© Bannière de mon BLOG APPAIRAGES ART Isabelle DALBE

© Bannière de mon BLOG APPAIRAGES ART Isabelle DALBE
CLIC SUR PHOTO → POUR ACCES à GALERIE APPAIRAGES

La carte du JE

Ma photo
BLOG ART et POESIE : OÙ VA ÉCRIRE ? — POETE — © APPAIRAGES ART

mardi 5 janvier 2010

Pierre PEUCHMAURD, LE RENDEZ-VOUS, La Revue de poche – Robert Laffont, 1966



Pierre Peuchmaurd (1948 – 2009), Poète d'éternité


© Photo Antoine Peuchmaurd
SITE A. Peuchmaurd → ici 






Les lèvres de la poésie


Pierre Peuchmaurd, qui n'a pas encore dix-huit ans, fait paraître en juin 1966 dans 'La revue de poche', que publiait alors Robert Laffont, un texte 'LE RENDEZ-VOUS', dont Benoît Chaput éditeur des éditions l'Oie de Cravan, et poète, nous offre la primeur de sa redécouverte, en nous informant qu'il est, à sa connaissance, le tout premier texte publié par le poète.

Ce texte 'LE RENDEZ-VOUS' où, par la porte des étoiles, la poésie a rendez-vous avec l'amour. Un superbe texte aux embruns familiers, mais où seule la poésie a rendez-vous avec l'amour. Et l'amour le sait. Et ce qui vient sur les lèvres de la poésie vient sur les lèvres de l'amour. Parfaitement d'équerre. Ce qui est sur les lèvres de la poésie est comme eau de source pour les lèvres de l'amour.

Pour cet absolu Ouvert poétique, et absolument pour le Nous : poétiquement ouvert, le jeune poète de 17 ans se tiendra toujours posément debout à l'entour du poète de plus tard « . . . dans ma poésie, l'amour n'est jamais loin » [ P. Peuchmaurd, 2005]

Il faut lire Pierre Peuchmaurd comme ce poète, témoin élégant, se posait et s'imposait en regardant l'onde poétique, c'est-à-dire « en maître du scrupule » (*)

En miroirs, les lecteurs de Pierre Peuchmaurd sont donc des maîtres du scrupule. Ils ne touchent le texte peuchmaurdien qu'avec les yeux et voient intact, dans ce texte précisément, le rendez-vous exclusif de la poésie avec l'amour.




Isabelle Dalbe


(*) 'Pierre Peuchmaurd, témoin élégant' de Laurent Albarracin - L'Oie de Cravan Editeur




Pierre Peuchmaurd

LE RENDEZ-VOUS

La Revue de poche, Robert Laffont



                                                                     Qu'on ne m'attende jamais
                                                                  à mes rendez-vous illusoires.
                                                                                                     Aragon




Tu étais revenue.
Dans l'odeur bleue des villes et le petit matin, à l'heure du premier train et du premier café.
Mon dieu, comme c'est banal.
Tu achètes L'Huma, tu souris à la pluie, froide et douce, douce et lasse.
Tu entres.
Tu enlèves ton manteau, tu secoues tes cheveux, comme un chien mouillé, comme l'herbe froissée.
C'est le premier matin venu, c'est le premier café venu.
C'est toujours la guerre au Vietnam.
L'odeur des villes y doit être rouge.
Tu étais revenue.
Bien sûr sans prévenir, bien sûr sans raison.
Tu n'avais pas changé. Tes yeux un peu plus grands pourtant et ta voix lointaine.
Dans le miroir, en face, déjà tu t'installais.
C'est toujours la guerre au Vietnam.
— Ça ne s'arrange pas, dis-tu.
— Non.
— Tu ne me dis pas bonjour ?
— Si. Bonjour.
— Tu ne m'embrasses pas ?
Je t'embrasse.
C'est toujours…
Non, je ne suis pas surpris. Il y a longtemps que je sais qu'on peut tout attendre de toi, et que ce sera toujours la même chose. Il y a si longtemps que je n'attends plus rien. Rien que ce geste précisément, oui celui-là, que je sais que tu vas faire, et que tu fais mieux qu'autrefois. Celui-là ou un autre.
Mais je l'aimais d'être là, d'être belle et venue, d'avoir l'âge qu'elle avait, le nom qui était le sien, cette image de moi, si fausse et troublante, à quoi je me heurte et reviens sans cesse puisque tu la dis. Je l'aimais d'avoir cette voix-là pour me dire que c'est long la vie, qu'il fait froid dehors, trop pour elle, et puis cette boue, j'aurais dû prendre des bottes.
Je me regardais l'aimant dans les glaces. Ce n'était jamais le premier café, mais cette cigarette-là, vraiment c'est la dernière. Depuis le temps que c'est la dernière. Tu n'as pas encore compris.
Tu dis : «On devrait faire attention.» Je dis : «Oui. Bien sûr. Mais on ne sait jamais à quoi. À qui.» Tu dis : «Si. On sait.»
De quoi parlais-tu ?
Oui, tu aurais dû prendre des bottes. Et puis ça glisse moins.
Ne pas lui demander pourquoi elle est revenue. Elle répondrait : «Oh, comme ça.» Je dirais : «Tu fais toujours comme ça. » Elle répondrait : «Oui. Pas toi ?»
— Pourquoi es-tu revenue ?
— Oh, comme ça.
Tu vois bien. Tout est déjà dit. Il y a si longtemps que nous avons tout dit.
Tu étais revenue comme on se prend au piège des phrases en suspens.
— Ça va durer longtemps, là-bas ?
— Ça dépend.
— De nous ?
— Oui. Aussi.
Il nous reste au moins cela. Ils meurent là-bas, pour tuer nos silences.
Je t'aime.
— Je t'aime.
— Oui. Que veux-tu que je te dise ?
— Rien. Enfin…
Rien.
Ne pas, non plus, comme autrefois, lui demander de parler de nous. Elle dira : «Nous ? Ça n'existe pas. Tu sais bien.» Je dirais : « Oui, je sais. Ça n'existe pas. C'est bête.» «Non. C'est comme ça.» «C'est bête que ce soit comme ça.» «Non.»
— Ça n'existe pas, tu as raison.
— Quoi ?
Rien.


[...]


Pierre Peuchmaurd, LE RENDEZ-VOUS - La Revue de poche, Robert Laffont, 1966 - Extrait → fin du texte sur le site de L'Oie de Cravan →ICI



◘ 


Pierre Peuchmaurd

 Le Pied à l'encrier

 Éditions Les loups sont fâchés, 2009


La manière poétique du poète plongeur est à tout jamais ensoleillée du sang littéral du poète de dix-sept ans.

Fabuleux poète plongeur dans la scène féminine et le sain prodige amoureux : « . . . « Elle avait une forêt de grands cheveux noirs naturellement bouclés qui lui tombaient au jarret » . . . Belle comme . . . Belle comme l'entrée de l'amour en poésie . . .» [ P. Peuchmaurd, Le Pied à l'encrier - Les loups sont fâchés, 2009. -extrait- ]

Si Thierry Horguelin*, commentant avec brio ce tout dernier livre de Pierre Peuchmaurd nous rappelle que « . . . la poésie est une manière de vivre et d'être au monde. C'est une banalité de le dire et Peuchmaurd n'épilogue certes pas là-dessus . . . », la poésie est aussi pour le poète Peuchmaurd une manière de mettre au jour et en ronde une manne d'avis made in monde.

Isabelle Dalbe

* Commentaire complet de T. Horguelin à propos de : Le Pied à l'encrier, Éditions Les loups sont fâchés, 2009 → ICI




Sur ce blog : Hommage permanent à Pierre Peuchmaurd (photos et bibliographie) → ici




Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire