphine, Aphorismes de Pierre Peuchmaurd avec un frontispice de Jean Terrossian, 1999.
• Parfaits dommages et autres achèvements, 2007.
• L'Année dernière à Cazillac / Last year in Cazillac. Édition bilingue (français - anglais), 2010. 
Fatigues, les aphorismes complets de Pierre PEUCHMAURD comprenant les recueils « À l'usage de Delphine, L'immaculée déception, Le moineau par les cornes et La position du pissenlit (inédit) », éditions L'Oie de Cravan → à paraître fin novembre 2013


Sur ce blog : Hommage permanent à Pierre Peuchmaurd (photos et bibliographie) → ici




1 commentaire:

  1. Plumes à n'en pas douter, étonnantes de beauté.
    De quoi laisser sans voix.

    Merci Isa de les mentionner.

    Brig

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