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BLOG ART et POESIE : OÙ VA ÉCRIRE ? — POETE — © APPAIRAGES ART

dimanche 14 avril 2019

Joël CORNUAULT, Tes Prairies tant et plus, Pierre Mainard Éditeur, 2018 – Notes de Lecture de Isabelle Lévesque ; Jacques Josse ; Claude Vercey ; Laurent Albarracin





Joël Cornuault, Tes Prairies Tant et Plus,
suivi de « De La Lyrique Amoureuse »
Dessins de Jean-Marc Scanreigh,
Collection Grands Poèmes, 
Pierre Mainard Éditeur, 2018,
16,00€


«  [...]

ne crains plus la nuit
il n'y a nul chien
dans la nuit
rien de cousu
de fil blanc
ou de main de maître

Laisse-moi plutôt te présenter
les Hieronymus Bosch
des dorsales océaniques
laisse-moi te présenter
les Pollock
des champs aquatiques
et dans les eaux polaires
les plus belles
d'entre les belles danseuses
fusées au fourreau noir
les otaries

Laisse-moi te présenter un mois d'avril. »

J. Cornuault, extrait p. 59



LIEN SITE Pierre Mainard → ici

« Tes prairies tant et plus reprend les quatre « Petits Poèmes » amoureux parus entre 2004 et 2010 ; quatre inédits et un essai (De la lyrique amoureuse) les ont rejoints ici avec des dessins de Jean-Marc Scanreigh. Joël Cornuault poursuit la tradition des troubadours, écrivait Claude Chambard, pour lequel « ces poèmes d’amour sensuels, par touches discrètes, secrètes, effleurent à peine l’objet même du désir. Et ainsi, d’allusion en allusion, d’effleurement en baisers, de caresse en mordillement, modèlent sous nos yeux un corps tendre et lourd d’abandon. »
Pierre Mainard




Isabelle LÉVESQUE ◘

Au pays de Tendre

C'est très naturellement qu'apparaît le mot «  prairie » chez ce spécialiste d'Élisée Reclus. Comme il s'agit ici de poésie, la Carte du Tendre ou l'Astrée nous apparaissent simultanément.
Dans le premier texte en prose, du recueil, Joël Cornuault trace un parcours dans la « lyrique amoureuse », de Sappho à Peuchmaurd, en passant par Breton, Éluard, Jean Malrieu et bien d'autres. Il s'interroge : « Pourquoi ne dit-on jamais que l'amour libère ? » Il rappelle cette phrase de Bachelard : «  Il faut être deux [...] pour comprendre un cri... […] ».

Isabelle Lévesque : extrait article du 16 janv. 2019
paru dans le n°1207 
de la Nouvelle Quinzaine Littéraire → ici





◘  Jacques JOSSE ◘

Tes prairies tant et plus

Poèmes de Joël Cornuault

S’il est une poésie dont on parle peu, c’est bien celle qui met en lumière le sentiment amoureux. Elle est souvent décriée, jugée désuète, et ce d’autant que le lyrisme, qui ne bénéficie pas, lui non plus, depuis plusieurs décennies, d’un préjugé favorable, y virevolte en terrain conquis. Elle est pourtant de toutes les époques. Elle a su se réinventer. Elle a abandonné (Eluard et Breton d’abord et, plus près de nous, Pierre Peuchmaurd, n’y furent pas pour rien) le savoir-faire répétitif qui la menaçait pour s’en remettre à l’instinct créatif, à la singularité des métaphores et à la sensualité d’un bestiaire étonnant. C’est dans ces contrées subtiles, entre suggestion et désir de grande osmose que naissent les poèmes de Joël Cornuault. C’est là qu’il œuvre pour que l’harmonie avec celle qu’il aime et qui partage ses jours puisse s’exprimer pleinement et que leurs zones sensibles, érogènes, s’électrisent en fusionnant à hauteur d’herbe ou de fourré.

« Suis-je tes jambes ou suis-je un rêve ?

Ce sont des grives belle joueuse
des miroirs d’herbe sensible

des mésanges à la remontée

les rêves tes jambes
tes jambes de loup des fourrés
forfaits de fougères tes jambes
ou vérifications de velours

et je les écarte comme des rêves gagnés
c’est extraordinaire
que je les écarte comme des lanières
de lait de lune »

Joël Cornuault est à l’affût. Il guette l’enchantement. Pour que surgisse l’inconnu qui remue en lui. Pour que s’aiguise son imaginaire. Pour que les mots s’accouplent et dépassent leur sens premier. Pour que leurs sons s’assemblent en suscitant des cascades sonores. Il n’est pas seul. Dit son bonheur d’être deux. De partager (en présence des étoiles, des oiseaux, des éléphants, des pierres ou des rivières) des moments que nulle horloge ne peut saisir. Des instants vécus hors du temps. Et néanmoins perçus en pleine conscience.

« Si seulement j’étais moi-même
ou toi-même
tout le temps
afflueraient les étoiles filantes
qui chassent les images plombantes

J’admettrais la différence
entre tes belvédères accueillants aux alouettes
et mes pâleurs de réverbères

surtout si j’étais toi-même
tout le temps »

En fin de livre, en une dizaine de pages, l’auteur (par ailleurs traducteur de Kenneth Rexroth) revisite, dans un texte intitulé De la lyrique amoureuse, la longue histoire de ces chants d’amour (partagés, déçus ou contrariés) qui ont traversé les siècles (depuis Sappho, bien avant l’ère chrétienne) en se revivifiant, en s’adaptant et en gardant intacte leur effervescence initiale.

Jacques Josse, 
Remue-net, 29 janvier 2019 → ici




◘  Claude VERCEY  ◘

L’amour dépasse les bornes
Jean-Marc Scanreigh, dessin
pour « Tes prairies tant et plus » de Joël Cornuault

En quelques jours, la semaine dernière, me sont parvenus, de deux sources différentes, le premier des éditions Bleu autour, le second de chez Pierre Mainard, deux livres - chacun illustrant un versant de l’œuvre - de Joël Cornuault, un de ces auteurs quelque peu perdus de vue [1] (j’aurai bientôt à contredire cette affirmation, tant pis !) depuis qu’Edmond Thomas, sa revue et ses éditions Plein Chant, nous ont appris à l’apprécier, pour ses chroniques surtout, d’une rare sérénité, minutieuses, érudites et plaisantes, où déjà il montrait cette inclination, encore vivace aujourd’hui comme il est souligné dans Dromomanies [2], pour ceux qui ont des traits bien individualisés, qui n’entrent pas dans le moule, - une sympathie naturelle qui va aux gens à part. Vraiment à part, s’entend : aussi bien ces malades sociaux (désignés comme tels, du moins) atteint de dromomanie, c’est-à-dire d’irrésistibles pulsions à fuir et à vagabonder, que quelques hommes remarquables, Henry David Thoreau ou André Breton, parmi d’autres.

Tes prairies tant et plus me surprend davantage, à tort sans doute puisqu’un poème ici repris était paru dès 2004 chez Pierre Mainard déjà, et d’autres les années suivantes, et déjà accompagnés par des dessins de Jean-Marc Scanreigh, comme dans la présente édition. A tort certainement puisque les poèmes d’amour qui constituent ce livre me remettent soudain en mémoire (n’avais-je pas annoncé que j’allais devoir revenir sur une précédente déclaration, décidément trop hâtive) les Poèmes d’amour de Marichiko, de Kenneth Rexroth, paru il y a deux ans dans la collection Po&psy, dans la traduction de Joël Cornuault et dont j’avais rendu compte (Repérage du 11 Juillet 2016).

Que les poètes parlent d’amour semble aller de soi. Dans les faits, à la lecture des publications qui actuellement me parviennent, rares sont les livres d’amour, et de beaucoup plus nombreux les livres de deuil par exemple. Ne serait-ce que pour cette raison, en ce qu’il s’oppose à l’air du temps, à sa sinistrose, Tes prairies tant et plus doit être reçue avec ferveur. Joël Cornuault redonne vigueur à une tradition lyrique qui trouva ses plus hautes expressions chez Eluard, Breton, Malrieu – comme lui-même le signale dans une étude qui clôt le livre – et auxquels il emprunte tout un art de la métaphore surréaliste : (Je me suis mis en tête / les volubilis de ta taille / le bleuet de ton cou / ou en un autre poème : ta langue de feuille / tes bras glycine / tes bras passiflore / tes cuisses chèvrefeuilles / sont autant de grands coups de tabac dans mon cerveau de chèvre), pour laisser entendre une langue sensuelle, fruitée, d’un érotisme délicat et précis, à l’égale de celle d’un Jean-Pierre Siméon ou d’un Christian Degoutte.

Joël Cornault ne craint pas d’exalter jusqu’à l’aveuglement les vertus de l’amour qui protège des vilaines vues du monde, écarte les preuves de la méchanceté des actualités. L’amour rectifie les paysages / l’amour est la meilleure / des mises au point :

L’amour dépasse les bornes
avec lui les maisons se retournent
marchant sur le toit
les pierres gelées
rebroussent la pente
le temps reflue
les rues se cabrent
toi
tu te cambres
origine et fin

En bon chevalier servant, le poète va au long des pages célébrer la Belle (belle comme une horloge qui a perdu ses aiguilles) : belle joueuse des lames de fond, son impatiente rêveuse, ou ailleurs sa caille canette, sa douce en douce. Mais le trait le plus émouvant, le plus personnel, de ce chant amoureux, est la constance de l’amant dans l’amour de sa dame, malgré les coups du sort, les passages à vide, le vieillissement. Une chanson des vieux amants : A cinquante ans / je reçus en pleine poitrine /la mitraille du temps, dit un poème. Et un autre : La science / la passion / la patience / qu’il te fallut / pour qu’un soleil / persiste / dans mon absence de pistes / sur le talc de mes décisions. Bref :

Trente-sept ans ont flambé
comme des feuilles dans l’été
Nous avons vécu
coffre ouvert source apparue
je réponds de toi
par tous les temps de la terre
à cœurs offerts et fonds perdus


Claude Vercey, 
Revue Décharge, I.D. n° 785, novembre 2018 → ici


[1] - Les Ruminations dans Décharge 119 (septembre 2003) avaient été consacrées à Joël Cornuault, dont on peut lire à la suite une chronique : Choses ardentes dites paisiblement.
[2] -Joël Cornuault, Dromomanie, Couverture : dessin de Gabrielle Cornuault. Ed. Bleu autour.



Laurent ALBARRACIN ◘

Joël Cornuault


En se ressourçant à la lyrique amoureuse, Joël Cornuault ne réussit pas seulement de magnifiques poèmes d'amour (les plus beaux qu'on ait lu depuis Pierre Peuchmaurd dont Cornuault est d'ailleurs un grand lecteur), il donne paradoxalement une leçon d'audace à tout ce qui se publie actuellement. 

[...]
Laurent Albarracin, « Trois lyriques »,
Revue Catastrophes N°15, Février 2019 → ici


◘ - ◘


↓  Joël CORNUAULT   ↓


Joël Cornuault mène parallèlement un travail d'écriture et de traduction.

◘ Autres publications chez Pierre Mainard :



Photo © Pierre Mainard

. Nostalgie de Wou-ling, une lecture de Li T's'ing-tchao, 1999 – rééd. 2003
. La Grammaire entre les joues, 2004 (*)
. Je me vêts de ton épaule, dessins de Jean-Marc Scanreigh, 2005 (*)
. Souvent nous cheminons...chroniques désordonnées II, 2006
. Le Nom de Matisse aux lèvres, 2007
. Cœur d'oiseau, Dent de lion, dessins de Jean-Marc Scanreigh, 2008 (*)
. Ta langue de feuille, 2010 (*)
(*) poème réédité dans « Tes prairies tant et plus »

◘ Publications chez : Plein Chant (nombreux ouvrages, dont André Breton & Saint-Cirq-Lapopie; Isolato (plusieurs ouvrages) ; Fanlac ; Phare du Cousseix ; Fédérop (plusieurs ouvrages dont Éloge de Gilgamesh) ; Le Temps qu'il fait ; Bleu autour ; Éditions du Sandre ; L'Oie de Cravan éditeur. 

◘ Il a publié des essais sur Élisée Reclus (1830-1905), l'illustre géographe originaire de Sainte-Foy-la-Grande qui fut un grand passeur de science et rêva que la géographie devienne l'œuvre de tous et non de quelques-uns.
. Élisée Reclus, étonnant géographe, éd. Fanlac, 1999.
. Élisée Reclus, géographe et poète, éd. Fédérop, 1995 - rééd. 2014.
. Elisée Reclus : Six études en géographie sensible, éd. Isolato, 2008.
A noter : Du sentiment de la nature dans les sociétés modernes, anthologie de textes d'Élisée Reclus réunis et commentés par J. Cornuault, éd. Premières pierres, 2002, 2013.
Les recherches de Joël Cornuault ont contribué à relancer les études "reclusiennes".
Il anime les Cahiers Élisée Reclus créés en 1996.

◘ Joël Cornuault est traducteur, notamment, de :
• Kenneth Rexroth (1815 - 1852), poète et essayiste américain, dont il a rendu accessibles les textes en France, dès les années 1990 : Les Classiques revisités, essais, en collaboration avec Nadine Bloch, éd. Plein Chant, 1991 ; L'Automne en Californie, poèmes, ed. Fédérop, 1994  ; « Le San Francisco de Kenneth Rexroth », chroniques, Plein Chant n°63, septembre 1997 ; Huit poèmes pour la musique d’Ornette Coleman ; deux poèmes pour Brew et Dick, revue « Europe », octobre 1997 ; Les Constellations d'hiver, éd. Librairie La Brèche, 1999 ; Les Poèmes d'amour de Marichiko, Dessins de K. Hokusai, éd. Érès, coll. Po&Psy, 2016.

• John Burroughs (1837 – 1921), naturaliste et essayiste américain : Construire sa maison, éd. Premières Pierres, 2005 ; Les Yeux perçants, éd. Librairie La Brèche, 2006 ; L'Art de voir les choses, éd. Fédérop, 2007.

• Henry David Thoreau (1817- 1862)  philosophe, naturaliste et poète américain : La Nuit et le clair de lune, éd. Librairie La Brèche, 2002.

• Andrew Jackson Downing (1815 – 1852) écrivain et horticulteur américain : La Philosophie du goût champêtreéd. Premières pierres, 2014.



⋐  A   N O T E R  ⋑



37E MARCHÉ DE LA POÉSIE – PARIS

PLACE SAINT-SULPICE

Du 5 au 9 JUIN 2019

PIERRE MAINARD ÉDITEUR

Stand 608


SAMEDI 8 JUIN à partir de 16 h 00 :

RENCONTRE avec JOËL CORNUAULT


autour de :

Tes prairies tant et plus, Pierre Mainard, 2018

Jean de la Chapelle, L’Oie de Cravan, 2018


◘ - ◘


↓  Jean-Marc SCANREIGH  


Jean-Marc Scanreigh réalise des dessins, peintures, estampes et des livres d'artiste.

Ses dessins accompagnent des recueils ou ouvrages de poètes dont : Michel Butor ; Bernard Noël ; Yves Peyré ; Armand Dupuy ; Jacques Josse ; Joël Cornuault (parutions chez Pierre Mainard et Isolato).




Jean-Marc Scanreigh, dessin 
pour Je me vêts de ton épaule de Joël Cornuault
Carte par Pierre Mainard éditeur, 2005
(Je me vêts de ton épaule
poème réédité dans « Tes prairies tant et plus »)



 Belle Œuvre de Jean-Marc Scanreigh.
Son parcours, œuvres 
et ses expositions en France et à l'international 
ici  et  ici





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