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samedi 4 juillet 2009

' Le ruisseau des profondières ', Hommage de Georges-Henri Morin à Pierre Peuchmaurd


Photo Georges-Henri Morin – Pierre Peuchmaurd
Les Meynades, avril 2006 

Source : Revue ' ça presse ' N° 41, URDLAJuin 2009 



LE RUISSEAU DES PROFONDIÈRES pour Pierre Peuchmaurd



Avril 2003, mars 2009, presque date à date, six ans – c’est bien peu – entre ses bras grands ouverts du premier accueil quand nous sommes arrivés à Cazillac, et ce début d’après-midi, aux Meynades, où les mêmes bras se sont refermés sur moi sans que ni l’un ni l’autre ne parvenions à dire à haute voix l’adieu que nous n’admettions pas, défi magique, enfantin, à un réel si violent, si détestable, si assuré de parvenir à sa fin. Trois semaines après Pierre décédait ; je n’avais pas tenu la promesse du revenir, du revoir.

«En vérité, il est prêt, il a déjà tout accepté, il sait qu’il se révoltera peu. Tout juste ce moment d’esquive qu’ont les bêtes devant la menace. S’il est en forme » (L’Année dernière à Cazillac, 2004). Ce que je relis ici, c’est ce qui se passait au cours des conversations téléphoniques qui nous mirent en présence presque quotidiennement durant les derniers mois. Quelques mots sur sa journée, où il ne s’était rien passé, que dormir, que résister, apprivoiser parfois ces douleurs, en tentant de les tenir pour éloignées, étrangères à ce grand crabe qui refusait de lâcher prise, qui s’obstinait après des périodes de relative accalmie. Quelques mots dont je ne percevais parfois pas l’énoncé tant la voix perdait vite pied – dit­on ainsi ? – et puis l’équilibre à nouveau, un ton au-dessus, allez savoir pourquoi! Un mot, venu là nous ne savions comment, ouvrait à une interrogation sur un tout autre sujet ; un projet esquissé maintenant était-ce envisageable ? Pierre me prenait au dépourvu de sa détermination ; « qu’il se révoltera peu » ! Pied de nez malin à l’avenir menacé, la voilà la révolte ni sourde ni clamée, filée douce : tu ne m’auras pas tout de suite, je sais encore me jouer de toi, te déjouer ; et il lui arrivait même de me dire qu’il ne pouvait pas céder si vite, qu’il y parviendrait, à vivre plus avant. À de tels moments, je reprenais follement espoir, je me convainquais qu’avec un tel moral tout lui était possible, encore. Ou alors il m’interrogeait sur mes activités, bien grand terme ; comment pouvais-je en une journée accumuler autant, alors que je me surprenais à lui détailler ce qu’en d’autres temps nous aurions écarté d’un revers : misère salariale, harcèlement des tâches quotidiennes les plus rebutantes, mais sa curiosité ne me faisait grâce d’aucun étonnement ; sans lui aurais-je su desceller de ces monotonies répétées la goutte de lumière, le grain de peau, la caresse du moment, « Ce serait la terreur, à chaque heure l’émerveillement » (Une tente de feu, 2004). Ainsi allèrent entre ces deux pointes de feu nos conversations, et que de soirs depuis le 12 avril dernier où je guette la sonnerie, où je me surprends à rassembler ce qu’il ne faut pas que je manque de lui raconter, de lui suggérer, de l’inviter à lire, à voir, comme à de si nombreuses occasions, durant ces six années, presque jour à jour. « Et même ta langue est morte / et je la parle encore » (Boulevard des Invalides, in Parfait dommage, 1996)

Qu’il s’en soit allé un matin de ces Pâques où le grand pantin exécrable a résurrecté pour mieux empoisonner l’humaine con­dition vingt siècles durant, l’aurait fait sourire, j’en prends le pari, lui qui tenait pour bel humour les révérences tirées par Jehan Mayoux et Léo Ferré un 14 juillet.

L’avant-veille de l’hospitalisation dernière, il me dit avoir bien travaillé en ayant corrigé près de la moitié du Pied à l’encrier (à paraître) et qu’il devait peut-être ce regain d’énergie à l’acquisition qu’il avait faite à Souillac de la réédition des Mains libres d’Éluard et Man Ray. Un tel titre, j’y vis belle promesse d’un mieux immédiat et lui dis combien je l’espérais. Je ne sais plus ce qu’il me répondit – l’entendis-je seulement ? J’imagine que ç’aurait pu être : « Poudreuse, j’écarte » qui achève son premier recueil, L’Embellie roturière (1972). Éluard ? Il n’aura pas mené à terme ce qu’il se promettait d’écrire sur lui, et sur Nush surtout ! Pierre, ici, ce soir, j’aurais aimé t’entendre dire à haute voix la dernière phrase du Jugement dernier, le texte qui clôt L’Immaculée Conception, une phrase d’Éluard : «Tu n’as rien à faire avant de mourir. » et je te répondrais de cette autre qui est de Breton : « Forme tes yeux en les fermant.»

Georges-Henri MORIN, Lyon, le 5 mai 2009



◘ ◘ 


Aux Editions de surcroît : 


deux recueils de Pierre Peuchmaurd



'Alices' avec des dessins de Georges-Henri Morin, 2008 → ICI


'L'Histoire du Moyen Âge' avec des dessins de Georges-Henri, 2009 → ICI



Chaque ouvrage : 16,00 euros (Port compris)



Commande et toute correspondance : 

Georges-Henri MORIN / Éditions de Surcroît
28, rue de l'Annonciade
69001 LYON


ghmorin@numericable.fr



Sur ce blog : Hommage permanent à Pierre Peuchmaurd (photos et bibliographie) → ici



1 commentaire:

  1. Très émouvant cet hommage de Georges-Henri Morin, celui là même qui illustre de façon si subtile les superbes " Alices " de Pierre Peuchmaurd.
    Un très beau cadeau à garder précieusement, dont je t'en remercie encore Isabelle.

    B

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