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jeudi 23 juin 2011

Georges-Henri MORIN 'ON NOUS ECRIT D'EGYPTE (en rêvant sur quelques mythes)' – Revue ÇA PRESSE – N°48 – Mars 2011- Editions URDLA



Osiris végétant, Musée du Caire


«  Le Caire, le 11 janvier. Dans cette vitrine du Musée Égyptien, un Osiris végétant. Le dieu est représenté traditionnellement sous l'aspect d'une momie, porteur de la couronne solaire atef, les bras croisés sur la poitrine et dans ses mains le sceptre neqa et le fouet nekhekh. Cette effigie, presque grandeur nature est découpée dans une planche de bois – à moins qu'il ne s'agisse de l'assemblage méticuleux de plusieurs découpes – qui sert de fond à un réceptacle semblable à une jardinière dont les bords, hauts de quelques centimètres, épousent parfaitement la silhouette représentée. Qu'on l'imagine remplie de terre dans laquelle un servant du dieu aura semé des graines d'herbacées et voici un Osiris en herbe. Un cartouche sommaire explique que l'officiant tondait la première pousse et que, par la magie d'un arrosage adéquat, Osiris, le dieu de la végétation, ressuscitait à la vue des fidèles admis dans le sanctuaire. Un peu plus tard, un égyptologue m'apprendra que de telles effigies étaient fréquemment déposées dans les nécropoles pour assurer l'accès des défunts à la vie éternelle par leur renaissance associée à la couleur verte de l'herbe, et qu'on leur attribue le terme générique de cuve-jardin ou fausse momie. Mais ce qui me retient plus encore, c'est l'association que me suggère cet Osiris végétant. Deux semaines auparavant, il m'a été donné de visiter l'exposition Jacques Herold au Musée Cantini de Marseille et d'y découvrir, parmi les objets poétiques, conçus par le peintre, une Cravate de Rimbaud en bronze de 1947. A un cercle figurant un col de chemise empesé pend un contour de cravate qui correspond tout à fait à la cuve-jardin osirienne et l'herbe semée repoussera dans cette jardinière aux conditions identiques (1). Herold connaissait-il le mode de concrétisation figurée de la résurrection d'Osiris? Je l'ignore et j'aurai garde d'assimiler la fulgurance du poète au mythe de la renaissance osirienne, gage de la vie éternelle pour le défunt. D'ailleurs Rimbaud n'a-t-il pas marqué son inintérêt pour l'entreprise de ses anciens amis commençant à éditer ses poèmes qui le perpétueraient au-delà de son existence ? Mais, hors toute tentative interprétative, je ne pourrai plus désormais imaginer la fausse momie d'Osiris qu'arborant la cravate de l'homme aux semelles de vent; ce dieu qui revient sur ses terres ressuscité par sa soeur-épouse Isis et ce poète qui, après n'avoir cessé de se dérober, retourne dans son pays d'origine pour mourir avec pour dernière accompagnatrice sa soeur Isabelle, l'un et l'autre sur les deux rives opposées de la Méditerranée.

Siwa, le 29 janvier. Dans une lumière rose pâle, des images de vitrines brisées et dépouillées, d'objets éparpillés, de figurines démembrées, et cette caméra incertaine, fébrile, comme si elle ne savait pas où donner du regard. Ce sont les seules images du Musée du Caire dévasté diffusées par une chaîne de télévision égyptienne. Le commentaire stigmatise violemment les hors-de-loi (sic) qui auraient même fait main basse sur des momies avant de les brûler. Tout est invérifiable. L'outrage à l'Égypte n'est qu'affaire de pillage. De la révolte d'une partie de la population égyptienne, et pas seulement cairote, rien n'est dit d'autre que ces exactions.

Je me convaincs, sans preuves, que l'Osiris végétant a échappé au saccage. Évidemment Osiris est un dieu noir, et comment ne pas revenir aux pages d'Arcane 17 où Breton reprend cette formule magique attribuée à Éliphas Lévi, « mots obscurs et plus brillants que le jais ». Dans ces pages, il évoque la détresse du monde « qu'elle n'affecte un seul être ou la collectivité », comme c'est le cas aujourd'hui en Égypte. A cette détresse nul ne doit opposer la résignation, mais la rébellion, seule « étincelle dans le vent, étincelle qui cherche la poudrière ». Osiris est un dieu noir; le peuple rebelle n'a pu détruire cette promesse de renaissance et de libération.
Mais tout cela est bien confortable à concevoir pour moi, et, pour satisfaisante que soit dans l'instant cette interprétation, elle n'aura jamais la tenue de ce couple qui un peu plus tard nous abordera tout de go dans les ruines de la vieille ville pour nous dire à haute voix leur espoir d'un pays enfin libre, une voix d'une tout autre résonance que mes rêveries.

Le Caire, 4 février. Touristes à la recherche d'un vol de remplacement, expatriés et Égyptiens en quête de leur guichet et, à l'extérieur de l'aéroport, ceux qui, dépourvus de billets, attendent de pouvoir franchir les portes étroitement surveillées. C'est de l'une d'elles que surgit, force vive comme le vent, un oiseau que je n'identifie pas. Il s'élance à travers tout le hall, franchit sans encombre les postes de contrôle et disparaît au loin vers les pistes comme s'il savait exactement vers quelle issue se diriger.

On sait qu'Isis reconstitua le corps d'Osiris mais qu'elle ne retrouva pas le sexe de son frère-époux dévoré par le poisson oxyrhynque. Pour qu'Osiris parvienne à la féconder, elle se métamorphosa en milan et vola en tournoyant à l'aplomb de la momie divine ou battit des ailes sur le corps mort jusqu'à ce qu'un nouveau phallus s'érige. Certes, ce n'est pas un milan qui a ainsi franchi tous les obstacles en s'engouffrant dans ce hall, mais je me plais à imaginer quelque geai rare qui briserait le vol en cercles de la déesse, s'affranchissant ainsi du cycle de la résurrection, pour inventer le trait noir de son vol, assuré d'atteindre infailliblement sa cible, sa liberté conquise à recréer sans cesse ».

Georges-Henri Morin


(1) Cette cravate d'herbe était, me semble-t-il, destinée à l'autel érigé par A. Breton à Léonie Aubois d'Ashby, la mystérieuse passante de Dévotion, l'avant-dernier poème des illuminations, pour l'exposition surréaliste de 1947. Qu'on se souvienne : «  A ma soeur Léonie Aubois d'Ashby. Baou – l'herbe d'été bourdonnante et puante . . . ».


Article paru dans la Revue 'ça presse ' – N°48 – Mars 2011, Editions URDLA
le numéro : 2€ - abonnement annuel 4 numéros : 6€



◘  TARIFS 2013  ◘ 


Le numéro : 5€ - Abonnement annuel 4 numéros : 10€

• Revue 'ça presse ' – N°56 – 11 Mars 2013 

• Revue 'ça presse ' – N°57 – 11 Juin 2013


Sommaire et Compte-rendu N°56 et N°57 ici
Sommaire et Compte-rendu N°55 → ici



URDLA
207, rue Francis-de-Pressensé
69100 Villeurbanne




Georges-Henri Morin est écrivain, poète, dessinateur, éditeur des éditions de Surcroît (au catalogue : ' Alices '; ' Histoire du Moyen Age ' de Pierre Peuchmaurd -- ' Le Secret secret ' de Laurent Albarracin). Il a contribué au Bulletin de Liaison Surréaliste (1970-1976) aux côtés de Guy Cabanel, Vincent Bounoure, Bernard Caburet, Jorge Camacho, Marianne Van Hirtum, Robert Lagarde, Joyce Mansour, Mimi Parent, etc . . . . Il contribue régulièrement à d'autres revues : Les Cahiers de l'Umbo; L'Impromptu; L'Or aux 13 îles.
◘ LIEN pour accès à ses ouvrages → ici


◘ ◘


ÇA PRESSE : cette passionnante, exigeante et dense revue trimestrielle de 32 pages, publie des textes littéraires, poèmes, nouvelles, articles réflexifs. Elle est richement illustrée : toiles, dessins, photos, etc . . .




Revue ÇA PRESSE – N°48 – Mars 2011



 Illustration de la couverture : Émile Bayard pour L'Esprit des bêtes,
par A. Toussenel, Hetzel, 1868


• Également au SOMMAIRE du N° 48 •



◘  Textes  ◘


Max Schoendorff ' Adieu à Jean-Jacques Lerrant '
Raymond Grandjean ' Deux poèmes '
Jean-Claude Silbermann ' Par beau temps froid '
Serge Gaubert ' Présence '
Abraham G. Nemer ' La doctrine de l'amour selon Lautréamont '
Joël Roussiez ' Parfois l'hiver ' et 'Ne désespérez pas du temps qui n'est pas encore là '
Fabrice Pataut ' La dame assise (IV) '
Bernard Chardère ' Lexique/Vocabulary '
Claude Ritschard ' L'art pauvre '
Christian Petr ' Six reines de comédie '
Éric Simon ' Beauté de l'anarchie I - II - III '
Odile Schoendorff ' François Dagognet un nouvel encyclopédiste '
Guy Prévan ' Estampes' (2 poèmes)
François-René Simon ' Je ne mange pas de ce pain-là '
Jean-Paul Gavard-Perret ' Hervé Castanet : le mourir vrai de la création '


ART ◘

Georges-Henri Morin, Jean-Claude Silbermann, Man Ray, Ferdinand Hodler, J. J. Grandville, Pierre Klossowski, Max Ernst, Constant.


◘ AUTRES RUBRIQUES ◘

► Ça tire : tirages oeuvres 
► Agence de presse : expositions; publications; rubrique IN MEMORIAM



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Revue ÇA PRESSE – N°49 – JUIN 2011



Couverture : Frans Masereel ' Autour de la piste, in Die Stadt, 1925 '

le numéro : 2 € - abonnement annuel 4 numéros : 6 €


◘  TARIFS 2013  ◘ 

Le numéro : 5€ - Abonnement annuel 4 numéros : 10€





•  AU SOMMAIRE N° 49  •


◘ TEXTES ◘


Hommage à Jorge Camacho (5 janvier 1934 - 30 mars 2011)
Rainer Maria Rilke, poèmes épars, 1914 ' À Hölderlin ' (traduit par Max Schoendorff)
Fabrice Pataut ' La dame assise '
Jean-Claude Silbermann ' Adresse du vieux des montagnes occidentales à ses disciples '
Christine Durif-Bruckert ' Regard troublant – Quelques impressions sur « L'Origine du monde » de Gustave Courbet '
François Michel ' Tempos beethovéniens '
Joël Roussiez ' En passant par Konya '
Serge Gaubert ' Jean-Jacques et Jean ' - (Jean-Jacques Lerrant et Jean Dasté)
Francis Pornon ' Le trésor magnifique ou Chant des égarés '
Jean-Marc Pelletier ' Univocalismes érotiques à 6 lettres '
Bernard Chardère ' Donnée gagnante dans tous les cas de figure '
Georges-Henri Morin ' Comme une piqûre de rappel '
Onuma Nemon ' Max & les fouailleurs '
Dominique Rabourdin ' Cramponnez-vous à la table d'expert '
Gwilherm Perthuis ' Guy de Pourtalès. Correspondances '
Odile Schoendorff ' Une philosophie déroutante de la monnaie : l'argent, par François Dagognet '
Christian Petr ' Tu n'as rien vu à Fukushima '
François-René Simon ' La liberté déviée de son cours '





◘ AUTRES RUBRIQUES ◘

► Ça tire : tirages oeuvres 
► Agence de presse : expositions; publications; rubrique IN MEMORIAM


◘ ART ◘


Lucie Chaumont, Otto Dix, Gustave Courbet, Klaus Staeck, Gérard Amsellem, Henri Plattel Pasoti , Magritte


◘ ◘

L'URDLA


L’URDLA (Utopie Raisonnée pour les Droits de la Liberté en Art), centre international de l’estampe et du livre, établi à Lyon est, en 1978, « né du refus par quelques artistes de la disparition d’un patrimoine technique et artisanal ». Le centre comporte, outre les bureaux de l’URDLA et leur documentation, une galerie d’exposition, un atelier de typographie, un atelier de gravure en taille-douce, un atelier de lithographie, un magasin où sont accessibles les estampes éditées en ces lieux.

l’URDLA :
De 1978 à 1986 : sauve et restaure des presses historiques (défense du patrimoine)
En 1983 : reçoit du ministère de la Culture la plus imposante des presses jamais construites.
En 1986 : s’installe à Villeurbanne dans une usine rénovée entièrement par ses soins
En 1990 : en association avec le célèbre atelier suisse de Saint-Prex, ouvre son atelier de taille-douce doté d’une presse à haute performance conçue et bâtie pour l’occasion. Arrivent aussi progressivement des presses typographiques.

Devenue Centre international de l’estampe, son développement se poursuit sans ignorer les crises qu’affronte la création actuelle. C’est que son ambition lui assigne d’être en premier lieu un outil d’analyse et de réflexion pratique sur l’art en train de naître et sur sa diffusion immédiate dans le tissu vivant de la cité.
Nous espérons à la fois ignorer les folies du marché culturel, dénoncer et détourner les menaces à la liberté d’inventer, et offrir à la curiosité d’un vaste public des œuvres du jour à l’état natif.
Les peintres-graveurs confient depuis cinq siècles leurs recherches les plus intimes et les plus urgentes à l’encre et au papier. Ils savent que les estampes, ces images légères et bon marché, sont leurs plus véridiques intercesseurs auprès des amateurs d’art contemporain.
À Villeurbanne, l’URDLA a le privilège de servir cette cause avec un retentissement international.

Source de cette présentation : site URDLA

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Outre la revue ÇA PRESSE, l'URDLA publie des livres dans ses diverses collections : Livres de peintres; Fil à plomb; Aperçu; Avant post; Hurdle; La source d'Urd ► Un des derniers livres paru dans cette collection : 

Vincent Bounoure ' Le 31 juin ' avec des illustrations de Georges-Henri Morin → ici 



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URDLA
 207, rue Francis-de-Pressensé
 69100 Villeurbanne




SITE URDLA → ici




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