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BLOG ART et POESIE : OÙ VA ÉCRIRE ? — POETE — © APPAIRAGES ART

jeudi 18 avril 2019

Jean-Raphaël PRIETO, Chemin courant, branche morte, Frontispice de Jean-Pierre Paraggio, Collection de l'umbo, 2018 – Note de lecture de Alain Roussel




Jean-Raphaël PRIETO, Chemin courant, branche morte,
couverture : collage de Jean-Pierre Paraggio,
Frontispice de Jean-Pierre Paraggio,
Collection de l'umbo, 2018


CONTACT / CORRESPONDANCE :
 jeanpierreparaggio[at]yahoo.fr



[...]

Les mots, les gestes, l'allure
le comportement d'un passant
interrogent tout le temps
celui qui, trahi par la naissance et le manque
figure le corps avec des nuages
les nuages avec des méduses
les méduses avec des voiles
les voiles avec des flammes
les flammes avec des vagues
les vagues avec des algorithmes

[...]

Jean-Raphaël Prieto, préambule, extrait





Frontispice Jean-Pierre Paraggio, 
Jean-Raphaël Prieto, Chemin courant, branche morte
Collection de l'umbo


Alain ROUSSEL ◘



Jean-Raphaël Prieto écrit peu. La logorrhée littéraire qui affecte nombre de nos contemporains n'est pas pour lui. De temps en temps il publie une plaquette. La dernière s'intitule Chemin courant, branche morte, dans "la collection de l'umbo", avec un somptueux frontispice de Jean-Pierre Paraggio qui vient par ailleurs apposer sa griffe légendaire au fil des poèmes. Pas de concession au réel, si peu enviable. Nous sommes là dans l'image, avec cette liberté insolente qui vient du surréalisme et sa part d'énigme absolue.

Extrait :

Il n'y a pas à envier
les marées de fiel de l'honneur
ni les beaux yeux de la séduction.
Derrière la lame
aux reflets de jambes
la pierre
aux reflets de seins
l'herbe
aux reflets de croupes déferlantes
la cime des arbres
aux reflets de clin d'œil :
les branches tiennent à la fois lieu de refuge
et de poste de guet


Alain Roussel, 
journal de lecture, 6 janvier 2019 → ici


■  ■ 

◘ Jean-Raphaël PRIETO ◘


Poète et artiste.

 Publications, notamment :
LE DÉFAUT, avec des dessins de Jean-Pierre Paraggio, 1991.
LE DÉTOUR, avec des dessins de Jean-Pierre Paraggio, Collection de l’Umbo, Paris, 2001.
• Ana OROZCO & Jean-Raphaël PRIETO, LA BELLE AFFAIRE, Frontispice Jean-Pierre Paraggio, Collection de l'umbo, 2017 → ici
« […] un duo d'amour […] dans ces précieux feuillets, armoriés d'un superbe frontispice de Jean-Pierre Paraggio. » Joël Gayraud, poète & membre du Groupe surréaliste de Paris, essayiste in Bulletin INFOSURR N°128, novembre-Décembre 2016 (Parution décalée en septembre 2017) → ici

• Poèmes régulièrement publiés :
 dans les Cahiers de l’umbo (diffusés de 2004 à 2010) : textes parfois accompagnés de collages de l'auteur, comme pour MONNAIE DE SINGE  (2004) ; LE FLAIR (2006), etc. 
 dans L'impromptu (diffusé de 2011 à 2014) : CHARADES EN RADE (L'impromptu 11, 2013), etc. 
 dans SOAPBOX, feuillet de l'umbo (diffusé depuis 2013). 
Poèmes, entre autres : 
. LE SANG DANSE, avec un montage numérique ''Déveine pour Le Sang danse'' de Jean-Pierre Paraggio. Soapbox 66 → ici
. LE GRAND PHOBIQUE. Soapbox 71 → ici
. JE REPOSE ; RÉVEIL  (mai 2018) – ARBRE (août 2018). Soapbox 118 → ici
. TRAHISON. Soapbox 125 → ici  
etc.

*
 Collages, sculptures sur bois, modelages, objets, etc, présentés dans les diffusions de l'umbo, notamment :
• COLLAGES, entre autres : 
~ J'ai pensé à vous tous les jours. Soapbox 100 ici 
~ Sans titre. Soapbox 107 → ici 
• SCULPTURES SUR BOIS, entre autres : sculpture in Soapbox 83 → ici
• MODELAGES : Les Têtes crues (1990) assemblées et montrées par Jean-Pierre Paraggio pour l'exposition organisée à Paris, en 1994, par Peter WOOD poète et artiste surréaliste. Soapbox 71→ ici 
• OBJETS, entre autres : Objet subjectif. Soapbox 111 → ici



■  ■ 

◘  Jean-Pierre PARAGGIO  ◘


◘ Peintures, encres, dessins, collages, détournements, techniques mixtes, micro-publications.
Très nombreuses expositions en France et à l'international.

◘ Galerie de ses belles œuvres → ici

◘ La lumière noire des Chants de Maldoror, en 1969, trace irrévocablement la faille qui le conduit aux lisières de la poésie. Il a illustré les ouvrages de plusieurs grands poètes : Pierre PEUCHMAURD (dont La Nature chez elle, Collection de l'umbo ici; Louis-François DELISSE (À GAMBO enterrée au cimetière de Thiais depuis le 3 janvier 2011, Collection de l'umbo → ici); René CREVEL; Laurent ALBARRACIN (dont À, éditions Le Réalgar, 2017 → ici) ; Joël GAYRAUD (Clairière du rêve, Collection de L'Umbo → ici); Anne-Marie BEECKMAN ; Jean-Yves BÉRIOU (Et on s'en va -édition bilingue-, Collection de L'umbo → ici; Christine DELCOURT ; Alexandre PIERREPONT ; Jean-Paul MARTINO (Osmonde suivi de Objets de la Nuit, Présentation de Claude Gauvreau, Postface de Richard Walter, Éditions Les Hauts-Fonds → ici) ; Benoît CHAPUT  (Quelques Mots Clairs, Collection de l'umbo, 2017 → ici; Julien STARCK (L'Hiver, Les Météores Éditions →  ici ; etc.

► Animateur de la Collection de l'umbo depuis 1996 ; des Cahiers de l'umbo entre 2004 et 2010 ; de l'impromptu 2011/2014 ; de Soapbox, feuillet de l'umbo, depuis 2013 → ici



mardi 16 avril 2019

SOAPBOX, FEUILLETS DE L'UMBO, ART & POÉSIE N°129 et 130 (MARS 2019) ; N°131 (AVRIL 2019)


SITE : http://lesminutesdelumbo.com/

CONTACT : jeanpierreparaggio[at]yahoo.fr


Couverture : Patrick Mosconi


FEUILLET COMPLET : → ici

◘ POÉSIE : Dylan Thomas ; François Leperlier ; Anne-Marie Beeckman ; Guy Cabanel ; Adorno ; Saint-Pol-Roux ; Élie-Charles Flamand.

Dylan Thomas


Doucement, Toi, Pluie, pour l'amour de sa mère,
Répands sur lui Tes larmes ; il ne s'éveillera pas ;
Aucun pleur ne peut briser le repos des
profondeurs.

D. Thomas, extrait de Celui qui manque


*

François LEPERLIER


DESTINATION DE LA POÉSIE
Éditions Lurlure, 2019




► Une lecture de “Destination de la poésie” de François Leperlier par Laurent Albarracin (24/02/2019) :
«  […] Si le propos de Leperlier remonte bien quelques bretelles prétentieuses et remet les pendules de la poésie à l'heure – mais alors à l'heure de son inactualité éternelle, de son antiquité pérenne – il vaut bien plus que pour son aspect immédiatement polémique : c'est à une réhabilitation de l'imagination qu'il travaille, tant dans le domaine philosophique que dans le domaine poétique, les deux étant en fait indissociables. À l'encontre d'une vision textualiste, littéraliste, étroitement centrée sur son dispositif sémiotique désublimé (mais on pourrait y adjoindre d'autres options esthétiques qui ne sont pas non plus les siennes : celles de la « présence » ou la poésie du quotidien, les parti pris sociologisants ou descendants, etc.), il prône une poésie qui ne craint ni le métaphysique ni l'ontologie, ni le lyrisme, et avant tout il défend une poésie de l'image et de l'analogie. Celle-ci ne cherche pas tant à représenter (un réel qui lui serait purement extérieur) qu'à amplifier et renforcer les relations de l'imaginaire et du réel, à augmenter leur rapport nourricier dans un sens unitaire et ascendant. Continuum dont le poème est la trace, l'expérience, et une perspective pour la liberté individuelle. » 
 L. Albarracin, 
extrait. Texte completici


► Une lecture par Mathieu Joung, (22/03/2019) : 
« François Leperlier : la poésie à l'estomac » → ici


*

Anne-Marie BEECKMAN




*


P A R U T I O N

R E V U E




◘ ART : Patrick Mosconi (cf couverture Soapbox N°129) et dans ce numéro : Autoportrait critique, 2019 (technique mixte sur papier) ; Massimo Borghese ; Pascal Ulrich.


Massimo BORGHESE





Massimo Borghese, Figurat

Autre Figurat (Site : Les Minutes de l'umbo) → ici


*

Pascal ULRICH




Pascal Ulrichplus ici


◘ - ◘


Couverture : Yves Tanguy

FEUILLET COMPLET : → ici


◘ POÉSIE : Julien Starck ; Sommaire Revue ALCHERINGA N°1, janvier 2019 ; Actualités chez Pierre Mainard Éditeur : les récents articles de presse et les parutions 2019 dont celle de Pierre Peuchmaurd, Le Secret de ma Jeunesse suivi de Les Jours de Rangement (Automne 2019).


Julien STARCK


LE DIEU ÉLÉPHANT



*

ACTUALITÉS


Éditions PIERRE MAINARD
18, rue Émile Fréchou
47600 Nérac

SITE : 
www.pierre-mainard-editions.com

CE QUI S'EST ÉCRIT

François-René Simon ; Serge Airoldi ; Laurent Albarracin : Articles à propos de Frontières du Monde habité d'Alexandre Pierrepont. → ici
Isabelle Lévesque ; Jacques Josse ; Claude Vercey ; Laurent Albarracin : Articles à propos de Tes Prairies tant et plus de Joël Cornuault.  ici
Alain Roussel : Article à propos de L’Amante érectile d'Anne-Marie Beeckman (poèmes) & Diane de Bournazel (peintures). → ici
Éric Poindron : Article à propos de Bernard Ollier exagère la Tour Eiffel de Bernard Ollier. → ici
 Laurent Albarracin : Article sur le site Poezibao à propos de La Confusion des espèces de Jean-Yves Bériou.  → ici
et, pour ce même livre, une note de lecture de Richard Blin "Voir avec d’autres yeux", Le Matricule des anges, n° 195, juillet-août 2018. → ici

*
⇛ Entretien Laurine Rousselet avec Stéphane Mirambeau : « Éditions Pierre Mainard, la passion du toucher » pour la Revue L’Actualité, Nouvelle Aquitaine, octobre 2018. → ici


CES ARTICLES DE PRESSE RÉCENTS 
SITE Pierre Mainard → ici

==

PARUTIONS 2019



A NOTER 
AUTOMNE 2019 :

Pierre PEUCHMAURD, LE SECRET DE MA JEUNESSE suivi de LES JOURS DE RANGEMENT, illustration Jean-Pierre PARAGGIO.


*

R A P P E L  
Éditions surréalistes

REVUE ALCHERINGA N°1, janvier 2019

Nouvelle revue du Groupe surréaliste de Paris

S O M M M A I R E


~ Claude-Lucien Cauët ~


ESSAI
à propos de la peinture de Rik Lina

CONTACT/CORRESPONDANCE :
alcheringa.revue[at]gmail.com

ARTICLE → ici




◘ ART : Karel Havlicek ; John Welson.


Karel HAVLICEK



Karel Havlicek


◘ - ◘

Couverture : Leonora Carrington

FEUILLET COMPLET : → ici

◘ POÉSIE : Antonin Artaud (5 lettres à André Breton, 1947) ; William Shakespeare (In Quarante sonnets noirs traduit par Patrick Remeaux, éditions Isolato) ; René Crevel ; Baptiste Beaulieu.


Antonin ARTAUD




*

P A R U T I O N S

 8 AVRIL 2019
LE CADRAN LIGNÉ 

 
Présentation des livres 
Coordonnées Le Cadran ligné → ici


°

ET AUSSI …




Avis de parution : Donjon & Dragon


*

C R I T I Q U E S





◘ ART : Jean-Pierre Paraggio ; Guy Girard ; Leonora Carrington (cf. couverture Soapbox).


Jean-Pierre PARAGGIO





Jean-Pierre PARAGGIO : Peintures, encres, collages, détournements, techniques mixtes.

SES GALERIES → ici


*

Guy GIRARD





Guy Girard


Son exposition récente :
Je peins parce que je rêve 
15/02 - 01/03/2019
 Galerie L'Usine, Paris 19ème

Plus → ici


◘ - ◘


ACCÈS TÉLÉCHARGEMENT
DES SOAPBOX, FEUILLETS DE L'UMBO

ici

Une soapbox est une caisse à savon qui fait office d’estrade sur laquelle on se place pour faire un discours, haranguer la foule ou pour clamer la poésie.


SITE : http://lesminutesdelumbo.com/

CONTACT : jeanpierreparaggio[at]yahoo.fr


dimanche 14 avril 2019

Joël CORNUAULT, Tes Prairies tant et plus, Pierre Mainard Éditeur, 2018 – Notes de Lecture de Isabelle Lévesque ; Jacques Josse ; Claude Vercey ; Laurent Albarracin





Joël Cornuault, Tes Prairies Tant et Plus,
suivi de « De La Lyrique Amoureuse »
Dessins de Jean-Marc Scanreigh,
Collection Grands Poèmes, 
Pierre Mainard Éditeur, 2018,
16,00€


«  [...]

ne crains plus la nuit
il n'y a nul chien
dans la nuit
rien de cousu
de fil blanc
ou de main de maître

Laisse-moi plutôt te présenter
les Hieronymus Bosch
des dorsales océaniques
laisse-moi te présenter
les Pollock
des champs aquatiques
et dans les eaux polaires
les plus belles
d'entre les belles danseuses
fusées au fourreau noir
les otaries

Laisse-moi te présenter un mois d'avril. »

J. Cornuault, extrait p. 59



LIEN SITE Pierre Mainard → ici

« Tes prairies tant et plus reprend les quatre « Petits Poèmes » amoureux parus entre 2004 et 2010 ; quatre inédits et un essai (De la lyrique amoureuse) les ont rejoints ici avec des dessins de Jean-Marc Scanreigh. Joël Cornuault poursuit la tradition des troubadours, écrivait Claude Chambard, pour lequel « ces poèmes d’amour sensuels, par touches discrètes, secrètes, effleurent à peine l’objet même du désir. Et ainsi, d’allusion en allusion, d’effleurement en baisers, de caresse en mordillement, modèlent sous nos yeux un corps tendre et lourd d’abandon. »
Pierre Mainard




Isabelle LÉVESQUE ◘

Au pays de Tendre

C'est très naturellement qu'apparaît le mot «  prairie » chez ce spécialiste d'Élisée Reclus. Comme il s'agit ici de poésie, la Carte du Tendre ou l'Astrée nous apparaissent simultanément.
Dans le premier texte en prose, du recueil, Joël Cornuault trace un parcours dans la « lyrique amoureuse », de Sappho à Peuchmaurd, en passant par Breton, Éluard, Jean Malrieu et bien d'autres. Il s'interroge : « Pourquoi ne dit-on jamais que l'amour libère ? » Il rappelle cette phrase de Bachelard : «  Il faut être deux [...] pour comprendre un cri... […] ».

Isabelle Lévesque : extrait article du 16 janv. 2019
paru dans le n°1207 
de la Nouvelle Quinzaine Littéraire → ici





◘  Jacques JOSSE ◘

Tes prairies tant et plus

Poèmes de Joël Cornuault

S’il est une poésie dont on parle peu, c’est bien celle qui met en lumière le sentiment amoureux. Elle est souvent décriée, jugée désuète, et ce d’autant que le lyrisme, qui ne bénéficie pas, lui non plus, depuis plusieurs décennies, d’un préjugé favorable, y virevolte en terrain conquis. Elle est pourtant de toutes les époques. Elle a su se réinventer. Elle a abandonné (Eluard et Breton d’abord et, plus près de nous, Pierre Peuchmaurd, n’y furent pas pour rien) le savoir-faire répétitif qui la menaçait pour s’en remettre à l’instinct créatif, à la singularité des métaphores et à la sensualité d’un bestiaire étonnant. C’est dans ces contrées subtiles, entre suggestion et désir de grande osmose que naissent les poèmes de Joël Cornuault. C’est là qu’il œuvre pour que l’harmonie avec celle qu’il aime et qui partage ses jours puisse s’exprimer pleinement et que leurs zones sensibles, érogènes, s’électrisent en fusionnant à hauteur d’herbe ou de fourré.

« Suis-je tes jambes ou suis-je un rêve ?

Ce sont des grives belle joueuse
des miroirs d’herbe sensible

des mésanges à la remontée

les rêves tes jambes
tes jambes de loup des fourrés
forfaits de fougères tes jambes
ou vérifications de velours

et je les écarte comme des rêves gagnés
c’est extraordinaire
que je les écarte comme des lanières
de lait de lune »

Joël Cornuault est à l’affût. Il guette l’enchantement. Pour que surgisse l’inconnu qui remue en lui. Pour que s’aiguise son imaginaire. Pour que les mots s’accouplent et dépassent leur sens premier. Pour que leurs sons s’assemblent en suscitant des cascades sonores. Il n’est pas seul. Dit son bonheur d’être deux. De partager (en présence des étoiles, des oiseaux, des éléphants, des pierres ou des rivières) des moments que nulle horloge ne peut saisir. Des instants vécus hors du temps. Et néanmoins perçus en pleine conscience.

« Si seulement j’étais moi-même
ou toi-même
tout le temps
afflueraient les étoiles filantes
qui chassent les images plombantes

J’admettrais la différence
entre tes belvédères accueillants aux alouettes
et mes pâleurs de réverbères

surtout si j’étais toi-même
tout le temps »

En fin de livre, en une dizaine de pages, l’auteur (par ailleurs traducteur de Kenneth Rexroth) revisite, dans un texte intitulé De la lyrique amoureuse, la longue histoire de ces chants d’amour (partagés, déçus ou contrariés) qui ont traversé les siècles (depuis Sappho, bien avant l’ère chrétienne) en se revivifiant, en s’adaptant et en gardant intacte leur effervescence initiale.

Jacques Josse, 
Remue-net, 29 janvier 2019 → ici




◘  Claude VERCEY  ◘

L’amour dépasse les bornes
Jean-Marc Scanreigh, dessin
pour « Tes prairies tant et plus » de Joël Cornuault

En quelques jours, la semaine dernière, me sont parvenus, de deux sources différentes, le premier des éditions Bleu autour, le second de chez Pierre Mainard, deux livres - chacun illustrant un versant de l’œuvre - de Joël Cornuault, un de ces auteurs quelque peu perdus de vue [1] (j’aurai bientôt à contredire cette affirmation, tant pis !) depuis qu’Edmond Thomas, sa revue et ses éditions Plein Chant, nous ont appris à l’apprécier, pour ses chroniques surtout, d’une rare sérénité, minutieuses, érudites et plaisantes, où déjà il montrait cette inclination, encore vivace aujourd’hui comme il est souligné dans Dromomanies [2], pour ceux qui ont des traits bien individualisés, qui n’entrent pas dans le moule, - une sympathie naturelle qui va aux gens à part. Vraiment à part, s’entend : aussi bien ces malades sociaux (désignés comme tels, du moins) atteint de dromomanie, c’est-à-dire d’irrésistibles pulsions à fuir et à vagabonder, que quelques hommes remarquables, Henry David Thoreau ou André Breton, parmi d’autres.

Tes prairies tant et plus me surprend davantage, à tort sans doute puisqu’un poème ici repris était paru dès 2004 chez Pierre Mainard déjà, et d’autres les années suivantes, et déjà accompagnés par des dessins de Jean-Marc Scanreigh, comme dans la présente édition. A tort certainement puisque les poèmes d’amour qui constituent ce livre me remettent soudain en mémoire (n’avais-je pas annoncé que j’allais devoir revenir sur une précédente déclaration, décidément trop hâtive) les Poèmes d’amour de Marichiko, de Kenneth Rexroth, paru il y a deux ans dans la collection Po&psy, dans la traduction de Joël Cornuault et dont j’avais rendu compte (Repérage du 11 Juillet 2016).

Que les poètes parlent d’amour semble aller de soi. Dans les faits, à la lecture des publications qui actuellement me parviennent, rares sont les livres d’amour, et de beaucoup plus nombreux les livres de deuil par exemple. Ne serait-ce que pour cette raison, en ce qu’il s’oppose à l’air du temps, à sa sinistrose, Tes prairies tant et plus doit être reçue avec ferveur. Joël Cornuault redonne vigueur à une tradition lyrique qui trouva ses plus hautes expressions chez Eluard, Breton, Malrieu – comme lui-même le signale dans une étude qui clôt le livre – et auxquels il emprunte tout un art de la métaphore surréaliste : (Je me suis mis en tête / les volubilis de ta taille / le bleuet de ton cou / ou en un autre poème : ta langue de feuille / tes bras glycine / tes bras passiflore / tes cuisses chèvrefeuilles / sont autant de grands coups de tabac dans mon cerveau de chèvre), pour laisser entendre une langue sensuelle, fruitée, d’un érotisme délicat et précis, à l’égale de celle d’un Jean-Pierre Siméon ou d’un Christian Degoutte.

Joël Cornault ne craint pas d’exalter jusqu’à l’aveuglement les vertus de l’amour qui protège des vilaines vues du monde, écarte les preuves de la méchanceté des actualités. L’amour rectifie les paysages / l’amour est la meilleure / des mises au point :

L’amour dépasse les bornes
avec lui les maisons se retournent
marchant sur le toit
les pierres gelées
rebroussent la pente
le temps reflue
les rues se cabrent
toi
tu te cambres
origine et fin

En bon chevalier servant, le poète va au long des pages célébrer la Belle (belle comme une horloge qui a perdu ses aiguilles) : belle joueuse des lames de fond, son impatiente rêveuse, ou ailleurs sa caille canette, sa douce en douce. Mais le trait le plus émouvant, le plus personnel, de ce chant amoureux, est la constance de l’amant dans l’amour de sa dame, malgré les coups du sort, les passages à vide, le vieillissement. Une chanson des vieux amants : A cinquante ans / je reçus en pleine poitrine /la mitraille du temps, dit un poème. Et un autre : La science / la passion / la patience / qu’il te fallut / pour qu’un soleil / persiste / dans mon absence de pistes / sur le talc de mes décisions. Bref :

Trente-sept ans ont flambé
comme des feuilles dans l’été
Nous avons vécu
coffre ouvert source apparue
je réponds de toi
par tous les temps de la terre
à cœurs offerts et fonds perdus


Claude Vercey, 
Revue Décharge, I.D. n° 785, novembre 2018 → ici


[1] - Les Ruminations dans Décharge 119 (septembre 2003) avaient été consacrées à Joël Cornuault, dont on peut lire à la suite une chronique : Choses ardentes dites paisiblement.
[2] -Joël Cornuault, Dromomanie, Couverture : dessin de Gabrielle Cornuault. Ed. Bleu autour.



Laurent ALBARRACIN ◘

Joël Cornuault


En se ressourçant à la lyrique amoureuse, Joël Cornuault ne réussit pas seulement de magnifiques poèmes d'amour (les plus beaux qu'on ait lu depuis Pierre Peuchmaurd dont Cornuault est d'ailleurs un grand lecteur), il donne paradoxalement une leçon d'audace à tout ce qui se publie actuellement. 

[...]
Laurent Albarracin, « Trois lyriques »,
Revue Catastrophes N°15, Février 2019 → ici


◘ - ◘


↓  Joël CORNUAULT   ↓


Joël Cornuault mène parallèlement un travail d'écriture et de traduction.

◘ Autres publications chez Pierre Mainard :



Photo © Pierre Mainard

. Nostalgie de Wou-ling, une lecture de Li T's'ing-tchao, 1999 – rééd. 2003
. La Grammaire entre les joues, 2004 (*)
. Je me vêts de ton épaule, dessins de Jean-Marc Scanreigh, 2005 (*)
. Souvent nous cheminons...chroniques désordonnées II, 2006
. Le Nom de Matisse aux lèvres, 2007
. Cœur d'oiseau, Dent de lion, dessins de Jean-Marc Scanreigh, 2008 (*)
. Ta langue de feuille, 2010 (*)
(*) poème réédité dans « Tes prairies tant et plus »

◘ Publications chez : Plein Chant (nombreux ouvrages, dont André Breton & Saint-Cirq-Lapopie; Isolato (plusieurs ouvrages) ; Fanlac ; Phare du Cousseix ; Fédérop (plusieurs ouvrages dont Éloge de Gilgamesh) ; Le Temps qu'il fait ; Bleu autour ; Éditions du Sandre ; L'Oie de Cravan éditeur. 

◘ Il a publié des essais sur Élisée Reclus (1830-1905), l'illustre géographe originaire de Sainte-Foy-la-Grande qui fut un grand passeur de science et rêva que la géographie devienne l'œuvre de tous et non de quelques-uns.
. Élisée Reclus, étonnant géographe, éd. Fanlac, 1999.
. Élisée Reclus, géographe et poète, éd. Fédérop, 1995 - rééd. 2014.
. Elisée Reclus : Six études en géographie sensible, éd. Isolato, 2008.
A noter : Du sentiment de la nature dans les sociétés modernes, anthologie de textes d'Élisée Reclus réunis et commentés par J. Cornuault, éd. Premières pierres, 2002, 2013.
Les recherches de Joël Cornuault ont contribué à relancer les études "reclusiennes".
Il anime les Cahiers Élisée Reclus créés en 1996.

◘ Joël Cornuault est traducteur, notamment, de :
• Kenneth Rexroth (1815 - 1852), poète et essayiste américain, dont il a rendu accessibles les textes en France, dès les années 1990 : Les Classiques revisités, essais, en collaboration avec Nadine Bloch, éd. Plein Chant, 1991 ; L'Automne en Californie, poèmes, ed. Fédérop, 1994  ; « Le San Francisco de Kenneth Rexroth », chroniques, Plein Chant n°63, septembre 1997 ; Huit poèmes pour la musique d’Ornette Coleman ; deux poèmes pour Brew et Dick, revue « Europe », octobre 1997 ; Les Constellations d'hiver, éd. Librairie La Brèche, 1999 ; Les Poèmes d'amour de Marichiko, Dessins de K. Hokusai, éd. Érès, coll. Po&Psy, 2016.

• John Burroughs (1837 – 1921), naturaliste et essayiste américain : Construire sa maison, éd. Premières Pierres, 2005 ; Les Yeux perçants, éd. Librairie La Brèche, 2006 ; L'Art de voir les choses, éd. Fédérop, 2007.

• Henry David Thoreau (1817- 1862)  philosophe, naturaliste et poète américain : La Nuit et le clair de lune, éd. Librairie La Brèche, 2002.

• Andrew Jackson Downing (1815 – 1852) écrivain et horticulteur américain : La Philosophie du goût champêtreéd. Premières pierres, 2014.

◘ - ◘


↓  Jean-Marc SCANREIGH  


Jean-Marc Scanreigh réalise des dessins, peintures, estampes et des livres d'artiste.

Ses dessins accompagnent des recueils ou ouvrages de poètes dont : Michel Butor ; Bernard Noël ; Yves Peyré ; Armand Dupuy ; Jacques Josse ; Joël Cornuault (parutions chez Pierre Mainard et Isolato).




Jean-Marc Scanreigh, dessin 
pour Je me vêts de ton épaule de Joël Cornuault
Carte par Pierre Mainard éditeur, 2005
(Je me vêts de ton épaule
poème réédité dans « Tes prairies tant et plus »)



 Belle Œuvre de Jean-Marc Scanreigh.
Son parcours, œuvres 
et ses expositions en France et à l'international 
ici  et  ici