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BLOG ART et POESIE : OÙ VA ÉCRIRE ? — POETE — © APPAIRAGES ART

samedi 22 juin 2019

François LEPERLIER, DESTINATION DE LA POÉSIE, Éditions LURLURE, 2019 ◘ - ◘ Notes de lecture de Georges Guillain ; Laurent Albarracin ; Mathieu Jung ; Jean-Claude Leroy ; Alain Joubert ; Christophe Stolowicki ; Patrick Kéchichian ; Eddie Breuil ; Georges Sebbag ; Alain Roussel




François Leperlier, Destination de la poésie,
Éditions Lurlure, 2019
192 pages - 150 x 210 mm.
19 € → ici


Éditions Lurlure
Emmanuel Caroux
7 rue des Courts Carreaux
14000 Caen

Tél. 06 78 54 53 82


 COMMANDE SUR SITE ÉDITIONS LURLURE → ici

➳ DISPONIBLE EN LIBRAIRIE

DISTRIBUTEUR : SERENDIP LIVRES


«  Cet essai, à la fois spéculatif et polémique, vise à une réévaluation du champ de signification de la poésie dans la plupart de ses implications (artistiques, philosophiques, politiques, etc.). À rebours des partis pris idéologiques, il s’efforce de déchiffrer la situation actuelle de la poésie, à la fois surmédiatisée et discréditée, propagée et méconnue, assistée et instrumentalisée...
Il ne s’agit pas tant de se demander où va la poésie – si tant est qu’elle trace une direction –, mais bien de considérer son régime propre, sa puissance d’être et d’agir, qui entre dans la composition de tous les arts, y compris celui de vivre. Elle seule pourvoit l’aventure humaine d’un sens irrécusable, où la liberté est à sa source, où viennent fusionner la révolte et la métamorphose.  »
Note éditions Lurlure


■  


«  […] L'essence de la poésie se dit et se réfléchit dans la « portée » du poème, où le sens et l'acte coïncident, où la connaissance est d'emblée création. […] ».
François Leperlier, p. 21

« Même sortie de l'infime, du presque rien, de n'importe quoi, la poésie n'en finit pas de passer la mesure, de soulever ce qui est à sa portée, de tirer vers le haut, au plus haut, et même, pour certains, bien trop haut, il lui faut « l'infini en soi » (Hegel), le « sommet du langage » (Giacomo Leopardi), « par-delà le soleil, par-delà l'éther » (Charles Baudelaire), «  l'instinct de ciel » (Stéphane Mallarmé), la « profonde éternité » (Friedrich Nietzsche), « l'au-delà des jours », le « point sublime » (André Breton), « l'ascension furieuse » (René Char), la « sur-thaumatologie » (Ghérasim Luca), le « tout Autre » (Paul Celan), « le vrai cœur de la planète » (Zéno Bianu), «  le dernier ciel possible » (Jean-Paul Michel), « l'ultra-savoir » (Matthieu Messagier), et ainsi de suite, il suffit d'avoir le sens de l'orientation.
C'est naturellement de plus en plus difficile à faire passer cette histoire d'altitude et de profondeur ultime, voilà pourtant qu'elle s'amorce de la manière la plus spontanée, le plus simplement du monde. De quoi parle-t-on ?

[…] »
François Leperlier, p. 49



« […] Un même fil relie « L'aurore aux doigts de rose » d'Homère, « Les blancs chiens de l'aube » d'un chant Esquimau et « Le lait noir de l'Aube » de Paul Celan. Nous sommes contemporains de la poésie de tous les temps dès lors que, dans un mouvement qui lui est essentiel, elle les excède tous. […] ».
François Leperlier, p. 89


« […] Plutôt que d'aller, aujourd'hui, vaticiner sur le rôle de la poésie dans la pérennité ou le renouvellement des mythes collectifs, assurons-nous d'abord de la détermination propre du poème, du devenir-mythe du poème. Comment celui-ci découpe des singularités sur de l'universel, de l'intime sur du cosmique, comment il sollicite ce fond sous-jacent d'images premières, métaphores obsessionnelles, rêveries, légendes, épopées immédiates et, plus encore, cette matière assimilatrice et transformatrice du souvenir -Mnémosyne mit au monde les Muses – où l'expérience unique emporte celle de tous, où la mémoire vive touche à l'immémorial, avance dans la double nostalgie – de l'infini de l'origine à l'infini du futur. […] ».
François Leperlier, p. 159


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◘   Georges Guillain   ◘


À LIRE ! DESTINATION DE LA POÉSIE

DE FRANÇOIS LEPERLIER




François Leperlier nous livre dans cet ouvrage qui ne devrait pas manquer de faire réagir, les réflexions que lui inspire « la situation actuelle de la poésie ». Si la critique qu’il fait des multiples tentatives de médiatisation dont fait aujourd’hui l’objet la poésie et dont par ailleurs il affirme qu’elles restent pour l’essentiel sans effet réel, apparaîtra à certains excessivement radicale, il y aura profit, je pense, pour chacun, à profiter de la vision qu’il donne de la nécessité profonde de l’expérience poétique pour approfondir sa réflexion sur la « destination » de son propre engagement.

Oui. C’est aussi pour moi une évidence. Le poème, cet accompli dispositif de figures, cet assemblage singulier de rythmes et de mots par lesquels il se donne à lire ou entendre, ne peut être dissocié de ce qui vitalement l’anime, le traverse : élan, poussée ; de ce soulèvement profond et comme rassemblé de ce qu’on peut appeler l’être ou l’âme ou l’imagination, l’intelligence peut-être aussi… qu’importe. Et c’est pourquoi, je comprends que certains voient dans ce qu’on appelle poésie, une dimension, une aspiration fondamentales de l’humanité qui bien au-delà des mots s’expriment dans la totalité des activités créatrices par lesquelles, sans cesse, nous ajoutons concrètement comme idéalement, de la réalité à la réalité. De l’imaginaire aux imaginaires. Dont nous sommes tissés.

Sans doute y-a-t-il quelque risque à trop diluer les concepts et continuer à n’évoquer par le mot poésie que le genre littéraire qu’il désigne, tout en restant bien conscient du flou et de la grandissante perméabilité de ses limites, permettra peut-être de nous éviter bien des dialogues de sourds. Toujours est-il que je reconnais bien volontiers à l’ouvrage de François Leperlier, Destination de la poésie, qui y voit, lui, le principe générateur, non seulement de tout art mais de toute expérience de conscience sinon de présence véritables au monde, le mérite de mettre ainsi mieux en lumière le type d’exigence que sa pratique personnelle comme son mode d’existence à l’intérieur de la société, réclament.

Fort, apparemment, d’une très longue et pénétrante fréquentation du meilleur de la poésie universelle, François Leperlier incite à ne jamais perdre de vue que, quelle que soit l’extension qu’on attribue à ce terme, la poésie ne vaut que de s’éprouver reliée à une expérience vitale. Qu’à la condition de ne pas s’écarter de ses racines profondes qui puisent dans la substance même qui nous rattache au monde. Ni non plus de sa destination qui est, à travers l’incessante reconfiguration de notre univers symbolique, de recréer en permanence des vies voulues ou simplement désirées, plus ouvertes et plus libres.

Mais comment, s’interroge Leperlier, cela peut-il s’accommoder des mille et un petits calculs de ces auteurs de profession qui courent résidences, prix littéraires et cachets, des plus nombreux encore appétits narcissiques qu’on voit partout se manifester et réclamer à cors et à cris des espaces nouveaux et toujours plus valorisants où se produire et se faire entendre ? Quelle conciliation possible avec le souci de médiatisation et de mise en spectacle qui anime la quasi-totalité des entreprises culturelles qui derrière les slogans les plus creux et les déclarations les plus vides semblent davantage préoccupées d’auto-promotion que de la relance effective des imaginaires collectifs.

François Leperlier n’est pas tendre et n’y va pas avec le dos de la cuiller pour dénoncer les multiples petits arrangements qu’abritent les belles déclarations des uns comme les emphatiques proclamations des autres. Rien n’échappe à son regard critique jusqu’au type d’entreprise auquel avec Les Découvreurs nous nous sommes voués qui est de faire entrer le plus possible de poètes vivants dans les classes pour y aider à une meilleure reconnaissance de la poésie, par le public, demain.

Son constat est assez simple : « Quelles qu’aient été les ambitions affichées et les actions engagées, au cours de ces dernières années, en faveur de la poésie, il s’avère que celle-ci n’a pu élargir significativement son audience et sa capacité d’attraction. » Et c’est vrai qu’on peut difficilement au regard de notre longue expérience lui donner tout-à-fait tort. Certes le mot ne cesse de bénéficier d’une plus-value grandissante mais qu’en est-il de la chose ? Les ouvrages de poésie se vendent-ils davantage ? Les vies sont-elles réellement transformées en profondeur par le passage d’un auteur dans la classe ? Que produit vraiment la multiplication des ateliers d’écriture sensés accomplir le beau vœu de Lautréamont d’une poésie enfin faite par tous ?

[...].
Georges Guillain, blog Les Découvreurs, 23/02/2019, extraits → Article  ici



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◘   Laurent Albarracin   ◘


Lecture de François Leperlier, Destination de la poésie



Il se peut que l'essai de François Leperlier crée la polémique ou bien – a contrario et plus probablement – tombe dans le silence assourdissant et accéléré de la machine médiatique. Les acteurs de la scène poétique feront la sourde oreille ou s'offusqueront, cabrés sur leurs grands chevaux outrés. Peu importe. Comme son titre l'indique, l'essai traite moins de la poésie en tant que telle – encore qu'il donne nombre d'aperçus décisifs sur sa nature même – que des conditions de réception et de divulgation qui sont les siennes, institutionnelles et sociétales, mais encore symboliques. Au rebours de l'idéologie culturelle dominante qui donne allègrement dans le volontarisme et le positivisme militant, Leperlier remarque, malgré leur multiplication et leur envahissement, l'inefficacité des politiques publiques qui cherchent à la favoriser. Inefficaces sont ces dispositifs pour augmenter le lectorat de la poésie, et même contre-productifs : quand règnent la quantité et la communication, l'impératif pédagogique et spectaculaire auxquels les poètes eux-mêmes sont tenus de se soumettre, c'est la qualité du poème qui est lésée, et même son projet, ses enjeux qui sont d'ordre symbolique, qui se développent d'abord sur le plan (et dans la profondeur) de l'imaginaire. Quand s'accroît la prégnance de la société techniciste et médiatico-marchande sur la sphère privée de chacun (poète et lecteur), quelle place reste-t-il pour un usage méditatif du poème ? La question mérite d'être posée et Leperlier ne trouve guère de réponse optimiste, regrettant les groupements affinitaires qui pouvaient jadis, naguère encore, opposer une fin de non-recevoir aux mots d'ordre capitalistes parce qu'ils étaient aimantés par un horizon utopique.

Si le propos de Leperlier remonte bien quelques bretelles prétentieuses et remet les pendules de la poésie à l'heure – mais alors à l'heure de son inactualité éternelle, de son antiquité pérenne – il vaut bien plus que pour son aspect immédiatement polémique : c'est à une réhabilitation de l'imagination qu'il travaille, tant dans le domaine philosophique que dans le domaine poétique, les deux étant en fait indissociables. À l'encontre d'une vision textualiste, littéraliste, étroitement centrée sur son dispositif sémiotique désublimé (mais on pourrait y adjoindre d'autres options esthétiques qui ne sont pas non plus les siennes : celles de la « présence » ou la poésie du quotidien, les parti pris sociologisants ou descendants, etc.), il prône une poésie qui ne craint ni le métaphysique ni l'ontologie, ni le lyrisme, et avant tout il défend une poésie de l'image et de l'analogie. Celle-ci ne cherche pas tant à représenter (un réel qui lui serait purement extérieur) qu'à amplifier et renforcer les relations de l'imaginaire et du réel, à augmenter leur rapport nourricier dans un sens unitaire et ascendant. Continuum dont le poème est la trace, l'expérience, et une perspective pour la liberté individuelle.

Laurent Albarracin, site Pierre Campion, 24/02/2019 → Article ici


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◘  Mathieu Jung  ◘


François Leperlier : la poésie à l’estomac


François Leperlier, à qui l’on doit notamment une biographie de Claude Cahun (Fayard, 2006), publie aux Éditions Lurlure un essai profond et polémique consacré à l’état actuel de la poésie.
Peut-être que, comme le disait un personnage d’Eugenio Montale, la poésie n’existe pas. La poesia non esiste.

Croyez-moi, la poésie n’existe pas ; quand elle est ancienne nous ne pouvons nous identifier à elle, quand elle est nouvelle elle rebute comme toutes les nouveautés : elle n’a pas d’histoire, pas de visage, pas de style. D’ailleurs, d’ailleurs… une poésie parfaite serait comme un système philosophique qui tiendrait debout, ce serait la fin de la vie, l’explosion, l’écroulement, et une poésie imparfaite n’est pas de la poésie. (Eugenio Montale, La poésie n’existe pas (1971), « Arcades » Gallimard, 1991, p. 12-13)

Montale, ce poète exigeant, pensait bien sûr tout le contraire. Ce serait par trop simple, pris au pied de la lettre et au ras mortifère des pâquerettes d’aujourd’hui. Toujours brûlante, la question mérite en tout cas d’être posée de l’existence ou non de la poésie. À mieux dire, de son mode d’être particulier, de son devenir. Ce à quoi s’emploie vigoureusement François Leperlier dans ce Destination de la poésie.

Cela débute avec le souvenir des lectures d’enfance. Beaucoup de livres de poésie. Leperlier est né en 1949. On peut dire qu’il a eu cette chance. Il s’en rend bien compte aujourd’hui : « J’ai échappé aux nullités de la poésie pour la jeunesse triée par les pédagogues patentés, dont on enniaise aujourd’hui les écoliers avant de les écœurer pour de bon. » Alors, oui, les tenants de ce progressisme échevelé qui est celui de notre époque auront beau jeu de faire de Leperlier un énième chantre du « c’était mieux avant ». Mais bien sûr. Passez donc votre chemin, oubliez ce livre terrible et accablant. Il n’est pas vraiment fait pour vous.

Tout se passe comme si l’on visait à neutraliser la poésie. Artaud disait de Lautréamont, mais aussi de Baudelaire, de Poe, de Nerval qu’on leur a fermé la bouche « parce qu’on a eu peur que leur poésie ne sorte des livres et ne renverse la réalité ». Désormais, il n’est plus question de bâillonner les poètes. Ils ont droit de cité. On voit de la poésie dans la rue, dans les parkings souterrains. Il y a de la poésie dans les maisons de la poésie. C’est merveilleux. Poésie dans les écoles, dans les prisons. On produit de la poésie dans des résidences d’écriture prévues à cet effet. Poésie à la télévision, dans les couloirs de métro. Poésie place Saint-Sulpice.

Sans doute convenait-il de fabriquer de l’indifférence à l’endroit de cet objet nommé poésie, en le banalisant. Mieux encore : en l’institutionnalisant. La poésie, pas vrai ? est une chose trop sérieuse pour la laisser aux mains des poètes. Alors on va tâcher de la professionnaliser. Mais pas trop. Car ça reste de la poésie, après tout. Ce dont on a envie, c’est de poésie estampillée poésie. Traçabilité, contrôle.

[...]

Destination de la poésie n’est pas seulement une lamentation (une de plus…) sur l’interminable fin de la littérature, et de la poésie en particulier. Il est au contraire, dans cet ouvrage, de belles méditations sur le fait poétique. On les trouvera par exemple aux chapitres deux et trois. Il nous est notamment rappelé que Joan Miró, fréquentant les poètes, voulait dépasser la « chose plastique ». Et Leperlier de continuer : « Que les poètes commencent par dépasser la chose linguistique. » Vaste programme. L’ouvrage fourmille de pareilles formules, roboratives et rafraîchissantes. Comme celle-ci, par exemple : « Nous sommes contemporains de la poésie de tous les temps dès lors que, dans un mouvement qui lui est essentiel, elle les excède tous. » Il faudrait réapprendre à devenir contemporain de la poésie. Dont acte.

Mathieu Jung, revue Diacritik, 22/03/2019, extraits → Article ici


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◘   Jean-Claude Leroy  ◘


François Leperlier, « Destination de la poésie »


« la poésie ne rythmera plus l’action, elle sera en avant. » Arthur Rimbaud 1

François Leperlier évolue depuis son jeune âge dans l’orbe surréaliste toujours persistante, on le connaît pour ses études consacrées à Claude Cahun, poète et photographe, qu’il a contribué à faire connaître. Ou encore pour avoir établi une édition des œuvres de Magloire Saint Aude 2 chez Jean-Michel Place.

Le voici avec un essai consacré à la poésie telle qu’il l’a vécue, la lit et la vit. Leperlier s’y place volontiers à une certaine hauteur, c’est une exigence sans doute, au risque d’une assurance qui peut parfois gêner.

Autobiographique, c’est un mérite de ce livre où l’auteur raconte sa découverte de la poésie, comment on l’appréhendait à l’époque (années 1960), comment il n’a pas changé.

« Au fond, mon adolescence s’est trouvée simplifiée autour de quelques aspirations parfaitement dessinées, dont j’allais bientôt connaître les complications : aller vers les œuvres qui sont plus que la vie, parce qu’elles grandissent l’amour et la mort ; viser à beaucoup de latitude dans la vie sociale et professionnelle ; mettre un maximum de réalité, de vérité, dans les images ; placer ce qu’il y a apparemment de plus gratuit, l’expérience intérieure, la capacité d’émerveillement et de résistance, la volonté de rêver, le parti pris de la beauté, le désir d’éternité, autant dire la poésie elle-même, au centre de tout, au-devant de tout. Et j’en suis toujours-là. » 3

Comme il le rappelle, la fin de l’hégémonie surréaliste a souvent fait place à de la spéculation davantage qu’à de l’action, à un retour sur soi davantage qu’à une ouverture.

[...]

L’image poétique prônée par les surréalistes avait-elle fait son temps ? Cela fait un bail que cela semble être admis. L’existentialisme, le structuralisme, la littéralité, jusqu’aux poètes en vogue depuis plusieurs années (bien souvent des universitaires) lui ont fait un sort.

Tout accès de lyrisme est honni désormais dans ce qui se veut l’avant-garde, mais une poésie émancipée des principes en vogue n’en continue pas moins de subsister, en dépit du dédain qu’elle suscite. Leperlier fait le parallèle avec l’art contemporain d’aujourd’hui qui a réussi à s’imposer dans tous les lieux en vue, en étant l’art qui parle le moins, mais qui fait parler le plus.

[...]

D’une manière générale, la diffusion forcée de la poésie suffit à la refroidir, « les entreprises de médiatisation, de vulgarisation, de soi-disant démocratisation de la poésie, non seulement ne conduisent jamais à sa popularisation, mais s’y opposent. ».

N’oublions pas, comme nous le rappelle Leperlier, que la plupart des poètes marquants du xxe siècle tomberaient aujourd’hui sous le coup de la loi, « seraient en butte aux avanies judiciaires et médiatiques, attisée par les lobbies citoyens et les ligues de vertu. »

C’est d’ailleurs à l’aune des textes de Debord, de Lefebvre, de Fourier, de la poésie de Nerval, de Lorca, Reverdy, Peret, par exemple, ou des pensées d’Empédocle, de Nietzsche, que l’auteur forge un regard politique.

« La seule utopie viable advient dans le poème, instantanée et génératrice, elle n’entre dans le monde que par le poème, à sa hauteur, et n’en doit point sortir. La seule politique que rejoint le poème est celle dont il peut changer la nature, comme il fait de toute chose, pour l’assimiler, à sa substance, en définitive, celle qui s’exerce librement dans la métamorphose, le mythe et l’épopée (de Homère à d’Aubigné, de Hugo à Césaire). » 6

Jean-Claude Leroy, site Mediapart, 09/05/2019, extraits → Article ici

1 Lettre d'A. Rimbaud à Paul Demeny, 15 mai 1971, cité in François Leperlier, Destination de la poésie, éditions Lurlure, 2019, p. 161.
2 Cf. https://blogs.mediapart.fr/patrice-beray/blog/200408/mon-ode-magloire-saint-aude
3 François Leperlier, Destination de la poésie, éditions Lurlure, 2019, p. 15.
6 François Leperlier, Destination de la poésie, éditions Lurlure, 2019, p. 154.



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◘   Alain Joubert  ◘


La poésie n’est pas ce que vous croyez


François Leperlier, Destination de la poésie.


« Dans cette forme de résistance qui s’annonce, la poésie, ce dérèglement de tous les sens, sera une arme aussi bien qu’une forme de ralliement », écrit Joël Gayraud (1) qui incite de la sorte « à ne pas se résigner à devenir les humains cybernétisés du proche avenir, coiffés d’un casque à émotions fortes ou plongés dans un caisson de relaxation selon les nécessités de leur emploi du temps ».

À cela, François Leperlier aligne « de sombres combinaisons [qui] ne cessent de s’exaspérer mutuellement : l’emballement des forces productives, de la démographie, de la sur-répression et de la violence sociale, de la marchandisation du monde et la frustration consumériste, le servage salarié et l’hédonisme administré, l’instrumentalisation dévastatrice de la nature et la normopathie écologiste, la phobie de la liberté, la boulimie des interdits et des transgressions réactionnelles, le démocratisme néolibéral et le moralisme inquisiteur et scélérat, la pudibonderie exhibitionniste, la psychose du sexe et l’extinction de l’érotisme, l’infantilisation des rapports socio-affectifs et la haine de soi… », ce n’est pas fini, mais j’arrête ici cette accumulation ravageuse qui dessine lucidement le profil de nos déboires présents et futurs.

Il nous faut donc opposer la poésie à cette déferlante, sachant pourtant que, là encore, de sinistres pièges nous attendent sous la forme de marchés, de foires, de salons, de « Printemps » ou autres festivals de « poésie vivante », tous parrainés par diverses institutions privées ou publiques ; la RATP, par exemple, qui n’a jamais manqué de « réaffirmer son engagement envers la poésie », tout en incitant les « conducteurs de métro à agrémenter […] votre parcours en récitant des extraits de poésie ». Toutes les régions sont frappées du même délire, de la même contagion ; « de Paris à Lyon, de Lodève à Rouen, de Bordeaux à Marseille, de La Rochelle à Bazoches […] On atteint le chiffre impressionnant d’environ quinze mille manifestations sur l’ensemble du territoire », précise Leperlier, qui en décrit quelques-unes parmi les plus accablantes, comme à Sète par exemple, où il s’agit « d’arracher la poésie de ses hautes sphères souvent perçues comme inaccessibles pour l’ancrer dans notre quotidien ». Et en avant pour les « siestes poétiques et musicales durant lesquelles hamacs et transats seront mis à la disposition des visiteurs », tandis que des « facteurs poètes », nichés dans des barques de pêcheurs, rôdent entre les tables du petit déjeuner… Au secours !

Mais Leperlier dans son livre ne se contente pas de dénoncer le « cirque poétique » destiné à faire avaler au bon peuple une soi-disant dimension « populaire » de la poésie, il met aussi le doigt sur une escroquerie contemporaine très en vogue chez ceux qui font profession d’écrire : « le retour en force de la chose littéraire », ce qui a rendu possibles « des ambitions du type : ‟Je n’ai jamais écrit une ligne sur un sujet autre que le sujet d’écrire”, et qui culmine dans cette foutaise : ‟La littérature comme ‘poésie de la poésie’” ».

Ainsi, les mots de poésie, poèmes, poète, poétique ont-ils maintenant pour mission de couvrir un certain type d’activités littéraires « dont on ne sait plus en quoi elles diffèrent de certaines autres », ce qui est indéfendable, même si cela est inévitable à une époque où la recherche systématique de la simplification par suppression mène tout droit à la banalisation.

Demeure pourtant un vrai risque à prendre, écrit François Leperlier : « Alors se dessine une tout autre perspective, telle qu’a pu l’affronter, par exemple, un Juan Ramón Jiménez : ‟Écrire n’est qu’une préparation pour ne plus écrire, pour l’état de grâce poétique, intellectuel ou sensitif. Devenir soi-même poésie, non plus poète.” » En matière de suppression, voilà une manière radicale de se débarrasser de ces littérateurs qui, en allant « à la ligne », espèrent masquer l’affligeante platitude de leurs propos !

« On a laissé préjuger, dans une grande confusion, que la poésie peut se passer d’images, et même qu’elle gagne beaucoup à s’en passer. Certains en ont fait une sorte de programme minimum qui, après la bacchanale surréaliste, prêche la cure d’austérité », déclare François Leperlier, qui en profite pour mettre en contradiction avec lui-même Yves Bonnefoy ; en 1992, celui-ci affirmait : « La vérité de parole, je l’ai dite sans hésiter la guerre contre l’image – le monde – image – pour la présence », tandis qu’en 2008 la guerre est finie : « L’image qui fait tomber les clôtures entre l’inconscient et la conscience, comme c’est tellement nécessaire et pourtant si peu pratiqué aujourd’hui. »

François Leperlier : « Je demande toujours qu’on me montre un poème sans images, un poème qui ne susciterait pas des images, qu’on me montre comment la poésie résiste là où l’image cesse d’agir ». Je vais m’engouffrer dans ce « susciterait » pour citer André Breton qui souhaitait « rendre le langage à sa vraie vie […] en se portant d’un bond à la naissance du signifiant » ; puis Novalis qui écrivait : « De l’imagination productrice doivent être déduites toutes les facultés, toutes les activités du monde intérieur et du monde extérieur » ; Bachelard, enfin, qui approuvait : « Le psychisme humain se formule primitivement en images ».

Alors se présente l’image par induction, qui se formera – on non – dans l’esprit du lecteur, au lieu de lui être fournie sur le papier de manière irrévocable ; une image à l’état latent qui s’élabore en aval du langage, permettant au lecteur de la forger en partie de lui-même, de l’enrichir en la clarifiant, de la faire passer magiquement de l’état d’évocation à celui de révélation. « Le poème n’a pas de mémoire », disait René Char, tant il est vrai que ce qui s’incarne dans l’espace intérieur tient plus de la fulgurance de l’éclair que des chandelles du souvenir. L’image n’a donc pas besoin d’être aux premières loges, sinon un peu en retrait, dans la pénombre, là où seuls brillent les diamants. Leperlier confirme : « Ainsi, l’image est d’autant plus riche de présence immédiate qu’elle est la plus indirecte […] la représentation la plus indirecte est une formation symbolique, elle multiplie les connotations, et progresse en précipitant les potentialités contradictoires. C’est une image dynamique et amplificatrice […] de sens dérivé et potentiellement infini ».

[...]
Alain Joubert, Site En Attendant Nadeau, 12/05/2019, extraits → Article ici

(1) Joël Gayraud, La paupière auriculaire, Corti, 2018 → Article ici


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◘   Christophe Stolowicki   ◘


Destination de la poésie de François Leperlier


En notre temps heureux où partie à la reconquête du peuple (Thomas Deslogis), la poésie est enfin à la portée de tous, de plus en plus contagieuse ; où montent à la brèche des brigades d’intervention poétique ; où sous la direction d’opérateurs référencés poésie qui savent que le chantier pédagogique est immense (Jean-Marie Gleize), lors de Journées Poët Poët est susurré aux tout petits le poème doudou ; quand le Printemps des poètes programme aux fêtes villageoises d’offrir à chaque ménage de la commune un livre de poésie (poèmes d’amour) ou/et à chaque naissance un recueil de poésie jeunesse, dans un univers poétique […] en expansion constante ; que se multiplient conférences et colloques tel celui Pour une poétique mondiale de la poésie (dans l’amphithéâtre de la Bibliothèque Nationale), que Michel Deguy compte instituer un Marché commun de la poésie, Serge Pey promouvoir une Marche mondiale de la poésie, que de nombreux ateliers d’écriture, résidences d’écriture, garantissent démocratiquement à chacun l’apprentissage puis l’exercice exotique de l’art entre tous – force est de constater, selon une enquête récente, qu’« à peine 1% du lectorat lit régulièrement de la poésie, [dont] 0,3% la poésie des auteurs vivants », sans qu’il soit précisé s’il s’agit d’un autre que soi. « Guy Lévis Mano, il y a bien quarante ans, faisait observer qu’il y a en France beaucoup plus de poètes que de lecteurs de poésie ». Déjà « Au milieu du XIXème siècle, Henry Murger pouvait ironiser : Qu’est-ce que c’est que vos bouquins ? Des volumes de poésie, avec le portrait de l’auteur en lunettes ? Mais ça ne s’achète pas, ces choses-là. – À moins qu’on n’y soit condamné par la cour d’assises ». On peut même remonter à Swift (deux siècles avant Rilke qui pour son pensum de pédagogue a repris le titre) s’égayant dans une Lettre de conseils à un jeune poète de la prolifération de poétastres, poétaillons, sous-poètes, singes-poètes, et philopoètes, sans compter d’autres encore inférieurs du point de vue du talent, mais farouchement décidés à en avoir.

[...]

En poésie plus qu’ailleurs une inégalité vivifiante domine, le modèle des critiques demeurant Baudelaire dans L’art romantique (titre posthume) qui parle du génie de pair à égal (Hervé Falcou dans une courageuse préface). À cela près, François Leperlier, baigné dès l’enfance dans la grande poésie (Hugo, Lamartine préférables aux niaiseries de la poésie jeunesse, nourri on peut les oublier comme un doudou usagé, une croûte qui tombe, une névrose qui cicatrise), élevé dans les « prières profanes » en leur « mystérieuse évidence » – dresse de soi un portrait de poète lecteur que beaucoup peuvent envier. « Si le nombre de lecteurs n’est pas à négliger, seule importe la chance d’être bien lu », écrit-il après Gracq. Il peut y avoir des instants où des alphabets, des livres de compte, nous paraissent poétiques (Novalis). Ou un acte notarié bien mené.

[...]

Culture : faisant « basculer, à la manière baudelairienne, le meilleur de la modernité dans une antiquité immédiate », lisant Matthieu Messagier en continuité de D’Aubigné ou Tzara ; n’entendant pas « la parole automatique […] couramment pratiquée par les chamans, les médiums, les lettrés taoïstes et la Pythie de Delphes [comme] une découverte surréaliste, mais une mise en situation particulière » – méconnaissant toutefois ce que l’écriture automatique doit à l’association libre de Freud. Érudition pour qui il n’est rien de nouveau sous le soleil, « le calligramme […] connu des calligraphes grecs, hébreux, musulmans […] le poème justifié [...] subtilement arrangé dès le IXème siècle par Rabin Maur […] les jeux purement phonétiques […] connus d’Aristophane ». En résistance contre « certains fervents du traitement de texte, qui assimilent le dieu de la littérature à un algorithme [et] doivent savourer la perspective d’une poésie transhumaniste, directement générée par les logiciels […] qui pourraient débiter sans désemparer la diarrhée irrépressible des signifiants. »

Quand, « après l’institution de nouvelles formes de censure (et d’autocensure), après les tentatives, souvent réussies, pour assujettir la langue et criminaliser la pensée, nous entrons dans l’expurgation méthodique des lexiques, des bibliothèques et des musées » ; qu’une société du spectacle caricaturant en performances celle que dénonce Debord exerce un effet d’étouffoir sur la poésie moins tapageuse, moins venderesse, l’intérieure pas dans l’autopromotion permanente – encore qu’il faille reconnaître l’effet d’entraînement, de jam session à la théâtralité, celle d’Artaud, de Tzara – ; que la plupart des poètes authentiques sont publiés à fonds perdus par des (micro)-éditeurs passionnés – Destination de la poésie est un ouvrage sec et salubre et salutaire, sans pitié pour les professionnels de la cocarde poétique, de la lyre à l’oreille et de la poésie à l’estomac, pour paraphraser Gracq.

Il ne porte l’estampille ni du CNL ni d’aucune aide locale, publié aux seuls risques de l’éditeur.

Christophe Stolowicki, Sitaudis, 11/05/2019, extraits → Article ici


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◘   Patrick Kéchichian  


FRANCOIS LEPERLIER à quoi destiner la poésie ?



«  […] Ce qui frappe d'abord, c'est une radicale originalité de ton, une prise de hauteur immédiate qui est le contraire d'une mise à distance, d'une indifférence polie ou d'un froid académisme. L'auteur, par ailleurs poète, philosophe, biographe de l'écrivain et plasticienne Claude Cahun, engage sa propre parole. Sans rien ignorer du contexte culturel et social, des multiples initiatives publiques, institutionnelles, qui ont la poésie et les poètes pour objets, François Leperlier s’applique, avec mesure et raison mais sans concession, à approcher, à nouveaux frais, cette intelligence. De celle-ci, l’ironie ne peut, ne doit assurément pas être absente. Jonathan Swift et Witold Gombrowicz en font foi dans ces pages. […] »

Patrick Kéchichian, Revue Artpress, N° 467, juin 2019, extrait → Article ici


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◘   Eddie Breuil  


Lecture de Destination de la poésie


En ouverture du dossier “Splendeurs et misères de la poésie”

« Le spécialiste de Claude Cahun, François Leperlier, nous offre un livre profondément personnel sur son expérience de la poésie, autant comme poète que comme lecteur. Ce qui préside à cet essai est tout à la fois une fascination et une défiance face aux formes grotesques qu’elle peut revêtir. […] »

Eddie Breuil, QUINZAINES, N°1215 du 1er au 15 juin 2019, extrait → Article ici


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◘   GEORGES SEBBAG  ◘


Face à l’océan

Depuis le rivage, François Leperlier contemple le vieil océan. Il est à la fois plongé dans ses pensées et immergé dans le grondement ininterrompu des vagues. Que recouvre ce bruit de fond ? Comment démêler les sonorités issues de ce sourd fracas ? Quelle peut bien être la partition de cette multitude de « petites perceptions » (Leibniz) ? Si l’on admet que le vieil océan représente la poésie immémoriale et actuelle, on peut penser que Leperlier a eu fort à faire quand il a voulu entendre, au cœur de l’épais brouhaha de la mer, les sensations les plus imperceptibles, le filet de voix, le murmure de la poésie. Il s’y est pourtant employé en indiquant, à travers la chambre d’écho d’une succession de vagues, à quels poèmes il avait été sensible et pourquoi tels autres relevaient du psittacisme.

La vague de l’enfance. Les poètes du XIXe siècle, Vigny en particulier, ont charmé l’enfant. Des vers de Lamartine sont cités en premier : « Le soir ramène le silence. / Assis sur ces rochers déserts, / Je suis dans le vague des airs / Le char de la nuit qui s’avance. » Ce n’est pas à l’école, mais en fouillant dans la bibliothèque du grand-père paternel puis dans celle encore plus érudite des grands-parents maternels que François a éprouvé l’émotion indéfinie et parfois mélancolique de la poésie. Parmi les achats marquants de l’adolescent figure Plupart du temps de Pierre Reverdy.

La vague de la définition. La poésie est allergique à la clôture ; elle échappe au moule de la définition. Le certain est qu’elle est substantielle et ressentie – et non accidentelle et pensée. Elle ne peut ni être mise à distance et théorisée, ni être aplatie et réduite à un mode de fabrication.

La vague philosophique. À beaucoup d’égards, poésie et philosophie, bien que distinctes, font bon ménage. Pas un grand poème, déclare Leperlier, qui ne soit essentiellement et involontairement philosophique.

La vague ascensionnelle. La poésie est la meilleure table d’orientation. Elle n’en finit pas de nous élever quand elle nous entraîne au fond des cañons ou sur ses montagnes russes.

La vague des images. Le propos de l’auteur de Destination de la poésie se fait encore plus pressant. Le poète est un voyant. Ses images sont fulgurantes et rares. Ne surtout pas croire que les poèmes pullulent comme les poux dans une chevelure. La poésie se moque du clonage.

La vague des Maisons de la poésie. En France, à partir des années 1980, coup d’accélérateur, la poésie est reconnue par les corps constitués ; les poètes ne sont pas lus mais cocoonées et subventionnés ; on tresse des lauriers, dans le jargon le plus insipide, aux semi-professionnels de la poésie. Leperlier relève les formules déclamatoires, hilarantes, emberlificotées de ce nouvel art pompier ou de cette thérapie de choc de la « poésie faite par tous ». Ici, nombre de poètes connus ou autoproclamés se sentiront diablement visés.

La vague anthologique. De l’examen des anthologies poétiques des dernières décennies, il ressort que le choix n’est pas si drastique. On a misé sur cent poètes, il y en aurait une dizaine. On a élu une trentaine, ils se compteraient sur les doigts d’une main. Leperlier ne cache pas ses préférences, depuis la plus haute antiquité jusqu’aux contemporains.

La vague critique. La critique de la poésie appartient à la poésie (Aristophane, Swift, Ducasse, Vaché, Gombrowicz).

La vague anthropologique. La poésie ne relève ni du sérieux ni de l’amusement. Elle est une composante même de l’espèce humaine. Dans l’appareil de notes, disposé en fin d’ouvrage, on découvre toute une bibliothèque anthropologique qui nourrit dans sa serre le rayon Poésie. Décidément, la poésie n’est ni une discipline, ni une spécialité.


En 1799, dans La Destination de l’homme, Fichte nous livre les émois et les lueurs propres à son idéalisme subjectif qui va du doute à la croyance en passant par la science. En 2019, Leperlier s’interroge à son tour sur une destination équivalente, celle de la poésie. En méditant sur lui-même et sur la poésie, il témoigne que l’image est un acte : « la destination de la poésie ne décrit pas une trajectoire, elle relance une volonté d’être ». Fruit d’une grande patience, écrit avec grâce et intelligence, Destination de la poésie est un livre moteur et majeur qui arrivera à bon port.

Georges Sebbag, 07/03/2019, Blog Philosophie et surréalisme → article ici


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◘   ALAIN ROUSSEL  ◘


François LEPERLIER : Destination de la poésie


NOTE DE LECTURE d'Alain Roussel dans le numéro de septembre/octobre 2019 de la revue Europe.

Alain Roussel, Revue Europe, n° 1085-1086 – septembre/octobre 2019 → ici 



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╔  FRANÇOIS LEPERLIER  ╗




François Leperlier : écrivain, essayiste, poète, philosophe et historien d'art. Il a collaboré à de nombreux ouvrages collectifs, revues, catalogues d’exposition, actes de colloque et participé à des émissions radiodiffusées (France Culture).

Parmi ses publications :

Contre Temps (Paul Vermont, Paris, 1978).
Entre-double, illustrations de Jacky Roulland (Inactualité de l’orage, Paris, 1981).
La Dédicace intégrale, illustrations de Robert Lagarde (Pierre Bordas et fils, Paris, 1986).
Édifices de mélancolie, illustrations de Jorge Camacho (Myrddin, Brive, 1993).
Magloire-Saint-Aude. Œuvres complètes (Jean-Michel Place, Paris, 1998).
Diana Michener. Épiphanie du corps. Maison européenne de la photographie, Paris, 2001.
Jean Legrand, L'Amour Insolent, La Termitière, Marseille, 2002.
En Chine (1978-2003), Photographies de Laurence Vidal, Éditions du Pacifique, 2003.
Pierre Caminade. Œuvre poétique complète (Le Castor Astral, Paris, 2004).
Rêve manifeste (Éditions d’écarts, Paris, 2004).
Abrégé du Ciel, avec cosmophonies de Jean Monod (Atelier de l’Agneau, 2004).
Attraction, planches graphiques de Jean-Pierre Hamon, Passage d'encres Éditions, 2011
Catherine Hekking« L'image dans le paysage », Musée Antoine Lécuyer, Saint-Quentin, 2013.

François Leperlier a contribué à faire redécouvrir, dès 1989, Louis-François Delisse, (poète reconnu, entre autres, par René Char, Henri Michaux, Raymond Queneau), en trouvant dans une librairie un de ses livres majeurs « Soleil total », publié par Guy Lévis Mano, en 1960. [→ Louis-François Delisse : article ici.]
Frappé par la qualité de cette écriture et retrouvant le poète, François Leperlier a contribué à le relancer via la revue Le Château-Lyre (Dieu-Tige, fragments, 1989) ; via les éditions Myrddin de Pierre Peuchmaurd (Dieu-Tige, autres fragments, 1991 ; Litanies d'I, 1991 ; Procès de la fleur, 1993 ; Dieu-Tige, le manuscrit retrouvé, 1998 ; Etre mort tout en vivant, une feuille, 2000 ; Tombeaux, 2005) ; via les éditions du Rewidiage ; via les Cahiers de l'umbo ; etc.
Présentation par François Leperlier de Aile, Elle, anthologie de neuf recueils de L-F Delisse écrits au Niger, Le Corridor bleu, 2002

François Leperlier a participé aux revues d'esprit surréaliste : Le Désir libertaire ; Intersigne ; Le Château-Lyre ; Le Cerceau.

François Leperlier est connu et reconnu pour son travail sur Claude Cahun (1894-1954. Poète, essayiste, traductrice, comédienne, photographe) pour avoir entrepris en 1984 des recherches sur cette dernière, rédigé sa biographie, établi le catalogue raisonné de son œuvre photographique et édité ses écrits.

A son actif :

Claude Cahun, l’écart et la métamorphose (Paris, Jean-Michel Place, 1992) : biographie complète et abondamment illustrée.
Claude Cahun Photographe (Jean Michel Place / Musée d'art moderne de la Ville de Paris, 1995), Catalogue de l'exposition (juin à septembre 1995) avec la contribution de François Leperlier.
Claude Cahun (Photopoche n° 85, Nathan, Paris, 1999 – réédition Actes Sud, 2005), présentation par François Leperlier de la pratique de l'autoportrait photographique par C. Cahun comme technique d'auto-analyse poussée aux limites extrêmes.
Claude Cahun, Écrits (éditeur Jean Michel Place, 2002) : édition monumentale qui rassemble la totalité des écrits de Claude Cahun, dont des textes inédits, et inclut la reproduction, sous forme de fac-similé, des ouvrages illustrés et mis en page par C. Cahun et son amie Suzanne Malherbe.
Claude Cahun : L'Exotisme Intérieur (Fayard, 2006) : biographie, étude de l'œuvre de Claude Cahun et réflexion sur celle-ci, bibliographie et cahier de plus de cent vingt photos.
Héroïnes, Claude Cahun, (Mille et une nuits, 2006) : nouvelles écrites entre 1920 et 1924 par C. Cahun, Postface de François Leperlier.
Claude Cahun, Aveux non avenus (Fayard / Mille et Une Nuits, 2011) : Nouvelle édition établie par François Leperlier de ce livre majeur (sorte d'« autobiographie rêvée » ou « autofiction ») illustré de photomontages, où l’écriture de Claude Cahun emprunte diverses formes : aphorismes, fragments de moments vécus et récits rêvés, chroniques, fragments de lettres (correspondance vraie ou fausse), extraits de journal intime, de morceaux de prose polémique, de propositions éthiques, littéraires, de considérations introspectives, spéculatives, de contes remaniés et de poèmes.
En somme, selon la postface '' Les clés des aveux'' de F. Leperlier, il s'agit d' « une sorte de collage de textes, qui entre directement en résonance avec les montages photographiques », et qu'elle publia, de son vivant, aux Éditions Carrefour en 1930.
• « Claude Cahun », in revue Europe, n° 1056, avril 2017.

François Leperlier a été l'un des commissaires de l’exposition « Claude Cahun rétrospective » au musée du Jeu de Paume à Paris, du 23/05/2011 au 25/09/2011.
Claude Cahun, (Hazan /Editions du Jeu de Paume, Paris, 2011), Catalogue d'exposition avec la contribution de François Leperlier.

François Leperlier est dédicataire du texte de Joël Gayraud, poète, essayiste : « LUCY SCHWOB, REBELLE » (qui adopta le pseudonyme de Claude Cahun dès 1917), paru dans la revue Empreintes n°26, Éditions de L'Usine, Automne 2015 → article ici


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