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lundi 28 juin 2010

Ci-Gît l'armoise – Alice MASSENAT – Editions SIMILI SKY


Alice Massénat – Ci-Gît l'Armoise –
Editions Simili Sky / Véronique Loret,

9 rue Garibaldi 93400 Saint-Ouen
Photographie de couverture Antoine Peuchmaurd


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Une écriture en force écarlate qui saigne, se saigne, nous saigne dans le tempo d'un bouquet de rythmes nourris et canonnant : « j'ai un corps qui me ronge et ne sait plus où virer / ( . . . ) / ivre, allègre jusque dans son bourreau / l'huître s'effleure / se caillasse à bourrelets de franges ». Traînée de poudre où éructe une symphonie des meilleurs quatre cent coups : « Virer / crier trois fois plus sanglots qu'à l'aube d'un vagin / où ses tempes ne s'en sont que bayant à l'effroi / Lui crisper de courroux / te l'offrir en table d'incandescence ». Du fin fond d'un intrépide aloi, se dévide l'écheveau du flot d'une Langue et langue au grain double-muni « Je m'immisce en mes cris de vadrouille / le crime à portée du coeur » - « Quand nos mots gicleront de leurs émois / qu'importe leur gueule, leur papet de fortune / ce ne seront plus guère que des cois à pourfendre ». Avec pour intercesseur une fièvre claire loin d'un académisme blanc « Je ne veux que briser mes chaînes de viande faute d'être l'Autre ». Une langue signifiée - frappant du rictus - embrasée par du pugilat en rasance « Je hais ces hommes qui se savent de bas en pis / là-bas / figure de haute, fragile de coque / ( . . . ) /Allez renâcler plus loin vos criminels égards ( . . . ) / et si miséreux que vous soyez / ciboulot ou non je ne vous jette que ma vindicte à la gueule ».
L'idée nous vient d'ouvrir les battants de ces sortes de ' lettres sortilèges ' : « le flinguer, l'exploser entre deux cris ». Et de découvrir le pot aux roses « son sourire loin / sans moi dans ses lèvres ni même sa langue / sans l'instinct à présence » , et le corps du délit « Et je le sais qui court à bourdonner ». Pot aux non borgnes qui déborde, sans bornes, avec ses odes en violent désir « Je voulais l'étreindre de nos sangs / Mais qui le voyait / Qui le savait » - « Je le veux lui – lui seul ». Odes aux ossements ondulés des bouches, et à l'usage de tous les démons du profond du coeur « Je voulais l'étrangler, le percuter / l'amalgamer / en ventre d'ogre cent fois ripaille / et de ses peaux n'en restant que les yeux ».
Le cliquetis « Blesser ? Cracher ? Se taire ? » dans un chemin où « Le silence ne se vend pas » est la voix placée en temps et heures et qui assaille à arme auguste. Le mot de passe en rengaine est la gorge d'infini du silence : « et je me tais », puis celle permutée du hors-silence « des mots qui se taisent / à avachir nos noms / quels que jouent ces jours à silence / quand de leurs propres doigts ils s'échappent ».
De ce feu coeur black qui nous serre, vient après la bataille, la décharge des tensions « Là-bas / en tant que sourire je le vois / et il s'en vint / c'est mon bonheur ». Mais de retour, saborder ce rayon plus serein est une posture naturelle « Te dire à quels poings tes mots se livrent / brimés / te dire ces écorchures aux brimades / te libérer mon sexe pour nos imaginaires / et t'y engouffrer / avec nos ricochets à perte d'esclandre / nous exécuter jusque dans nos épines de sueur ».
L'éternelle circulation du verbe aimer-plus-que crie sur le versant d'un commencement - achèvement cruels « Je t'aime plus qu'un hier / plus qu'un paraître / Qui prétendra le savoir / tandis que tant d'autres ne crèvent que jusqu'à l'oeil ? ». Quelque chose est par terre. Des coups décollés d'une terre de velours expriment la profusion d'en tomber brisée : « les traits encapuchonnés de mes larmes au loin / seules » - « tout ce que sans lui je ne suis / et bien piètre au loin ». Et au dernier départ, s'empoigner avec une tête de circonstance propre à choisir les représailles « Et je voudrais pouvoir lever le poing et assommer » - « Je ne m'en irai qu'après / et de destriers en manoirs / l'horreur grandissante / je lui casserai la gueule / salaud / la balafre au suroir ».

Il faut lire Alice Massénat, ce grand poète, avec un souffle nu immédiat et sans peser ses nerfs. Superposés en vraie gestuelle, des mots de terre et de feu colonisent les amers et leur espace. Pour qui regarde, apparaît là mieux qu'une énergie puissante. Ainsi, gronde une écriture à détonation monstre, et à pousser dans la beauté insondable. Une écriture qui malaxe mots courants et mots inusités, mots éprouvés et mots hardis avec les maux de la grande Moelle. L'Amour, cet être libre lancé à bout portant emmaillote le postulat d'histoires qui déchirent et le déchirent. L'abîme dans la tourmente de l'amour avec un taux obstiné de tuer est un regard lucide d'Alice Massénat dont les mots violents ne blessent jamais les ingrédients délicats des limites.
Une salve de 19 poèmes ( dont trois poèmes d'humeur dans les lacets du labyrinthe « d'un monde qui s'étouffe de rage » - et dédiés – ) se met en lieu dans « Ci-gît l'armoise », cet éclat de la parole décurrente.

Isabelle Dalbe


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Autres lectures de ' Ci-gît l'Armoise ' :

COMMENTAIRE de Jacques JOSSE (cliquez sur le lien)
L I E N : http://jacquesjosse.blogspot.com/2010/06/ci-git-larmoise.html

Extrait « . . . Une voix forte, vibrante, cinglante . . . Ci-gît l'Armoise s'ouvre sur un désordre perturbant et fragile qu'Alice Massénat ne cesse d'empoigner à bras le corps, conjurant ses peurs en préférant l'attaque à la soumission . . . Les coups qu'elle porte ne sont jamais dirigés au hasard. La violence qui s'immisce dans ses poèmes ne gicle qu'avec parcimonie. Il y a chez Alice Massénat une tension très élevée (qui s'empare également du lecteur) mais qu'elle réussit à atténuer, pour créer des zones d'accalmie . . . » Jacques Josse


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Extrait « . . . Alice Massénat nous propose un livre saisissant . . . Rebelle à toute assise du poème, Alice Massénat bouleverse rythmes, images et registres de langue par nécessité : la nudité intérieure du monde la traverse comme la grille de chair d'Artaud, la révolte s'offre à nous comme un don, fulgurant poème d'Amour – dédié à quelques-uns, mais à l'Autre qui toujours signifie le manque, l'inadéquation, relance la révolte profonde du corps-mots-gestes . . . » François Rannou

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COMMENTAIRE de Régis GAYRAUD : '' La Pêche Miraculeuse '' - texte paru dans la revue RECOINS N°3 (cliquez sur le lien)
Extrait « La Pêche Miraculeuse
(. . . ) Alice Massénat, veuve blanche et noire du carmin de sa naissance, bouleversante égarée tournant dans l'innocence typographique, magicienne chanteuse aux voix simultanées, dégauchisseuse de syntaxe, scandeuse de mètre, pêchant le verbe au creux d'une anémone, au bord du lac où trois cents sources jaillissent, d'où une seule rivière sourd. Elle s'étonne d'une telle profusion de mots dont nul auparavant n'a perçu l'éclat, les avoisine aux franges où clapote le lexique. Poésie, douce actinie qui peine à éclairer mes nuits, tu filtres dans les membranes frémissantes des sons cette onde de mots qui s'abat comme une jupe transparente sur le pubis de la cascade. Il y a là des vifs, des acerbes, des inconditionnels, des mots qui cliquètent quand ils chutent sur les vasques de grès primaire, là même où bouillonna la silice au la du big bang. Tu distilles les mots et tu retrouves cette jeunesse, le carmin des verbes ravivés, l' « éouy » caché dans le lys. (. . . ) Puis, un cri monte, les hurlements de la magicienne à la plaie brûlante, ponctués des gémissements de l'insatisfaction (. . . ). La femme aux cheveux de limaille, offerte aux serpents qu'elle repousse de ses incantations d'outre-entendement dans une caverne des Indes, la musicienne pulmonaire des bois hyperboréens qui recueillait des chamelons célestes échoués à l'ourlet des lacs de nacre (. . . ), l'autre femme aux serpents, l'inventrice d'insolite, celle qui attendait la nuit le retour du char rouge et le jour colmatait d'un boa à la robe diagonale le barrage maçonné pour passer les mots, les doigts que ces soeurs écartent vers toi portent dans le miroir de leurs ongles de fer les reflets rugueux des dix-neuf incendies que tu allumes. L'à-vif d'Alice Massénat n'a rien de braillard, d'artificiel, de théâtral. C'est dos au théâtre, face à la vie, à la mort, au monde qui s'étiole qu'il court à nuque renversée, le regard vers le soleil : « Mais pourquoi l'unique, je vous le dis dans une vie qui va jusqu'à la nier le tu s'esclaffe plus que de raison et de consoeur le tendre est là infiniment ».
Il faut lire Ci-gît l'armoise, tout simplement le meilleur recueil de poésie en français que j'aie lu depuis bien des années » Régis Gayraud

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Alice Massénat a également publié : ' Engoulevents '; ' Katana '; ' Arachnide ' aux Editions Myrddin ; ' Murmures ' ; ' Carat ' (Camouflage); ' Tu dors' (La Rivière Echappée); ' L'homme du sans-sépulcre ' ( Editions Wigwam ); 'Cran d'arrêt' (Editions La Digitale); 'L'oeil de bronze' (La Morale merveilleuse); ' Le Bleu l'Ardoise ' avec des dessins de Jacky Essirard (l'Atelier de Villemorge ); 'Le Catafalque aux miroirs' (Editions Apogée).
Elle collabore à la revue contemporaine d'inspiration surréaliste : 'Les Cahiers de l'Umbo'.


Pour accès au superbe poème d'Alice Massénat, dédié à Pierre Peuchmaurd, et publié dans le N° 12 de la revue 'Les Cahiers de l'Umbo' :
L I E N : (cliquez)



I. Dalbe





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