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BLOG ART et POESIE : OÙ VA ÉCRIRE ? — POETE — © APPAIRAGES ART

lundi 18 décembre 2017

Joël GAYRAUD, L'HOMME SANS HORIZON, éditions LIBERTALIA, PARUTION 24 OCTOBRE 2019 ► LECTURE-SIGNATURE  par Joël Gayraud : 1/ librairie Libertalia, MONTREUIL, vendredi 15 novembre 2/ librairie Michèle Ignazi, PARIS IVe, mercredi 20 novembre 3/ Halle Saint-Pierre, PARIS XVIIIe, samedi 14 décembre 2019 4/ Paris, Radio Libertaire, Émission '' ONDES DE CHOC '', lundi 16 décembre 2019 5/ librairie Publico, Paris XI, jeudi 19 décembre 2019 6/ librairie Le Bonheur, Montrouge (92), jeudi 13 février 2020 ◘-◘-◘ NOTE DE LECTURE de L'HOMME SANS HORIZON par Jean-Claude LEROY ; Jean-Pierre PARAGGIO ; Dominique SUREAU ; Ivan SEGRÉ = ◘ = ◘ Joël GAYRAUD, LA PAUPIÈRE AURICULAIRE, Éditions José CORTI, 2018 ◘ - ◘ Lecture d'extraits de LA PAUPIÈRE AURICULAIRE par Bruno LALONDE, libraire à Montréal (VIDÉO YOU TUBE) ; NOTES LECTURE de Frédéric Pagès ; Richard Blin ; Michael Löwy ; Alain Roussel ◘ - ◘ PRÉSENTATION PUBLIQUE par Joël GAYRAUD : 5 mai 2018, 17 heures, Maison André Breton, place du Carol, 46330 Saint-Cirq Lapopie et 12 mai 2018, 12h30, Halle Saint-Pierre, 2 rue Ronsard, 75018 Paris




Joël Gayraud, L’Homme sans horizon (Matériaux sur l'utopie), éditions Libertalia, 304 pages – 18 € → site ici


En ce début de millénaire, après l’effondrement du bloc de l’Est, l’horizon de l’humanité s’est brutalement fermé. Sur une planète surexploitée et mutilée, où nul ne croit plus au progrès, le capitalisme apparaît comme une frontière indépassable. Agitée comme un leurre, la démocratie s’est vue ruinée par ses promoteurs mêmes. L’histoire semble close et pourtant les contradictions du système n’ont jamais été plus manifestes. Dans ces conditions, qu’attendre de l’avenir si toute révolte paraît condamnée d’avance à l’échec ou à la reconduction de la tyrannie ? Le manque d’un nouvel horizon d’espérance se fait de plus en plus criant.

Questionnant les grandes théories critiques (Marx, Ernst Bloch, Guy Debord), s’appuyant sur l’anthropologie, poussant des incursions du côté de la philosophie (Aristote, Agamben, Simondon), invoquant après les romantiques et les surréalistes la fonction vitale de l’imagination créatrice, L’Homme sans horizon dessine les lignes de fuite qui permettent de rouvrir un horizon utopique.

Au-delà de l’utopie libérale, aujourd’hui épuisée, de l’utopie sociale qui a été défigurée par les régimes totalitaires, la seule issue possible est de reprendre et faire triompher le rêve ancestral de société sans classe ni État, constituée d’individus égaux, librement associés, jouant enfin leur propre histoire. Aujourd’hui où la survie de l’espèce est en jeu, c’est cette espérance qu’il s’agit de réaliser sous peine de voir l’humanité s’effondrer dans la barbarie. L’Homme sans horizon se propose de montrer l’urgence de ce qui est désormais la seule utopie humaine, et de lui apporter les fondements de sa légitimité historique.

◘► Philosophe de l'utopie, traducteur du latin (Ovide, Érasme) et de l'italien (Leopardi, Pavese, Agamben), Joël Gayraud a notamment publié La Peau de l'ombre (Corti, 2004) et La Paupière auriculaire (Corti, 2018) *

Source éditeur

* Cf article La Paupière auriculaire ci-dessous



PRÉSENTATION
L'HOMME SANS HORIZON

par Joël GAYRAUD



~ Soirée de lancement ~


vendredi 15 novembre à 19h30

Librairie Libertalia
12 rue Marcelin Berthelot
93100 Montreuil




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~ Signature ~



mercredi 20 novembre à 19h

Librairie Michèle Ignazi
17 rue de Jouy
PARIS IVe







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~ Signature ~



samedi 14 décembre de 13h à 18h

Halle Saint-Pierre
2 rue Ronsard
Paris XVIIIe








Halle Saint-Pierre : source Facebook Halle St-Pierre → ici


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~ Présentation ~

L'HOMME SANS HORIZON

lundi 16 décembre 2019 de 14h30 à 16h

Paris, Radio Libertaire
Émission ''ONDES DE CHOC''


«  La voix sur ONDES DE CHOC / directs des lundis de 14.30 à 16.OO ... c'est la voix politique. La voix poétique / indissociables de la voix Théâtrale et Historique.  »






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~ Présentation ~

L'HOMME SANS HORIZON


jeudi 19 décembre 2019 à 19h30

Librairie Publico
145 rue Amelot
Paris XI








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~ Présentation ~

L'HOMME SANS HORIZON


jeudi 13 février 2020 à 19h

Librairie Le Bonheur
99 avenue de la République
92120 Montrouge




♦ = ♦ =♦



NOTES DE LECTURE


L'HOMME SANS HORIZON



~ Jean-Claude LEROY ~



Joël Gayraud, de l’utopie à l’imagination créatrice, redessine un horizon


« Tout ce qui est fort et révolutionnaire, tout ce qui, jusqu’à présent, a éveillé des semences nouvelles et fait surgir de la pierre le feu du soleil, ne cherchait point à utiliser, mais à créer quelque chose, et ne pensait point à l’utilité de l’œuvre, mais à sa beauté » Martin Buber, Communauté.

Joël Gayraud multiplie les casquettes et va pourtant tête nue, et l’esprit affûté. On le connaît comme poète et prosateur, flâneur psycho-géographe, traducteur d’Ovide, de Léopardi, d’Agamben, de Pavese, critique des temps modernes et des mondes anciens, initiateur de revues, d’agitations sévères. Il publia jadis un livre regroupant quelques-unes de ses savantes et oniriques errances, le plus souvent urbaines [cf. ici], l’an passé, après La peau de l’ombre, un deuxième volume de réflexions paraissait aux éditions Corti [cf.ici].

C’est aujourd’hui un autre type de livre qu’il nous apporte, un maître-essai sur les temps finissant que nous vivons, observés à travers la large loupe de l’analyste résolu. Nourri d’anthropologie, de philosophie, d'histoire, son ouvrage est là pour questionner de grandes œuvres critiques, essentiellement celles de Karl Marx, de Ernst Bloch, de Guy Debord et chercher avec elles « de possibles lignes de fuite qui permettent de rouvrir un horizon utopique ». Joël Gayraud pose les éléments sur la table et déroule l’histoire des idées et des événements tels qu’il les voit. Qu’on soit d’accord ou pas avec lui, qu’on perçoive à sa manière ou pas une perspective qui doit remplir son rôle, on ne lui chicanera pas son effort de vulgarisation et de mise à plat. J’ajoute que les qualités littéraires de L’homme sans horizon en font aussi bien son prix que sa force.

*

Parler de suture pour désigner ce dit horizon, c’est bien dire la limite entre deux mondes et l’endroit exact où il peut s’en présenter un autre. Mais c’est justement afin de réveiller cette possibilité toute matérielle que Joël Gayraud explore, là où l’avenir s’est effacé pour n’être plus qu’un présent qui fait du sur-place. Possibilité qui nous reste, au terme de ratages passés, utopies gaspillées, mal pensées. Les vieilles lunes rationalisantes n’ont fait qu’obérer, au nom d’un futur infaillible, la simple idée du bonheur. Une idée qui n’est pourtant rien moins que tangible puisque nous l’avons tous expérimentée, à certains moments, certains instants, éprouvant, même fugace, le bonheur ou l’entrevoyant.

Certains voudraient que l’histoire soit terminée, elle n’exercerait plus que des rattrapages et nous arriverions peu à peu à une société homogène qui ne serait autre que la société consumériste à son apogée, le confort matériel étant alors devenu l’image même du bonheur. Cependant Joël Gayraud ne craint pas d’intenter un procès à cette vision comme à tout un pan de la raison post-hégelienne. À l’aune des « situations vécues », on se dispense difficilement de souscrire à ses arguments. Selon lui « contrairement à ce qu’une vision téléologique de l’histoire diffusée par certains épigones de Marx a pu faire accroire, le marché n’était en rien nécessaire à l’évolution de l’humanité, qui aurait pu développer ses échanges par de tout autres voies 1 ».

De même l’œil trop habitué à la nuit ne devine pas le paysage par la fenêtre qui l’éblouit tout d’abord, « l’homme sans horizon », c’est l’homme privé d’imagination. Il n’ose apercevoir, il n’ose s’éveiller, il n’ose envisager, deviner.

« L’horizon, en tant que phénomène, en tant qu’apparaître, participe certes de l’illusion, mais d’une illusion positive, de cette sorte d’illusion qui est le moteur de l’action dans les périodes historiques, c’est-à-dire précisément les périodes donnant sur un horizon. 2 »

Un ouvrage sous-titré Matériaux sur l’utopie fait assez naturellement une belle part à Ernst Bloch, penseur marxiste hétérodoxe attaché comme peu dans son siècle, et avec scrupule, à l’idée d’utopie.

« L’attente, l’espérance, l’intention dirigée vers la possibilité non-encore advenue constituent non seulement une propriété fondamentale de la conscience humaine, mais aussi, à condition d’être rectifiées et saisies dans leur aspect concret, une détermination fondamentale au sein même de la réalité objective tout entière. 3 »

Il y a dans chaque fait historique comme dans chaque production personnelle quelque chose qui dépasse sa portée initiale. L’intention reste en deçà de l’effet produit. « Il n’est pas jusqu’à certaines œuvres faites pour être détruites qui, lorsqu’un hasard les a sauvées, ne figurent parmi les plus chargées d’un tel excédent imaginal…4 » Cet « excédent utopique » défini par Bloch, un autre philosophe, placé sur de tout autres rails, Gilbert Simondon, le voit aussi, à sa façon : « … il existe dans l’objet créé une universalité et une éternité virtuelle […]. Cette virtualité consiste en une possibilité permanente de réincorporation à des œuvres ou à des créations ultérieures sous forme de schème ou d’élément, même si l’individualité de l’objet créé n’est pas conservée au cours des inventions successives. 5 »

Le futur est inscrit dans le présent. Chaque instant ne survient pleinement que par une tension possible vers l’avenir, une interrogation dont la réponse est constituée de ce qui est en train d’être.

La philosophie n’a guère osé envisager l’avenir, laissant les spéculations concernant le monde futur aux théologiens, aux rêveurs sociaux et politiques. Joël Gayraud cite une lettre de Hegel qui montre le désarroi dans lequel il se trouve après l’effondrement de l’empire napoléonien qu’il voyait comme le stade historique final et indépassable. Chez beaucoup de ses suivants, le débouché à terme des périodes imminentes et futures est envisagé comme la résolution d’une sorte de compte à rebours. Nostalgie de l’avenir quand elle ne connaît rien mieux que son passé, si possible lointain et invérifiable.

Pour ce qui est de notre époque, Joël Gayraud fait le constat d’une perte de valeurs et de l’homme devenu « anaxiologique » «… ni moral ni amoral. Incapable de se forger un système d’évaluation, abdiquant délibérément sa faculté de juger, dépouillé de toute valeur lui-même, le sens axiologique […] lui fait totalement défaut. [...] Il recevra le vrai et le faux, le beau et le laid, l’indigne et le sublime avec le même enthousiasme tiède, la même candeur dans l’universelle acceptation. 6 »

Dans une société où les liens traditionnels ont été brisés, l’individualisme ne fait qu’affaiblir le moi, si bien que chacun éprouve des difficultés à trouver du sens à son existence, tout y paraissant irrémédiablement dénué de substance. On a pu voir déjà par le passé que des situations révolutionnaires apportaient à l’individu un regain d’énergie et d’avenir nourri par cet « excédent utopique légué par les siècles ». Un excédent que les poètes ont su mettre à jour, qu’on pense aux surréalistes, mais aussi à Baudelaire, fouriériste en son jeune âge et auteur de L’invitation au voyage, poème dans lequel l’auteur de L’homme sans horizon voit l’exemple même de « l’unité indéfectible de l’utopie et de la volupté 7», et il note au passage une commune source étymologique pour les termes volupté et volonté, décelant au sein même du plaisir le plus océanique une dynamique positive et propre à affronter les limites. Ainsi, « Par la médiation secrète de la volonté, volupté et liberté sont indissociables. C’est d’avoir ignoré cela que les révolutionnaires puritains ont toujours échoué dans leurs tentatives d’instaurer un nouveau monde. […] Les meilleurs esprits subversifs ont toujours été des libertins et des voluptueux, les puritains n’apportant que dictature et terreur. 8 »

Le philosophe libertaire Gustav Landauer nommait topie une situation stable à un moment donné, que seul un progrès pourrait faire évoluer. Pour autant, nous dit Joël Gayraud, le changement lui-même ne saurait être facteur d’amélioration systématique, le progrès n’est pas forcément le changement pour un mieux. « … il y a beau temps que l’opposition entre l’immobilisme et le changement, entre l’ancien et le nouveau a perdu toute pertinence historique essentielle : il ne s’agit pas de savoir si le changement est préférable au statu quo, mais constamment, dans la vie même de tous les jours, de s’interroger sur le sens et la valeur des changements. L’utopie ne se présente pas comme une alternative progressiste à la topie, mais comme un au-delà de la notion de progrès elle-même et par conséquent comme une émancipation par rapport aux prétendues obligations engendrées par le progrès. 9 »

Il est vrai que le renouvellement perpétuel des marchandises n’a d’autre usage que d’épuiser toute délibération et d’assurer à la production d’insatiables débouchés. Élément encore noble d’un imaginaire dorénavant lui-même compulsif, la notion d’utopie a été intégrée au système marchand. Le capitalisme peut apparaître dès lors comme une sorte de « vaste laboratoire d’utopies » s’arrangeant fort bien entre elles.

La force inventive du capitalisme lui permet d’accéder formellement aux exigences d’un socialisme radical sans jamais changer le fond de l’affaire, et même au contraire en accentuant sa main-mise sur l’individu massifié, réduit à un élément quantitatif dont ni l’expression ni l’action n’ont de prise sur ce qui fait système. Ainsi, pour citer deux exemples, la disparition progressive de l’argent sous sa forme numéraire et celle du salariat qui fait place à l’auto-exploitation que constitue l’auto-entreprise.

*

Au XIXe siècle, aussi bien pour Auguste Blanqui que pour Charles Baudelaire, le progrès est méprisable, il ne correspond en aucun cas à un changement véritable, à une novation. Pour Blanqui, l’urgence est d’abolir les conditions actuelles d’existence, d’abattre la cause des injustices pour éviter la catastrophe, mais il se refuse à toute spéculation programmatique 10. L’époque où il vit est celle des utopies où chacun a l’occasion de rêver un monde meilleur, de voir un horizon apparaître, tangible et ouvert. Et c’est en étant reclus que Blanqui, surnommé à bon escient « l’enfermé 11 », va écrire L’éternité par les astres.

« Comme le souligne Walter Benjamin, cet acte de soumission sans réserve devant le triomphe de la réaction bourgeoise constitue en même temps ‘‘le réquisitoire le plus terrible qui puisse être prononcé à l’encontre d’une société qui projette dans le ciel cette image cosmique d’elle-même’’ (12). Mais Blanqui ne se borne pas à postuler, tel un précurseur de Nietzsche, que tout, dans les moindres détails, reviendra sans altération un nombre incalculable de fois. Cette conception classique de l’éternel retour implique une spatialisation et une réification du temps à laquelle l’infatigable conspirateur ne saurait se résoudre : comment, lorsqu’on a maintes fois tenté d’intervenir dans l’histoire et de lui imprimer un cours radicalement nouveau, pourrait-on se plier à un déterminisme absolu ? […]

Dans l’ampleur de sa vision, l’éternel combattant conçoit l’infinité des possibles, et ouvre soudainement, au milieu de la dystopie effroyable dont il est en train de nous prophétiser la pérennité, une fenêtre sur l’horizon utopique :

‘‘Seul le chapitre des bifurcations reste ouvert à l’espérance. N’oublions pas que tout ce qu’on aurait pu être ici-bas, on l’est quelque part ailleurs. [...]’’ 13 »

*

Une chose sûre, aujourd’hui comme hier, le capitalisme est l’ennemi, et Joël Gayraud en expose ce qui pour lui en constitue les quatre instances essentielles : la marchandise ; le spectacle ; l’économie ; l’État. La marchandise a fait subir au monde tous ses attraits, elle y est répandue plus que jamais ; le développement du capitalisme et l’aliénation du travail (ou encore de tout autre activité purement occupationnelle) lui doivent beaucoup. Le spectacle fait que, partout, « l’être est remplacé par le paraître des choses, qui refoule l’apparence vraie, et du même coup fait rentrer dans l’obscurité l’apparaître du possible. » 14 L’économie est aujourd’hui le prétexte à tout réduire à une objectivation à outrance, et il suffit de l’invoquer pour annuler toute revendication du corps social ; elle est résolument la signalétique du désastre. L’État garantit la propriété privée des moyens de production, et il garantit l’argent. Et là où il a semblé céder sa place, sous la poussée d’un certain libertarisme, c’est à terme pour mieux raffermir ses prérogatives ou les remettre à une gouvernance à échelle mondiale.

« Toute analyse théorique des crises politiques ou des mouvements sociaux doit tenir compte de l’articulation de ces quatre instances sous peine de ne jamais parvenir à en décrypter les enjeux et le sens. Et de même, dans l’ordre de la praxis, toute entreprise de dépassement du capitalisme qui ne commencerait pas par neutraliser en même temps, telles les quatre têtes d’une même hydre, la marchandise, le spectacle, l’économie et l’État serait vouée à l’échec. Le système ne manquerait pas de réapparaître très vite sous une forme subreptice, dans le cas où l’échange marchand continuerait à être pratiqué, ou sous une forme brutalement autoritaire si l’État était maintenu…15 »

On sait bien par ailleurs que les luttes sociales n’ont pas pour véritable objet l’acquisition de nouveaux biens, mais plutôt d’une nouvelle condition, elles relèvent davantage et plus profondément de l’être que de l’avoir. On ne se bat pas pour avoir plus, mais pour être autre ou autrement.

De même, puisque nous en sommes aux précisions tels qu’elles sont soulignées dans L’homme sans horizon, ce n’est en aucun cas, et contrairement à une idée courante, d’une société parfaite que rêve l’utopiste, il rêve et construit un monde tout simplement tourné vers le bonheur, toujours lui. Ce même bonheur qui, non content d’avoir été un jour une idée neuve, n’en garde pas moins, quand il se développe dans le champ politique, sa charge productrice d’imaginaire et de futur. Et de justice.

*

Nous n’avons fait dans ces lignes que survoler quelques pans d’un essai fertile qui ne concède rien aux idées faciles, et fait sa part belle à la sensibilité dans un domaine où elle est souvent peu présente. D’une confiance en la beauté comme en la force de l’imaginaire, non pas figé mais actif, il nous reste à trouver l’ouverture. Le mot révolution, pas plus que le mot bonheur ne saurait faire peur. Quand tout paraît bouché, c’est la suture elle-même qui peut-être donne la ligne non pas à suivre, mais à conduire, à tracer.

***

NOTES :
1) Joël Gayraud, L’homme sans horizon, éditions Libertalia, 2019, p.26.
2) Op. cit, p. 95.
3) Ernst Bloch, Le principe espérance, in Joël Gayraud, L’homme sans horizon, éditions Libertalia, 2019, p. 111.
4) Joël Gayraud, L’homme sans horizon, éditions Libertalia, 2019, p. 111.
5) Gilbert Simondon, Imagination et invention, in L’homme sans horizon, éditions Libertalia, 2019, p. 114.
6) Joël Gayraud, L’homme sans horizon, éditions Libertalia, 2019, p. 124.
7) Op. cit, p. 132.
8) Op. cit, p. 135.
9) Op. cit, p. 145.
10) Cf. Walter Benjamin, Zentralpark, cité p. 153.
11) Rappelons qu’Auguste Blanqui passa 36 années de sa vie en prison.
12) Cf. Walter Benjamin, Paris, capitale du XIXe siècle.
13) Joël Gayraud, L’homme sans horizon, éditions Libertalia, 2019, p. 154-155.
14) Op. cit, p. 168.
15) Op. cit, p. 172.

Jean-Claude LEROY, 26/11/2019. BLOG : OUTRE L'ÉCRAN → ici





~ Jean-Pierre PARAGGIO ~






Jean-Pierre PARAGGIO, in SOAPBOX N° 148, nov. /déc. 2019
SITE : LES MINUTES DE L'UMBO → ici




~ Dominique SUREAU ~



« POURQUOI NE PAS RENDRE LA VIE HABITABLE ? »

Cette citation, placée en exergue du livre de Joël Gayraud résume parfaitement ses réflexions. Un curieux ouvrage qui sitôt ouvert, semble se refermer sur nous et nous plonger dans un monde clos, sans horizon : notre monde.
Ouvrage pessimiste, loin s’en faut. Invitation, à imaginer, à rêver la société du bonheur, non une société parfaite, mais l’inachevée, l’imparfaite en continuelle mutation.
Ce livre se fonde sur ce constat : désormais, nous vivons dans un monde de clôtures : géographique (absence de terres inconnues), écologique (du fait de la déraison économique et du pillage des richesses naturelles), historique (du fait de la dominance mondiale d’un système : le capitalisme qui dicte ses lois à travers la planète. L’humain est enfermé dans un perpétuel présent où le passé n’est qu’une forme préorientée du présent et le futur ne fait sens que comme reproduction et amplification du présent.
Cette triple clôture interdit tout horizon d’évasion à l’humain qui évolue dans une « prison sans barreaux » qui incise nos vies.
Cette perte d’horizon est lourde de conséquences sociales. Elle signifie « l’oblitération de toute visée collective aspirant à un au-delà de la société actuelle ».

Parmi ces clôtures, l’auteur va opérer un distinguo entre d’un côté celles qui sont objectives et indépassables : la géographique et l’écologique et celle qui est subjective : l’historique. Les limites terrestres s’imposent objectivement à l’humain, tout comme les effets nocifs de l’économie capitaliste sur l’environnement, imposant des dégradations de plus en plus rapides et une altération irrémédiable de la nature. Il en va autrement de la clôture historique, purement subjective, expression « du désir et du postulat des maîtres de la société qui l’imposent, tel un dogme au reste de l’humanité… »

Tout le propos du livre est une invitation à faire bouger les lignes d’horizons et pour ce faire, l’auteur va s’ingénier à dessiner les lignes de fuites possibles. Invitant les mémoires sociales de la Révolution française, de la Commune, des Soviets libres, de Cronstadt, de la Makhnovchtchina ou de l’Espagne libertaire, Mai 1968 ou encore, les mouvements féministes et anticolonialistes ; autant de fenêtres ouvertes temporairement sur l’horizon d’une société émancipée…

Les fenêtres ouvrent l’horizon, elles le créent. Ce sont des brèches dans le temps, des ouvertures sur l’imaginaire et le rêve.
L’auteur mêle adroitement philosophies et poésies. Il invite des théoriciens critiques mais également des poètes pour composer un tableau cosmopolite et dévoiler l’horizon.

À l’heure où l’horizon semble bouché, la survie de l’espèce étant posé, cette rêverie, non solitaire mais collective est plus que salutaire. L’imaginaire subversif se doit d’être au rendez-vous, sous peine de voir, de nouveau se dessiner à l’horizon, de funestes perspectives de barbaries.

Dominique Sureau (UCL Angers), 13/01/2020 → ici





~ Ivan SEGRÉ ~



« L’HOMME SANS HORIZON »
A PROPOS D’UN LIVRE DE JOËL GAYRAUD


« Au-delà des fenêtres de cette maison, les vignes avec des bouquets de vieux arbres et des maisonnettes de guingois s’élevaient jusqu’à la crête arquée des forêts, mais plus près, tout était chaotique, déshérité, dépareillé et comme rongé par un acide, ainsi qu’il en va toujours autour des grandes villes, là où les quartiers extérieurs empiètent sur la campagne. »
Robert Musil, L’Homme sans qualité (trad. P. Jacottet)

L’Homme sans horizon. Matériaux sur l’utopie, est un livre de Joël Gayraud paru aux éditions Libertalia à l’automne 2019. Son argument, comme l’indique le titre, est une absence d’horizon définie par une triple clôture : clôture géographique, écologique et historique, la troisième étant selon l’auteur « bien plus angoissante, car elle ne porte pas seulement sur l’extension et la qualité de l’espace comme les deux autres, mais sur l’élément proprement caractéristique de l’être de l’homme, le temps » (p. 13).

Plutôt qu’à un développement systématique, la question de la nécessaire reconquête d’un horizon géographique, écologique et historique est l’occasion d’une succession d’analyses servies par un style sûr et une culture politique, artistique, scientifique, historique, ethnologique et philosophique d’une grande richesse et d’une rare précision. C’est donc un « beau » livre. Et le mot n’est pas lancé au hasard puisqu’à bien des égards, si la réflexion est principalement politique, c’est toutefois dans le domaine de la création artistique que l’auteur semble puiser l’essentiel de son inspiration, comme en témoigne, entre autres, le passage suivant :

« C’est un faux débat de savoir si le peintre des cavernes était un artiste ou un chaman ; ce qui compte pour nous, c’est la puissance de fascination transhistorique de l’art pariétal, qui va bien au-delà des motifs représentés et de l’intention originelle, et en est de ce fait à la fois l’abolition et la perpétuation. De même, lorsque Rimbaud a écrit ses Illuminations, il l’a fait sur un coin de table, en passant, sans leur accorder la moindre importance ; il s’en est fallu de peu que leurs rayons ne nous parviennent jamais ; et la destinée du verbe poétique, dans toutes les langues de la Terre, en fût sans nul doute demeurée plus terne. Il n’est pas jusqu’à certaines œuvres faites pour être détruites qui, lorsqu’un hasard les a sauvées, ne figurent parmi les plus chargées d’un tel excédent imaginal – et là, que l’on songe, entre autres, à ces splendides barques funéraires malangan de Nouvelle-Irlande qui ne servaient que pour la cérémonie mortuaire et étaient ensuite jetées au rebut dans les étangs. Une histoire des métamorphoses de la perception montrerait l’effet décisif qu’a exercé sur le regard des poètes et des peintres à partir de l’époque symboliste – il suffit d’évoquer ici les noms de Segalen et de Gauguin – la découverte des objets rituels éphémères en usage dans maintes tribus primitives. Ici l’excédent culturel a joué le rôle de germe fécondant d’une révolution de l’imaginaire qui n’a cessé de s’amplifier depuis le cubisme jusqu’aux efflorescences lyriques du surréalisme » (p. 113).

L’Homme sans horizon est un livre qui n’est pas lui-même sans évoquer l’une de ces « splendides barque funéraires ». Ce n’est toutefois pas un livre défaitiste, l’enjeu étant bien au contraire de reconquérir un horizon, ce qui non seulement suppose de défaire les clôtures mais aussi de faire preuve de créativité : « Il s’agit de façonner son cadre de vie comme une œuvre d’art » (p. 285). Et pour donner un aperçu des différentes palettes de l’auteur, je propose de donner à lire quelques autres extraits, avant-goût d’un ouvrage de près de 300 pages.

Évoquant la planification de type socialiste, Gayraud signale que son envers libéral est le « programme ». S’ensuit une analyse d’une singulière acuité qui souligne implicitement la manière dont la technoscience, bien loin de constituer un domaine autonome, est sous condition de l’idéologie :
« […] le paradigme moléculaire du programme a envahi tous les interstices de la vie quotidienne, et ce jusque dans les derniers pays où le plan avait été jusqu’alors un outil de propagande et d’adhésion des masses. Le programme, en effet, peut s’appliquer à tout sujet ou fragment de subjectivité selon les situations et les circonstances. Du programme scolaire au programme informatique la différence est minime. Dans les deux cas, il s’agit de traiter un certain nombre d’informations préétablies en un temps limité donné. La sophistication du programme consiste à intégrer la probabilité de hasards, d’aléas, productifs ou non, qui peuvent surgir dans l’exécution de telle ou telle instruction portant sur des données non encore inventoriées ou agencées, comme dans le cas des programmes de recherche scientifique. Le programme peut concerner un individu, une portion de sa subjectivité, ou un groupe social d’une certaine ampleur, à condition qu’il soit doté d’une cohérence prédéfinie. Il a beaucoup plus de chance d’aboutir que le plan car il porte sur des réalités plus finement délimitées. Il contient surtout un présupposé déterministe, fondé sur des recettes ou des procédures déjà expérimentées qui lui assure une forte probabilité de réalisation. Le paradigme génétique et le paradigme informatique s’unissent pour former une fausse conscience du programme qui a investi ces dernières années tous les domaines de la vie physique et morale : ainsi nous serions programmés par nos gènes pour toute la durée de notre vie, de même durant notre existence, nous travaillerons et organiserons nos loisirs et notre quotidienneté à l’aide de programmes informatiques toujours mieux adaptés, nous assure-t-on, à nos désirs et nos besoins. Car le programme informatique a la prétention de satisfaire l’individualité de chacun, tout comme le programme génétique a la prétention d’en expliciter les potentialités. Du programme de développement de l’entreprise, dont l’ouvrier autant que le cadre reste un rouage puisque ce sont les actionnaires qui décident en dernière instance, au programme individuel de réussite sociale, il n’y a qu’une différence d’échelle » (p. 50-51).

Dans L’Immanence des vérités, Alain Badiou, commentant un poème de Paul Celan (« Disque constellé de prévisions, lance-toi hors de toi-même »), écrit : « L’enseignement fondamental de l’œuvre, en tant qu’elle jette au loin, au plus loin, le disque des prévisions, est de montrer à qui s’en inspire qu’il est capable de quelque chose dont il ignorait qu’il était capable, qu’il ne pouvait d’aucune façon prévoir. Hors prévision, votre vraie capacité est en un sens hors de vous-même [1] ». C’est également l’un des fils directeur de la pensée de Gayraud. Ainsi, au sujet de la conception aristotélicienne du cosmos, cet ordre immuable et nécessaire des cieux, il souligne la clôture dont elle est le symptôme et, par différence, pose les bases d’une philosophie de la liberté humaine, dont l’envers est la possibilité du désastre, notamment écologique. Ce faisant, Gayraud paraît réactualiser une controverse médiévale entre partisans de l’éternité du monde et partisans de sa création, mais en des termes qui n’ont plus rien de religieux, ni de dogmatiques, puisqu’il s’agit de poursuivre une critique résolue du « programmatisme » biologique, informatique et social, et d’en mettre au jour les antiques ressorts métaphysiques :

« […] la vision aristotélicienne d’un cosmos immuable ne laisse aucune place à la possibilité pour ce cosmos d’être changé, dans le sens d’une amélioration ou d’une détérioration, menée par l’action d’un de ses composants. Si, pour Aristote, toute essence contient un possible, il n’est aucun possible sans essence préalable et, dès lors, le possible est comme enchaîné à l’essence et incapable de la transformer. Car s’il est vrai que le bois contient le coffre comme possible, l’existence du coffre n’ira pas transformer l’essence du bois. En revanche, dans les affaires humaines, il paraît bien hasardeux de soutenir que le possible est contenu dans l’essence et qu’une cité ne verra pas se développer en elle des possibles qui n’étaient pas contenus a priori dans son essence. Ainsi la réforme démocratique de Clisthène n’était-elle pas contenue comme possible dans l’essence de la cité aristocratique antérieure. Ce possible non inclus dans l’essence d’un être, mais surgissant en quelque sorte dans son dos et s’opposant à lui, ne tire pas sa légitimité du passé constitutif de l’essence, ni du présent de l’existence, puisqu’il lui est radicalement contraire et menace de le renverser. Il tire sa puissance d’une tendance optative dirigée vers ce qui est encore à venir et figure déjà comme souhait, désir ou projet dans l’imaginaire individuel ou collectif » (p. 116-117)

En vue de décrire la condition de « l’homme sans horizon », Gayraud analyse donc, entre autres choses, l’idéologie programmatique et la « vision aristotélicienne d’un cosmos immuable ». Et il recourt également au concept d’entropie, passage d’une élégance percutante :

« S’il est aujourd’hui un sentiment universellement éprouvé, c’est celui de vivre dans une période de l’histoire où tout semble joué, où toute perspective émancipatrice se referme telle une issue condamnée, où rien d’essentiellement nouveau, d’exaltant ni de prometteur n’est donné en ouverture. Les événements ne s’inscrivent plus dans l’historique, mais se succèdent comme une série aléatoire et indéfinie de faits divers, à la causalité opaque, à la tonalité de plus en plus cauchemardesque, destinés à être aussi rapidement oubliés que spectaculairement exposés. Pour reprendre le vocabulaire de la thermodynamique, une telle situation peut être analogiquement définie comme entropique. On sait en effet que ce qui caractérise d’abord l’accroissement de l’entropie dans les systèmes physiques est la déperdition de l’énergie potentielle. Rapportée aux systèmes sociaux, cette déperdition correspond à l’extinction progressive de toute possibilité historique et rend compte des attitudes existentielles qui apparaissent et se répandent à la faveur de cette extinction : nihilisme de la vie quotidienne, sentiment de la vanité de tout, indifférentisme axiologique, fuite dans la consommation hédonistique ou l’idéologie religieuse, autodestruction spectaculaire. D’autre part, toujours selon les lois de la thermodynamique, la dépotentialisation de l’énergie a pour corollaire inséparable la diffusion généralisée de l’énergie cinétique. Ce processus, qui constitue la seconde caractéristique de l’entropie, correspond à la circulation accéléré des flux humains et marchands et à l’homogénéisation des situations : on vit dans des séquences interchangeables qui se fondent en un présent perpétuel, on se déplace dans des espaces de moins en moins différenciés où l’on trébuche à chaque pas sur les mêmes déchets, on reçoit en quantité sans cesse croissante des messages de plus en plus insignifiants. Derrière les fausses originalités affichées, et la customisation dérisoire des gestes et des attitudes qu’elles recouvrent, se dissimule un moi sans consistance effective, une subjectivité d’autant plus faible qu’elle ne peut s’inscrire dans aucun projet historique d’envergure » (p. 159-160).

Reste dès lors à repérer dans le texte de Gayraud un « projet historique d’envergure ». Et il en est un qui est énoncé négativement aux pages 277-278 :

« Mais la réparation de la nature, quant à elle, est une tâche éminemment prométhéenne qui se profile sur le proche avenir. Le problème n’est plus de savoir si cette réparation prendra forme ou non, et donc de faire montre d’optimisme ou de catastrophisme. Elle sera nécessairement tentée, mais par qui et dans quel sens ? C’est ce qui ne laisse pas d’inquiéter. Car si l’on en abandonne la mise en œuvre aux mains des détenteurs de l’Economie, on n’aboutira au mieux qu’à une artificialisation totale de la vie, et au pire – ce qui est le plus probable – à sa destruction. Or prométhéisme n’a jamais été synonyme de capitalisme. Prométhée est une figure mythique contenant un excédent utopique qui le rend encore opératoire pour le présent comme pour le proche avenir. Ce que l’humanité devra accomplir d’authentiquement prométhéen, c’est de se débarrasser du capitalisme lui-même. »

Tel pourrait donc être ce qui bouche l’horizon géographique, écologique et historique de l’homme contemporain : le « capitalisme ».

La difficulté que pose toutefois L’homme sans horizon réside principalement, à mon sens, dans le motif à la fois figuratif et conceptuel qui en organise la pensée : la fenêtre. Gayraud s’en explique notamment en ces termes :

« Notre métaphore de la fenêtre historique découle bien entendu de notre conception de l’horizon historique : celui-ci s’est imposé comme évidence herméneutique et celle-là en a logiquement résulté. Mais dans le cours effectif de l’histoire, c’est l’inverse qui se produit : c’est la fenêtre qui crée l’horizon. Avant de s’ouvrir sur lui, la fenêtre ouvre l’horizon, le fait apparaître en tant que tel. […] La fenêtre historique se fait image immémoriale, et nous retrouvons ici, inversée dans la camera obscura de l’histoire, ce qui a été défini, à la même époque par un philosophe et par un poète, comme la fonction essentielle de l’image : l’ouverture vers un ailleurs » (p. 92-93).

Mon objection consisterait à rappeler que la fonction pratique d’une fenêtre n’est pas d’ouvrir un horizon, mais d’introduire à l’intérieur de la maison la lumière du jour. En témoignent admirablement les tableaux de Vermeer : la lumière passant par la fenêtre transfigure la sereine intimité de la pièce, qu’il s’agisse de peindre un astronome à son bureau de travail, une laitière ou une femme lisant une lettre, vraisemblablement d’amour. S’il doit donc s’agir d’un horizon, plutôt que d’un jeu d’ombre et de lumière, alors il me semble que c’est le motif de la porte, davantage que celui de la fenêtre, qui est en cause. Gayraud, sans l’ombre d’un doute, voit pourtant bien ce en quoi le verrouillage en question est celui d’une porte, plutôt que d’une fenêtre :

« En 1935, dans une étude intitulée De l’évasion, Emmanuel Levinas adresse à son ancien maître Heidegger une critique radicale et qui, sur ce point, semble bien définitive : il lui reproche de river l’étant dans l’être, de postuler « l’inamovibilité même de notre présence ». […] A la lutte nécessaire contre l’incarcération du monde et des hommes doit répondre, dans l’ordre de la pensée, une sortie radicale et définitive de l’ontologie » (p. 180).

Qu’il s’agisse de sortir de l’ontologie ou du capitalisme, ce serait donc le motif de la porte qui permettrait de conjurer l’absence d’horizon, puisque c’est à condition d’ouvrir une porte qu’une rencontre peut succéder à une image [2], la fenêtre ayant davantage vocation, elle, ainsi que l’a montré Vermeer, à « façonner [un] cadre de vie comme une œuvre d’art ». Cela dit, il est possible d’interpréter la « fenêtre historique » de Gayraud comme l’ouverture sur l’ailleurs par laquelle l’incarcéré parviendra à s’évader ; ce que du reste on trouve précisément formulé à la page 69 :

L’humanité avance en aveugle le long d’un vaste corridor : parfois une trappe se dérobe sous ses pieds et elle s’enfonce dans la fournaise des batailles et des guerres, parfois une fenêtre s’ouvre et lui désigne un horizon. Elle n’a qu’à enjamber la balustrade en opérant un saut qualitatif pour échapper à la marche à tâtons.

Autrement dit, l’injonction serait finalement bien la suivante : « Disque constellé de prévisions, lance-toi hors de toi-même ».


[1] Fayard, 2018, p. 152-153.

[2] En ce sens, l’un des symptômes du verrouillage de notre époque, ce sont les amitiés imaginaires sur Facebook, la relation s’exerçant dorénavant via un regard jeté par la fenêtre, plutôt que via le franchissement d’une porte. Alors, l’image s’impose au détriment de la rencontre.

Ivan Segré, 23/01/2020, in lundimatin#226 → ici



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Joël Gayraud, La Paupière Auriculaire,
Collection Domaine français

Éditions José Corti, 2018
54 pages, 19,50 €

LIEN → ICI



Éditions Corti
60, rue Monsieur-Le-Prince
75006 Paris

corti46[at]orange.fr


COMMANDE : les livres des éditions José Corti sont diffusés dans toute bonne librairie via CDE-Sodis.



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 LECTURE d'extraits de

LA PAUPIÈRE AURICULAIRE

de Joël GAYRAUD 



par Bruno LALONDE, libraire à Montréal



Librairie le Livre voyageur
Prop. Bruno Lalonde
3547 Swail, Montréal, Québec. H3T 1P5
Tél. : (514) 736-0999
Courriel : blalonde@aei.ca
Siteweb : www.bibliopolis.net/livrevoyageur



Bruno Lalonde présentant le livre 

LA PAUPIÈRE AURICULAIRE de Joël Gayraud, 
éditions José Corti






Bruno Lalonde lisant un fragment du livre :

L'exosquelette de Joël Gayraud, sa bibliothèque.


SOURCE VIDÉO : YOU TUBE → ici

DURÉE : 15mn10s

https://www.youtube.com/watch?v=SY-7HZyIYMM



Lecture captivante d'un superbe fragment de l'ouvrage de Joël Gayraud.  
I. Dalbe


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PRÉSENTATION PUBLIQUE

de l'ouvrage

par Joël GAYRAUD



5 mai 2018, 17 heures, à la Maison André Breton, place du Carol, 46330 Saint-Cirq Lapopie



Maison André Breton, Saint-Cirq-Lapopie, 5 mai 2018
© Crédit photo, Joël Gayraud


Dans ce haut lieu émouvant et exaltant du surréalisme, Joël Gayraud a présenté avec brio, à un auditoire ravi et séduit, son livre « La Paupière Auriculaire », éditions José Corti (janvier 2018).



A noter que Joël Gayraud, poète, membre du Groupe surréaliste de Paris, essayiste, a également présenté, le 5 mai en ce lieu, l'ouvrage de Pierre PEUCHMAURD Plus vivants que jamais. Journal des barricades. Préface de Joël Gayraud. Éditions Libertalia → ici




Source visuel → ici



Source : Revue américaine Peculiar mormyrid (N°6) 

Article complet → lien ici


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12 mai 2018, à partir de 12 h 30, à la Halle Saint-Pierre, 2 rue Ronsard, 75018 Paris.



© Source photo : FACEBOOK HALLE SAINT-PIERRE →  ici




LIEN → ici


Succès grandement renouvelé lors de la séance de dédicace par Joël Gayraud de son livre « LA PAUPIÈRE AURICULAIRE » à la Halle Saint-Pierre abritant un musée consacré à l'art brut, l'art singulier, l'art outsider.




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« Harcelé par le brouillage et la cacophonie médiatiques, l’homme contemporain est menacé de surdité mentale et émotionnelle. Il a le plus grand besoin d’interposer une paupière protectrice entre son oreille et le déluge d’informations qui l’assaille. C’est seulement ainsi qu’il pourra filtrer ce qui a du sens et mérite d’être pensé. Pratiquant cette écoute sélective, l’auteur interroge, sous forme de fragments allant de l’aphorisme au petit essai, tout ce qui, au fil des jours, sollicite sa vigilance ou sa rêverie : entre autres thèmes sont abordés ici le sens du mythe, la projection utopique, les passions de l’amour, notre rapport à l’animal et à la nature, le statut de l’objet, du langage et du livre, l’expression artistique, de Corot au Street art, de Kafka à Rimbaud, non sans quelques excursus philologiques et philosophiques du côté de Spinoza, Leopardi et Levinas. Une dérive ironique et critique qui cible les impostures toujours plus nombreuses sur le marché et exalte les occasions d’émerveillement qui se dévoilent dans les interstices d’une vie menée sous le signe de la poésie. » Note de l'éditeur



~ EXTRAITS ~



Extraits ouverts par une citation :

Que seraient nos yeux sans ce qui les protège – sans
les paupières ?
Elias Canetti, Le Collier de mouches, 27


1
Une prochaine mutation de l’espèce humaine pourrait se traduire par le développement continu du tragus de l’oreille, ce petit triangle de chair protégeant déjà partiellement notre conduit auditif, et qui se transformerait au bout de quelques générations en une véritable paupière auriculaire. Plus épaisse que celle qui couvre notre œil, cette paupière serait, comme elle, rétractable à volonté, et nous permettrait de soustraire notre oreille interne aux volumes sonores excessifs auxquels nous sommes aujourd’hui toujours plus exposés. Chez les animaux, de même que chez ceux qu’on appelait encore naguère les primitifs, le bruit joue le rôle d’un signal, d’un avertisseur, indiquant le plus souvent la présence d’un danger. Voilà pourquoi l’oreille doit être maintenue sans cesse en éveil, et l’on sait que la finesse de l’ouïe est un facteur important de survie dans la lutte entre les espèces. Ceci explique l’existence d’un pavillon, parfois mobile et très développé, comme chez les ânes, susceptible de recueillir les sons les plus ténus ou lointains et de les guider à travers le conduit auditif vers le tympan, où ils seront analysés comme autant de mises en garde potentielles. […]


*

2
Pour les Iroquois le monde est né d’un rêve, et c’est à préserver ce rêve afin que le monde ne se défasse pas que l’art est consacré. Or l’art majeur, chez eux, est celui du perlage. Peut-être le lointain voyant qui a inventé cet art avait-il eu, comme les Abdéritains, la profonde intuition que la matière n’est pas une étendue continue, mais est formée d’atomes, dont il a fait des perles le symbole. Et, bien entendu, cette structure atomique, c’est en rêve qu’il l’aura conçue.


*

5
C’est avec l’aide d’une bonne oreille que l’on peut voir l’avenir. Car la vision est d’abord une écoute du temps.

*

7
C’est à Étienne Eggis, un poète excentrique et bohème aujourd’hui bien oublié, petit-neveu de Senancour, que nous devons l’un des plus jolis mots de la langue française, l’adjectif «ensoleillé». Étant donné la faible audience des recueils d’Eggis, ce mot ne serait peut-être jamais entré dans le vocabulaire de tous les jours si Théophile Gautier ne l’avait repris et définitivement imposé. Cet exemple me semble lever un coin du voile sur la formation collective des mots ou des expressions dans la langue parlée: il y a d’abord une trouvaille, due à un poète, fût-il le plus illettré des paysans, puisque toute trouvaille en matière de langage a quelque chose de poétique; ensuite, il faut que cette trouvaille rencontre au moins une oreille, qui soit elle-même sensible à la poésie qu’elle recèle; et enfin, un transmetteur – qui peut, comme dans le cas de Gautier, être le possesseur de cette même oreille – apte à reprendre avec suffisamment de conviction et d’autorité le nouveau mot ou la nouvelle expression pour parvenir à les populariser.

*

8
La dénomination courante des végétaux traduit souvent leur apparence sous forme d’une image aux résonances lyriques ou mythologiques, et leur nom savant, qu’il soit d’origine latine, grecque ou orientale, est presque toujours poétique par sa sonorité même. Si nous prenons notre dictionnaire par la fin, et cueillons dans la dernière page le très méconnu zorumbeth, nous y apprendrons que cette plante commune du nord-est de l’Inde est proche du gingembre, faisant ainsi partie de la famille des zingibéracées; et qu’à ce titre, elle est classée comme l’amome ou le curcuma dans le genre des Zédoaires. Ne sommes-nous pas déjà en partance pour l’Orient des mythes et des contes, rien qu’à entendre la musique au timbre plutôt baroque et savant des six termes de botanique énoncés dans la phrase précédente ? Mais le zorumbeth a plus d’une manière de s’annoncer: en médecine, où sa racine fleurant le camphre et le laurier a de puissantes vertus sudorifiques, on lui donne le nom aux sonorités délicieusement spleenétiques de longose; et, dans la langue populaire, il dispose de toute une panoplie d’expressions imagées – fleur de mon âme, larmes de la vierge, fleur du paradis ou gingembre coquille – qui vont comme un gant à une plante portant des grappes de fleurs semblables à celles de la glycine, mais au calice blanc nacré couronnant un cœur strié d’incarnat.


► AUTRES EXTRAITS de LA PAUPIÈRE AURICULAIRE → LIRE ICI



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~  Frédéric PAGÈS  ~


LE CANARD ENCHAÎNÉ 


RUBRIQUE : LA VOIE AUX CHAPITRES


LA PAUPIÈRE AURICULAIRE

Ce serait une mutation bienvenue : que le tragus, cette excroissance de chair située à l'entrée du conduit auditif, se transforme en une paupière «  rétractable à volonté », comme celle de l’œil. Protection assurée ! En attendant cet heureux jour, Joël Gayraud cisèle aphorismes et réflexions variées comme autant de filtres contre le boucan extérieur. Il s'interroge sur ces nouveaux prénoms que des parents hypermodernes déposent pour leurs enfants : « Cyanure, Facebook, Anus, @, Anal, Rolling Stones, Ikea, Lady Di », etc.

En bon lecteur de Schopenhauer, il note qu'« une vraie volonté est inconsciente d'elle-même. On ne veut vraiment que sans le vouloir ». Nos petits hommes verts avec une épée sur le côté désolent Gayraud : « Comme le montre jusqu'à l’écœurement l'histoire de l'Académie française, l'immortalité littéraire est une longue maladie. «  Qu'il se méfie de ne pas l'attraper !

Frédéric Pagès, Le Canard enchaîné, 3 janvier 2018


◘ - ◘



~ Richard BLIN ~


R E P È R E S


La Paupière auriculaire de Joël Gayraud

Pour pouvoir se soustraire au déluge sonore qui ne cesse de nous assaillir, Joël Gayraud aimerait que le tragus, ce petit triangle de chair situé à l'entrée du conduit auditif, se transformât en une paupière « rétractable à volonté », une mutation qui permettrait à tout un chacun de n'entendre que ce qui l'intéresse, à l'exemple de ce qui le requiert, lui, dans les 336 fragments – de l'aphorisme à la note plus développée – de ce livre qui fait suite à La Peau de l'ombre.

Il y est question de tout : du statut des objets, de la langue – «  la demeure mouvante de l'être », du tabou du porc, de la « puissance émerveillante d'ébranlement » de la poésie, des raisons pour lesquelles la Vierge Marie apparaît souvent amputée des deux mains dans les statuettes la représentant...

A ces thèmes se mêlent des observations ironiques sur le « rabâchage colorié de l'existant » chez Andy Wharol, la complaisance que manifestait Cioran à son égard ou les euphémismes qui font plus de mal que de bien comme d'appeler l'aveugle « non voyant », le condamnant à une double cécité « en le privant de la vision divinatoire en surcroît de la vision sensible ».

Ces sujets s'entrelacent à des réflexions sur l'oubli, la représentation graphique de l'infini, le style de Céline. S'y mêlent aussi des appels à « la contamination généralisée des âmes » face à « l'hygiène mentale » et même des mises en garde : « la barbarie ne s'annonce pas toujours sous une forme barbare. Elle peut n'apparaître d'abord que comme une régression mineure de la civilisation.» Un roboratif bonheur de penser tant, pour Joël Gayraud, la poursuite de la vérité et celle de la volupté sont « inséparables ».

Richard Blin

Source Article : Le Matricule des Anges (mensuel de la littérature contemporaine), N°191, Mars 2018 → ici



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~ MICHAEL LOWY ~


Écrire au fil de l'épée



Joël GAYRAUD, La paupière auriculaire

Ce remarquable livre est l'héritier d'une noble tradition de fragments poético-philosophiques, qui va des moralistes du Grand Siècle jusqu'aux Minima Moralia de Theodor W.Adorno, en passant par Novalis et Leopardi. Joël Gayraud (JG), poète et essayiste, est quelqu'un dont l'idéal est de "rêver au fil des jours, aimer au fil de la nuit, écrire au fil de l'épée et vivre au fil du rasoir". Un mode de vie qui nécessite sans doute cet instrument dont il est l'inventeur : l'onirolabe, un astrolabe capable de capter les rêves. Les aphorismes et fragments ici rassemblés relèvent à la fois de l'onirique, de la passion, de l'épée et du rasoir : ils constituent une dérive - au sens situationniste et surréaliste du mot - ironique et critique qui cible les impostures modernes sans renoncer à la quête du merveilleux.

Adversaire intraitable de la dictature diffuse de la marchandise et des illusions du spectacle - qui rendent "chaque jour l'air de moins en moins respirable" - JG constate que jamais la société n'a été aussi inégalitaire, mais jamais non plus on a connu un cynisme aussi outrageusement nivellateur : tout se vaut, la trahison comme la loyauté, la sottise comme l'intelligence. JG voudrait en finir avec l'oppression qui "comme l'antique Hécate, revêt trois visages qui s'appellent domination, exploitation, réification". Mais la plus grande menace pour le genre humain est celle qui résulte des ravages de la réification de la nature par le système marchand : le changement climatique, la destruction des derniers espaces vierges, l'extinction massive des espèces. Nous sommes déjà entrés dans les premières spires du labyrinthe où nous attend un Minotaure implacable, produit de la "dénaturalisation achevée de l'homme".

Partisan du matérialisme - au sens d'Epicure - Gayraud n'hésite pas à proclamer que "la poursuite de la vérité et celle de la volupté sont inséparables", puisque "l'activité spirituelle pratiquée ardemment est une activité voluptueuse". Cette volupté spirituelle est aussi, il me semble, au cœur de l'amour, qui constitue, selon notre auteur "un accroissement de l'être", un "excès ontologique" et un "débordement créateur", dont "la seule existence en actes suffit à ajouter de la beauté au monde".

L'auteur s'intéresse à Hugo, Baudelaire, Villiers de l'Isle Adam, Rimbaud, Kafka, mais aussi à Spinoza, Leopardi et Levinas. Mais il croit surtout à la poésie, comme "sens permettant de décrypter le monde" , comme "puissance émerveillante", et comme force émancipatrice : "les mains du poète libèrent les mots de la cage invisible où les emprisonne l’usage courant du langage". Une question lancinante l'angoisse toutefois: la poésie "peut-elle survivre longtemps sans promesse de révolution ?".

Voici un livre précieux, à savourer en silence, séparé par des "paupières auriculaires" de l'infernal vacarme du monde moderne...

Michael Löwy

Source Article : LE BLOG DE MICHAEL LOWY → ici


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~ ALAIN ROUSSEL  ~




Joël GAYRAUD



-Pour lecture aisée → clic sur l'article -

Alain Roussel, article in Revue Europe,
N° 1075-1076 novembre/décembre 2018 → ici

Article relayé par revue INFOSURR, N° 139, octobre-novembre 2018,
parution octobre-novembre 2019 → ici  



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Joël GAYRAUD est poète, membre du Groupe surréaliste de Paris et essayiste.

Traducteur de latin (Ovide, Érasme) et d’italien (Leopardi, Straparole, Pavese, Agamben), il publie aussi des articles critiques ou des textes poétiques dans de nombreuses revues françaises et étrangères (Europe, Critique, L’Œuf sauvage, Analogon etc.) → PLUS ICI


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R A P P E L


Chez Corti, Joël Gayraud a publié 
un autre ensemble de textes en 2004 :

La Peau de l’ombre → ARTICLE ICI


► Des extraits de «La Peau de l'ombre» ont été traduits en anglais sous le titre « The Shadow’s Skin », par S. D. Chrostowska. Article paru dans NUMERO CINQ MAGAZINE (mars 2016) → ici

► La publication de cet essai de Joël Gayraud est citée dans l'ouvrage, Kaléidoscope surréaliste, de Miguel Perez Corrales (professeur de philologie espagnole à l'université La Laguna de Ténériffe).
Des extraits de «La Peau de l'ombre» ont paru en traduction dans le numéro 15-16 de Salamandra, la revue du groupe surréaliste madrilène et dans les n°18, mai-juin 2004, n°19-20, juillet octobre 2004, n°21, novembre décembre 2004 de la revue romaine Il caffè illustrato.

►Elise Aru, artiste créant des poèmes-objets en réinvestissant et en détournant les pratiques surréalistes, a publié dans le supplément au n°37 d’En attendant Nadeau, (revue en ligne fondée par la plupart des anciens rédacteurs de la Quinzaine Littéraire) un article The Shadow’s Skin (2017) à propos de sa traduction créative et installation d’extraits en anglais de La peau de l’ombre de Joël Gayraud → ici



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