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mardi 12 décembre 2017

REVUE CATASTROPHES N°3, Décembre 2017

La revue CATASTROPHES est une revue mensuelle d'écritures sérielles, animée par Laurent Albarracin, Guillaume Condello & Pierre Vinclair.


S O M M A I R E


L’édito


Laurent ALBARRACIN : « Noël au ball-trap »




«  N’en doutez pas : c’est par antiphrase que Catastrophes s’intitule Catastrophes. On connaît l’anecdote de Valéry proposant malicieusement ou perversement le titre Littérature à Breton qui cherchait, en 1918, un nom pour sa revue qui serait le contraire d’une revue « littéraire », avec ce que la notion pouvait recouvrir pour lui d’académique, de sérieux, de carriériste, d’assis, de bourgeois. Rien de catastrophiste donc dans notre conception de la poésie ou du monde, nulle haine de la poésie qui viendrait compliquer inutilement notre rapport à elle [1]. Pas même la moindre déploration quant à l’état prétendument moribond d’un domaine de la création où la vitalité et l’invention nous semblent toujours à l’œuvre et de mise, aujourd’hui comme hier. Nous ne sommes les Cassandre de rien et la poésie en tant qu’activité de l’esprit nous semble encore devoir accompagner le sentiment du monde et de la langue, et plutôt dans la joie que dans l’amertume. On n’annonce d’ailleurs pas de résurrection spéciale puisque la poésie n’a jamais été morte.

On peut bien sûr regretter telle ou telle difficulté financière pour les revues papier ou les éditeurs, telle ou telle baisse de subventions, etc. mais les poètes sont de toujours les mieux armés contre l’adversité parce qu’ils ont l’imagination de leur côté. Une revue sur internet comporte bien quelques inconvénients (de lisibilité par exemple) mais elle a l’avantage d’une réalisation facilitée et offre un espace ouvert à l’expérimentation et en particulier aux œuvres de longue haleine – d’où le choix de Catastrophes de privilégier les feuilletons et les travaux qui s’inventent à mesure de leur écriture, grâce à une périodicité relativement rapide (mensuelle).

Lorsque le solstice d’hiver assombrit le jour et réduit son amplitude, c’est bien la bûche du poème dans l’âtre qui maintient le flambeau de la lumière et la croyance en son renouveau. Mais le poème n’est même pas une espérance. Il est un état de fait, une « propriété de la matière » comme disait Maurice Blanchard. Il relève pour lui la part d’inconnu qu’il y a dans les choses. Il exprime souvent le moment d’une inquiétude heureuse, d’un indécidable qui est chance. Le poème n’est pas une solution ; rien n’est une solution, excepté peut-être le fait qu’on peut, qu’on doit, qu’on VEUT vivre avec l’irrésolu comme avec cette dimension qui accroît le monde. Face aux périls et aux catastrophes, face à la nuit « noire et blanche » de Nerval, le contraste et l’ambivalence restent un chatoiement des possibles. On peut certes s’indigner mais c’est plus ou moins se lamenter. On peut aussi décider d’accueillir le monde tel qu’il va et s’écroule et c’est presque le redresser. Les ruines elles aussi fleurissent. La neige est lourde et froide et elle est légère et cotonneuse. Le poète choisit toujours, sans hésitation, le camp de l’indécidable. La catastrophe est d’abord cet instant dramatique qui relance le récit qu’on se livre à soi-même.

Dès lors, amusons-nous un peu. Prenons le contre-pied de l’époque, dégonflons la baudruche et vidons-la de cet air ambiant morose et satisfait. Tirons sur l’ambulance avec des flèches qui sont aussi des rennes ou des chevaux de trait. Dégommons le sérieux – avec l’application et le sérieux que cela requiert. Balançons au besoin quelques gifles pour faire claquer le vent. Attaquons les moulins avec la ferveur des illusions sues. Ce mois-ci, Catastrophes fête Noël au ball-trap, puisque tout fait boule de neige à qui a le réel pour cible. On vous invite au chamboule-tout. Vous trouverez au sommaire de ce numéro des glissades contrôlées dans de vastes territoires encore vierges, des aventures épiques, héroï-comiques, des jongleries, des pitreries et même des sapins tropicaux. Mais dépêchez-vous. Déjà le pôle Nord fond (Serge Airoldi, Fabrice Caravaca, A.C. Hello), le ciel est vide (Guillaume Condello, Eliot Weinberger, Clément Kalsa, Étienne Besse), la cheminée est allumée (Pierre Lafargue, Claire Tching, Hamid Roslan, Laurent Albarracin) : ça sent le sapin (Pierre Lenchepé & Ivar Ch’Vavar, Madeleine Lee, Julia Lepère & Fanny Garin, Gabriela Mistral). »

Laurent Albarracin

[1] Vous trouverez dans ce numéro 3 de Catastrophes (Post-scriptum en bas de sommaire) une réaction de Pierre Vinclair à cette proposition, en cliquant sur « La poésie est une ordure. D’ailleurs le Père Noël n’existe pas ». → ici





Le Pôle Nord fond


Serge AIROLDI, « Voici l’espèce » (3/5)




Fabrice CARAVACA, « Planète plate », 3


A.C. HELLO, « Une seconde », 2



Le ciel est vide


Guillaume CONDELLO, « Tout est normal », 3

Eliot WEINBERGER, « Mahomet » (3/6), traduit par G. Condello

Clément KALSA, « mainmorte » (3/4)

Étienne BESSE, « Tarn tentation — absolution »



La cheminée est allumée


Pierre LAFARGUE, « Le pot, les os » (3/3)

Claire TCHING, « La Poésie française de Singapour », 3

Hamid ROSLAN, « 2×2 poèmes », traduit par P. Vinclair





Laurent ALBARRACIN, « Le Château qui flottait », 1


Poème héroï-comique

I. Le vestibule

«  C’est Ch’Vavar qui d’abord trouva que ça puait.
« Ça pue » lança-t-il, outré, vers les gars devant.
Vinclair, Condello de se retourner : « On sait ».
Nous progressi.ons dans un grand couloir de vent,
5__Un genre de corridor encombré de nuées.
Ça puait, mais il fallait bien continuer.
Ce qu’on fabriquait là nul ne pouvait le dire,
Mais tant qu’à faire autant essayer de décrire
Cet endroit que d’autres n’auraient que décrié.
10__Un grand couloir de vent, donc, aux parois striées
Par des griffures, à la moquette avariée
Qui vous effraierait, à moins que vous ne riiez.
Une galerie que, falots, des candélabres
Éclairent d’une lumière qui se délabre.
15__Un passage au grand jour entre deux crépuscules.
Car ce qu’il y avait, avec ce vestibule,
D’étrange et de troublant, c’est qu’il nous paraissait
Aussi étroit que vaste, aussi chiche que faste.
Comme si tout repère autour disparaissait
20__Et que nous fussions perdus sur la terre gaste.
Pour sûr, tels que nous randonnions, en rang d’oignons
Dans ce défilé se défilant, nous formions
Une chevalerie dérisoire et risible,
Serrés autant que dans une boîte à fusibles.
25__On n’y voyait pas à trois mètres, dans ce four
Où Pierre et Guillaume redoublaient de bravoure.
On nous avait refourgué un piètre flambeau,
Une torche qui plus qu’autre chose fumait
Et au lieu d’éclairer s’en allait en lambeaux.
30__Pourtant c’était à nous d’inventer désormais.
Portes ou lions, on entendait des bâillements
Qui quoiqu’indécidables lâchaient des relents.
« Ça renaude ici l’allégorie frelatée »
Marmonna notre Ivar en ayant adopté
35__Une mine offusquée de blanche Galatée.
Il ajoute en douce, à demi en aparté
(Un peu comme s’il s’eût parlé au téléphone) :
« Mais ça sent le fauve. Le fauve, hein, pas le faune ».
Et donc on pataugeait dans le bleu corridor.
40__Charles-Mézence demanda sur un ton rieur :
« Mais là on est dedans ou bien à l’extérieur ? »
Tout le monde se tut – silence embarrassé
Voire silence un peu réprobateur (assez).
Des moucherons dans un rayon (forcément d’or)
45__Lui sonnaient à leur tour les cloches aux oreilles.
Mais au vrai pour chacun de nous c’était pareil
Car tout nous indiquait que nous nous égarions.
Avouons que nous ne savions où nous allions.
Peut-on pourtant s’égarer dans un vestibule ?
50__Peut-on se perdre dans un tube ? L’araignée
Dévide sa bobine sans jamais dévier
De son chemin qu’elle découvre en funambule.
L’ignorance comme un jus su.intait des murs
De cette antichambre d’un château à mesure.
55__On irait c’était dit, de surprise en surprise
Pour peu qu’on s’acceptât dans un état de crise.
Le vent n’est rien d’autre que la force du vide.
Il pousse à l’inconnu si on sait l’accueillir.
« Arrête ton char, narrateur, tu fais un bide »
60__Balance Ivar, salaud, lui ou l’un de ses sbires.
Bien, profitons de cette coupe inopportune
Au début de ce récit pour faire une pause
Le temps d’établir un campement de fortune
Afin que la petite troupe se repose.
65__Ce n’est sûrement pas cette sorte de couac
Qui pourrait empêcher jamais que l’on bivouaque,
Fût-ce dans un couloir exigu et venteux.
Aussi on s’émancipa de la queue-leu-leu
Et chacun de vaquer à ses occupations.
70__C’est l’occasion de faire les présentations
De quelques-uns parmi les meilleurs de la bande.
Tout cela sans protocole ni préséance.
Pas de chef ici, c’est la rime qui commande.
Alors Ch’Vavar baissa le premi.er sa lance,
75__Avec prestance descendit de sa monture.
Sans moulin à défier il défit son barda,
Prépara un frichti et de la chapelure.
Hélas avec le vent elle se répanda.
Vinclair et Condello en cousant de l’étoffe
80__Héroïque ont monté une pauvre guitoune
Pour se mettre à l’abri en cas de catastrophe.
Ils croient vivre une épopée mais c’est un cartoon.
Parmi les ainés, vénérables vétérans
De l’Aventure ils sont sortis aussi du rang :
85__Messire Abeille, l’infatigable arpenteur
Des Contrées et JP Chambon, le chroniqueur
De la reine Zélia en exode infini.
Pour l’heure ils sont à se partager un blini.
Král, Roussel, clercs en métaphysique ordinaire
90__Cassent la croûte avec un plat de scorsonères.
Ils brisent le réel à grands coups de cuiller
Or celui-ci a le répondant du gruyère.
LF Delisse tout frais débarqué d’Afrique
Dévore un petit salé avec de la mique.
95__Beeckman et Peuchmaurd, eux, ne font rien de spécial,
Ils regardent tout d’un air consterné, glacial.
Paraggio dîne royalement sur l’umbo
De son bouclier d’un grand verre de pinot.
Julien Starck a des visions à la William Blake
100_Tandis que dans son coin, radical, Wolowiec
Déclare la chute de la candeur du gag.
Pierre Lafargue s’adonne au jeu de la bague.
Boussuge et Tanquerel, eux, de leur côté jouent
À chercher paréidolies et gamahés
105_Alors que Jean-Raphaël Prieto, allez,
Herborise un très fin sourire sur sa joue. »

À suivre…





Ça sent le sapin


Pierre LENCHEPÉ & Ivar CH’VAVAR, « Ajustement » (3/6)






Madeleine LEE, « arbres à pluie » (2/3), traduit par P. Vinclair






Julia LEPÈRE & Fanny GARIN, « Accents fantômes », 1


Gabriela MISTRAL, « Tala », traduit par I. Gayraud



Post-scriptum


Pierre VINCLAIR, « La poésie est une ordure. D’ailleurs le Père Noël n’existe pas »
ici


ACCÈS A CATASTROPHES N°3 pour télécharger le pdf complet de ce numéro → ICI


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R A P P E L


Revue CATASTROPHES N°1 (octobre 2017) et N°2 (novembre 2017) → ARTICLE ici


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