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jeudi 16 juin 2011

Vincent BOUNOURE «  Le 31 juin » - illustrations de Georges-Henri MORIN - Editions URDLA




Vincent Bounoure ' LE 31 JUIN ' -
illustrations de Georges-Henri MORIN -
Editions URDLA - mars 2011, 13 euros



URDLA - centre international estampe & livre
207, rue Francis-de-Pressensé 
69100 Villeurbanne
tél. 04 72 65 33 34





◘ SITE EDITEUR ici  


◘

«  '' Elle et moi n’avions eu qu’un même souffle depuis bien des années lorsqu’elle mit la mort entre nous. Ce geste demeuré pour moi largement indéchiffrable a scellé son mystère propre et je n’ai pas trouvé de mot pour le désigner [...]. Seule me vint cette impropriété : la séparation. Elle répondait à la vérité géométrique de la distance ; elle évoquait pourtant avec grossièreté la résiliation d’un accord notarié. Mais elle encourageait l’idée que rien n’était irrévocable et qu’après l’éloignement, des retrouvailles prendraient place dans l’éventuel. ''.

Ainsi commence Le 31 juin, l’un des très rares récits poétiques de Vincent Bounoure achevé deux ans après la disparition brutale, en 1981, de sa compagne, Micheline.

Né à Strasbourg en 1928, ingénieur des mines, membre du groupe surréaliste, il est écrivain, poète et aussi expert en arts océaniens. Ainsi Vincent Bounoure est-il brièvement présenté sur la jaquette de son livre Vision d’Océanie. Il est mort en 1996 à Paris. À partir de 1955, il fut un des membres les plus actifs du groupe qui, autour d’André Breton, entendait se ranger aux exigences du surréalisme. Il publia de nombreux articles dans chacune des revues du mouvement : Le Surréalisme même, Bief, La Brèche puis L’Archibras entre 1958 et 1969.

Poète, théoricien, aimanté par Breton, il se prend avec Micheline de passion pour les arts sauvages sur lesquels il publie de nombreux articles, notamment dans la revue L’Œil et rédige plusieurs livres. Après la mort de Breton en 1966, V. Bounoure refuse la liquidation du surréalisme. Il diffuse une enquête Rien ou quoi ? auprès de tous ceux qui participèrent au mouvement. Les réponses qu’il reçoit incitent à explorer collectivement d’autres voies d’émancipation. Un Bulletin de Liaison Surréaliste sert de carrefour où se rencontrent certains qui n’ont pas renoncé et un livre, La Civilisation surréaliste, dont il est le metteur en œuvre principal, fait le premier point de ces recherches. C’est avec le groupe de Prague qu’il tente surtout de maintenir une activité collective malgré les difficultés de communication jusqu’en 1990.

À la question de M. Cesarini : « Que devez-vous personnellement à André Breton ? », Bounoure répondait en août 1992 : [...] ne m’a-t-il pas appris surtout, et cet enseignement-là envelopperait alors tous les autres, à déjouer quelques-unes des ruses du désespoir ? Ce que disent aussi Le 31 Juin et toute l’œuvre publiée ou inédite de ce poète à découvrir. »

Georges-Henri MORIN





◘ DESSINS ET EXTRAITS ◘


choix par I. Dalbe


Servi par une écriture puissante et exigeante, 'Le 31 juin' de Vincent Bounoure est un magnifique et poignant récit sur le ''retour à la présence'' d'une compagne passionnément aimée, alors que sa mort (constamment nommée « séparation », voire sommée d'être, de n'être que « séparation ») est contournée, grâce au tour de force des modes de fonctionnement (le rêve et la vision) de la « machine psychologique ». 
Et, dans la face de lumière des belles illustrations de Georges-Henri Morin « le jeu des lèvres verse son ébriété  ».



Georges-Henri Morin, illustration pour '' Le 31 juin ''
 V. Bounoure -  Editions URDLA


« [. . .] L'histoire des rencontres sans nombre dont mon esprit fut en effet le théâtre n'importe sans doute pas dans tout son détail. [. . .] du milieu des souvenirs jaillissait parfois un éclair d'actualité. Il n'y avait plus la conscience d'une absence, il y avait la représentation, investissant tout le champ de l'attention, d'un être physique, de sa posture et de ses gestes. Le son de sa voix éclatait en moi. [. . .]j'attendais non pas le coeur battant puisque aucune heure n'était fixée, mais avec une soif indistinctement mêlée à la douleur, ces fausses rencontres où me semblait renfermé tout le bonheur désormais accessible. Je les payais pourtant aussitôt d'une brutale fulguration de la torture. Le prix sans doute ne me parut aucunement trop lourd puisque j'entrepris d'abord de les susciter à volonté puis d'obtenir qu'elles se prolongent dans la durée. [. . .] Elles étaient seules à répondre à l'impatience d'un appétit irrépressible. Je m'y jetais du même élan qu'à nos rendez-vous de vivants.
Et c'était toujours le même appel : toi, toi ! sortant du plus profond de moi et propageant son vacarme, comme au travers d'une liqueur dense, dans les espaces où flottaient une impalpable épouvante. [. . .] toi, toi ! Imprécation ! Invective, probablement aussi. Et interrogation surtout. Qui avais-tu été ? Élancements intimes auxquels rien n'aurait pu répondre que la présence. Auxquels désormais rien ne répondrait que les mensonges du souvenir, les masques de la parole. Et symétriquement : qui avais-je été selon toi ? Au « pourquoi ? » de l'existence générale, au « qui suis-je ? » de l'introspection consciencieuse, avant de nous voir nous n'avions pas su répondre. C'est ce qui fit que nous fumes l'un à l'autre. Le « qui suis-je ? » s'était résorbé dans le « qui es-tu ? » à quoi quotidiennement répliquaient la moralité concrète et le miroir des yeux. [. . .] ».

Vincent Bounoure - extrait





Georges-Henri Morin, illustration pour '' Le 31 juin ''
 V. Bounoure - Editions URDLA


«  [. . .] Je le voyais bien : je m'obstinais ridiculement à arracher un sursis quand l'arrêt venait d'être exécuté comme si, après que ma tête aussi eut roulé dans le vide qu'on appelle l'avenir, je mendiais un instant au bourreau millénaire. Dans l'intervalle des rencontres je me disais : «  Tout est brûlé. A quoi bon maintenant souffler sur des cendres mortes ?  » Toute la joie dont peut battre un coeur humain, ne l'avais-je pas possédée, et bien au-delà ? Ces entrevues, dans lesquelles je croyais voir s'abolir l'affreuse succession des faits, et où je m'étais rué comme dans le plus proche abri contre l'intolérable, m'apparaissaient alors ruinées du dedans. Elles se surimposaient un moment au sanglot intérieur. Elles ne l'interrompaient nullement, puis elles en augmentaient le volume, redoublant alors le besoin qui les suscitait à l'instar d'une drogue, chaque jour plus tyrannique, dont je ne méconnaissais pas tout à fait le danger.
[. . .] De vingt façons, j'étais habité par la mort. La femme était morte, la conque de gloire s'était refermée, scellée sous les sables de l'Occident. De Saturne pouvais-je m'assurer même de n'avoir jamais été le naïf entremetteur ? Pourtant une sorte d'objurgation jour après jour me commandait [. . .] une persévérance que je taxais d'absurdité dans son principe et de futilité dans son résultat. Qu'était-ce que cet aiguillon ? La passion continuée retournant inlassablement à son objet ? Une dette impayée ? Ou encore un tumultueux désir de permanence ?
[. . .] N'avions-nous pas été fous ensemble ? Il m'incombait et à nul autre d'animer la femme morte du seul mode d'existence qui puisse lui être offert désormais. Ma vie consisterait à réaffirmer autant que je pourrais le sens de ses gestes tel qu'entrant dans la mort elle l'avait déclaré. [. . .]
[. . .] dans ces allers et retours de l'une à l'autre rive du fleuve fatal, qui me transportaient en la morte ou la dressaient vivante à mon côté, je lus comme en une flagrante image l'histoire d'une passion qui avait été la nôtre en son espèce la plus dévorante et la plus périlleuse, c'est l'amour d'identification. [. . .] ».

Vincent Bounoure - extrait


◘ ◘



◘ BIBLIOGRAPHIE 

par Georges-Henri Morin ◘



~  Poèmes  ~

•Envers l’ombre, ill. de Jean Benoît, Éditions Surréalistes, 1965
•Talismans, avec Jorge Camacho, Éditions Surréalistes, 1967
•Les Vitriers, avec Jorge Camacho, éd. Visat, 1971
•Maisons, avec Martin Stejskal, coll. du BLS, 1976


~  Sur l’art ~

•La Peinture américaine, éd. Rencontre, 1967
•Vision d’Océanie, Musée Dapper, 1992


~  Textes ~

•La Civilisation surréaliste, Payot, 1976
•Les Anneaux de Maldoror… contraires, éd. L’Écart absolu, 1999
•Moments du Surréalisme, L’Harmattan, 1999
•Le Surréalisme et les arts sauvages, L’Harmattan, 2001
•L’Événement surréaliste, 2004
•Légendaire mélanésien, Mélanésie, invention plastique et imagination légendaire, avec Micheline Bounoure, coll. L’Harmattan, 2006


◘ ◘

Georges-Henri Morin, illustrateur de l'ouvrage, est écrivain, poète, dessinateur, éditeur des 'Editions de Surcroît'.

Tout comme Vincent Bounoure, il a contribué régulièrement (poèmes, textes, dessins) au Bulletin de liaison surréaliste.

◘ LIEN BIBLIOGRAPHIE Georges-Henri Morin → ici 


 
◘ ◘ 

COMMENTAIRE

 de Jean-Christophe BELOTTI


- Extrait -
Source : Revue L'Or aux 13 îles- N°2


«  [. . .] Dans les lignes hantées et hallucinées du 31 Juin, écrites selon leur auteur ''contre toute doctrine'', Vincent Bounoure, disparu en 1996, qui fut l'un des plus proches compagnons d'André Breton de 1955 à la mort de celui-ci en 1966, nous apparaît comme ce sujet ici dédoublé en lui-même, et qui s'est « suivi » puis a rendu compte de ce surcroît bouleversant d'expérience provoqué par la mort brutale en 1981 de la femme qui fut l'amour de sa vie. [. . .]  

Le lecteur sera sans doute troublé de découvrir de quelle manière Le 31 Juin de Vincent Bounoure répond, comme un écho à cinquante ans de distance, à l'esprit de cette autre phrase (*) de l'auteur de L'Amour fou [. . .] « Si une idée paraît avoir échappé jusqu'à ce jour à toute entreprise de réduction, avoir tenu tête aux plus grands pessimistes, nous pensons que c'est l'idée d'amour, seule capable de réconcilier tout homme, momentanément ou non, avec l'idée de vie. [. . .]. Plus que jamais, puisqu'il s'agit des possibilités d'occultation du surréalisme, je me tourne vers ceux qui ne craignent pas de concevoir l'amour comme le lieu d'occultation idéale de toute pensée. Je leur dis : il y a des apparitions réelles mais il est un miroir dans l'esprit sur lequel l'immense majorité des hommes pourrait se pencher sans se voir. Le contrôle odieux ne fonctionne pas si bien. L'être que tu aimes vit. Le langage de la révélation se parle certains mots très haut, certains mots très bas, de plusieurs côtés à la fois. Il faut se résigner à l'apprendre par bribes. »

Fraternellement, Georges-Henri Morin a évoqué en regard par ses dessins la silhouette intensément précise et les attitudes spectrales des apparitions blasonnées de cette femme dans les yeux de son amant resté dans les limites de la vie. » J-C Belotti

(*) phrase tirée d'une longue note d'André Breton -Second Manifeste du surréalisme – fin 1930 -


► SOURCE COMMENTAIRE : REVUE L'OR AUX 13 ILES- N°2 → ici



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