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dimanche 12 février 2017

Joël Gayraud « Surréalisme ou barbarie ? » - ◘ - ◘ - et Autres contributeurs & artistes, Revue Peculiar Mormyrid N°4, Novembre 2016



Revue Peculiar Mormyrid N°4, 
Couverture Collage Megan Leach


SITE Peculiar Mormyrid → ICI


Il est possible :
◘ de se procurer la revue Peculiar Mormyrid, Issue 4 : The Sea, Couverture souple avec collage de Megan Leach, 210 Pages, par l'intermédiaire du site Lulu.com → ici  et  ici

◘ d'accéder à la revue Peculiar Mormyrid, Issue 4 : The Sea, proposée en pdf → ici


◘ Joël Gayraud ◘



La revue américaine Peculiar Mormyrid, inscrite dans la mouvance surréaliste internationale, a dédié son numéro 4 au thème de la mer.

A cette occasion, elle a proposé un questionnaire auquel a répondu Joël Gayraud, poète, membre du groupe surréaliste de Paris et essayiste, dans son beau texte fort réussi « Surréalisme ou barbarie ? » prolongeant par là-même un questionnement majeur.


Surréalisme ou barbarie ?




Jesse Treece, The Sea's Revenge


« Homme libre, toujours tu chériras la mer ! », le cri du cœur lancé par Baudelaire résonne toujours aujourd’hui, à près de deux siècles de distance, dans la tonalité où il avait été émis, celle de l’éternelle utopie du départ vers les rivages heureux. Mais le signal que lui renvoie l’écho, c’est un cri d’agonie, un cri qui nous plonge dans le sombre registre des espoirs compromis. Car la mer, « la mer toujours recommencée », n’a jamais été aussi près de finir. Est-ce encore la mer, ce plancher putride où flottent les sacs plastiques, cette fosse à boues rouges sillonnée d’usines à dépeupler les abysses, ce cuveau à isotopes où le plutonium nourrit le kraken, où les sirènes se poudrent au mercure et où le poulpe au regard de soie se parfume au pétrole brut ? Comme elles sont ébréchées, ô vieil océan, tes vagues de cristal ! La mer se meurt au rythme même où, sur la terre ferme, croissent, en un mouvement uniformément accéléré, l’hydre des banlieues et la tache livide des déserts. Les baleines bleues n’osent plus remonter les estuaires, les tortues géantes ne savent plus sur quel rivage pondre leurs œufs, les coraux sont réduits à l’état de squelettes blanchis, et, après les eaux douces, les eaux amères, loin de se transformer en limonade comme le rêvait Fourier, collectent toutes les pestilences de l’égout.

Dans les antiques récits de l’Âge d’or, la mer restait hors de portée de l’homme ; on se contentait de paresser sur le rivage, sans doute aimait-on se laisser caresser par les vagues, mais personne n’eût émis l’idée de construire un radeau ou une pirogue et de s’embarquer pour une navigation périlleuse. Les poètes anciens sont unanimes : la navigation permit d’étancher la soif de lucre des premiers marchands. Leur observation cible juste, mais ne suffit pas à expliquer l’origine de tant d’entreprises risquées, et l’on peut affirmer sans trop craindre de se tromper que c’est le manque de ressources dû à l’accroissement de leur population qui a décidé les tribus et les peuples à migrer vers d’autres terres au large des côtes, et que, de la Méditerranée à l’océan Pacifique, les îles et les archipels se sont peu à peu peuplés d’exilés plus contraints que volontaires. Cependant, avec le perfectionnement des techniques de navigation, les hommes, après l’avoir redoutée, se sont mis à aimer la mer et, à l’Âge d’or s’éloignant dans le temps du mythe, ont succédé les Îles Fortunées localisées dans le mythe de la distance, en Extrême-Occident, par-delà les Colonnes d’Hercule, dans ces parages fiévreux d’où certains voyageurs seraient revenus sourds pour avoir entendu, le soir, le coup de cymbales du Soleil qui tombe dans l’océan.

À mesure que les continents se faisaient de moins en moins propices à la liberté, l’esprit d’évasion l’a emporté sur les frayeurs et, tandis que les Empires se disputaient le contrôle des nouveaux mondes, la mer devint peu à peu le refuge de tous les réprouvés, de tous ceux qui voulaient reprendre le libre usage de leur vie, fût-ce au risque de la perdre. Ce fut le bref printemps des utopies pirates. Mais de nos jours il n’est plus d’île déserte à découvrir, d’atoll inconnu à explorer, et la mer, comme la terre, est prise en otage par les marchands et les entrepreneurs. Déjà des urbanistes envisagent de construire des villes flottantes pour entasser la population surnuméraire, qu’il s’agira bien sûr de faire travailler et de faire consommer. Il n’est assurément rien de poétique ni même de simplement vivable dans de tels projets pharaoniques, que leur démesure fonctionnaliste suffit à priver de tout charme. Si rien n’est fait pour y mettre un terme, le monde marin, déjà colonisé par la pollution, va l’être par l’habitat humain mécanisé, et la lèpre urbanistique qui achève de ronger les forêts, de miter les campagnes, de métamorphoser la ville elle-même en une entropique périphérie, va maculer de son abominable lupus la face des océans. Or, par un mouvement parallèle et contemporain, les banquises fondent, les calottes glaciaires se réduisent comme peau de chagrin, le niveau des mers ne cesse de monter. Les non-voyants eux-mêmes annoncent déjà la submersion de la plupart des grandes villes et de nombreuses capitales, situées sur les côtes ou près des embouchures. La mafia du béton, cette pieuvre des grandes terres, se frotte les tentacules à l’idée des profits garantis par la construction des digues, mais il n’est pas sûr qu’elle ait le temps de les construire. À mesure que les eaux gonflent et grossissent, les ouragans se lèvent et les cyclones déroulent leurs spirales dévastatrices. Faut-il attendre que les cataractes aux rideaux de ténèbres s’abattent du fond du ciel, que les vagues pachydermiques déferlent sur les côtes et emportent les masures comme les tours, que les réacteurs nucléaires inondés entrent en fusion, multipliant les Tchernobyl et les Fukushima, que des virus mutants, beaux comme la couleur des quarks dans le rayonnement fossile, éclosent de ce chaos, faut-il attendre l’ultime extinction pour que quelqu’un réponde – trop tard – à la question décisive et déjà centenaire : « Surréalisme ou barbarie ? ».

Joël Gayraud

Consultation du texte sur la Revue Peculiar Mormyrid N°4 → ici


 A PROPOS de Joël Gayraud → ici



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Autres contributeurs et artistes




Revue Peculiar Mormyrid, Issue 4 : The Sea, en pdf



Contributeurs : Jason Abdelhadi, Penelope Rosemont, Josie Malinowska, Fresh Dirt, Dale Houstman, Mattias Forshage, Patrik Sampler, Andrew Mendez, Casi Clinea, Maurizio Brancaleoni, Pierre-André Sauvageot, Emma Lunden, Steven Cline, Arthur David Spota, Ody Saban, RW Spryszak, David Nadeau, Gale Ahrens, Laura Lake, Dominick Coppi, Pieter Schermer, Paul McRandle, Kenn Kennedy, T.D.Typaldos, Beth Garon, Neko Linda, Stephen Kirin, Merl Fluin, Rik Lina, Allan Vilu, Stelli Kerk, Maria Brothers, Kate Tattersfield, Beatriz Hausner, Leeds Surrealist Group, The Surrealist Group of Stockholm, Jason Abdelhadi & Amber Craig, SLUT, the Surrealist London Under Takers contributions ici


Artistes : Bruno Barnabé, Heidi Bird, Maurizio Brancaleoni, Steven Cline, Casi Cline, Rikki Ducornet, Beth Garon, Guy Girard, Janice Hathaway, S. Higgins, Karl Howeth, Alex Januário, Philippa Joly, Laura Lake, Megan Leach, Rik Lina, CM Lundberg, Renzo Margonari, Matta, Steve Morrison, Sheila Nopper, Michael Richardson, John Richardson, Ody Saban, Ron Sakolsky, LaDonna Smith, Deborah Stevenson, John Welson, Johnny Williams, Davey Williams, Bill Wolak œuvres ici






Alex Januário, collage


SON ACTUALITÉ ÉDITORIALE (février 2016) : Recueil poétique (poèmes d'amour et érotiques).
Alex Januário, A noite absoluta [La Nuit absolue], Préface de Marcus Salgado, São Paulo (Brésil), éditions Loplop.
« C'est une poésie au régime lunaire » M. Salgado


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Deborah Stevenson


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Ody Saban, La belle fugue




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John Richardson, Labyrinth of Invisible Pathways
  


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