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samedi 25 mai 2019

Christian DUCOS, Plic ! Ploc ! Le Cadran ligné, avril 2019 ◘ - ◘ Notes de lecture de Marc Wetzel ; Tristan Hordé



Christian Ducos, Plic ! Ploc !
Recueil de 108 haïkus
Préface et encres de l’auteur
Le Cadran ligné
64 pages.14 €

SITE → ici

Le Cadran ligné, Le Mayne,
19700 Saint-Clément
Tél. 05 55 93 37 59

laurent.albarracin[at]gmail.com

Commande en librairie
(distributeur Comptoir du livre SPE)

ou en utilisant
le bon de commande/catalogue présent sur le site 
LE CADRAN LIGNÉ → ici

*

si loin de moi l'étoile
que je pourrais presque
la prendre dans ma main (p. 47)

mon poème
quand je mourrai
qui prendra soin de toi (p. 29)

« [...] pour être autre chose qu'un simple jeu poétique autour des choses de la nature, insectes, fleurs, saisons..., le haïku se doit de résonner, vibrer et non pas raisonner, rechercher l'effet. En cela réside tout l'art du haïkiste : montrer sans montrer. Un bon haïkiste est donc un haïkiste disparu, haïkiste mort en quelque sorte, d'où la gravité toute de légèreté de cet art sans égal.
Toutefois l' « abandon » de soi ne saurait être l'abandon de l'oeuvre. Rarement réussi le premier jet. Il y faut le plus souvent « cette part de calcul dans la grâce », la volonté de faire advenir des « hasards » heureux. Pas de naïveté poétique donc dans un haïku mais un cheminement intérieur qui n'exclut pas le travail créateur. Humour, assonances, jeux de langage, passage par l'absurde, autant d'outils indispensables dans le travail de restitution du choc poétique initial mais qui ne sauraient constituer l'essentiel du haïku, à savoir son mystérieux pouvoir d'évidement. […]  ».

Christian Ducos, Préface, extrait

◈  ◈ 



Marc Wetzel


Christian Ducos, Plic ! Ploc !


Rien ne peut être héroïque dans un haïku (qui exclut l'exceptionnel, même dans le mal) ; rien ne peut être grandiose (jamais la justesse ne s'étale ni n'abonde) ; rien ne peut être dramatique (on sait d'avance qui va gagner ou perdre, et c'est le monde, unique acteur, seules source et issue de toutes les tensions). Cela n'exclut, pourtant, respectivement, ni la vaillance, ni la noblesse, ni la gravité.

Une première force de la poésie de Christian Ducos est qu'elle sait apprivoiser le devenir. Bergson a tort : la discontinuité, la solidité, la répétitivité des mots peuvent ne pas trahir ou dénaturer la continuité, la fluidité, le jaillissement de nouveauté du courant des choses. Il suffit de restituer comment le réel en est arrivé là, et de suggérer ce que signifie « se produire ». La parole inspecte les points de départ et d'arrivée de l'état de choses, se glisse à l'intérieur de l'élan d'existence, colonise la métamorphose en cours, magnifie le processus, célèbre en tout comme une transfiguration actuelle. Ainsi le poète ne dit plus « je suis chauve », « le bouquet se fane », « vieillesse ennemie », ou même « un batracien progresse » mais :

« le temps a passé
sa main dans mes cheveux
et les a gardés » (p. 18)

« de temps à autre
au pied du vase
un pétale » (p. 21)

« dernières bougies
les plus difficiles
à souffler » (p. 49)

« de lotus
en lotus
la grenouille » (p. 19)

Cette merveilleuse impression qu'ici le temps devient capable de se formuler lui-même vient de l'art qu'a Christian Ducos de saisir et fixer, comme de l'intérieur, la nécessité des états successifs. Ici, pas de psychologie (les hommes n'y réagissent pas les uns aux autres), pas de technologie (les hommes ne réagissent pas à l'indifférence du monde), pas d'écologie non plus (le monde ne réagit pas aux caprices des hommes), mais le compte-rendu, incessant et exclusif, d'une réaction du monde à lui-même. Que la nature agisse toujours par les voies les plus simples, au mieux (en tout cas au moins mal), jamais en vain (elle ne produit que des catastrophes recyclables), par une sorte de sagesse sans conscience (elle nous laisse lire des fossiles qu'elle n'a pas écrits, elle renonce à produire ce qu'elle échoue à reproduire …), voilà l'atelier immanent de la réalité, son auto-archivage dynamique, ses coulisses sans paravent, dont le serein haïkiste se fait secrétaire extralucide et espion rieur :

« le corbeau se pose
la branche
ne tremble pas » (p. 30)

« le temps fraîchit
son chant faiblit
la cigale » (p. 35)

« avant ce vol parfait
larve au fond de l'étang
la libellule » (p. 54)

Exemple parfait, ainsi, d'un avant-match vu du seul monde :

« pelouse baignée de soleil
dans quelques secondes
une pluie de crampons » (p. 50)

Et les rares fois où l'homme intervient, c'est donc mains nues, l'esprit comme facultatif, le cœur soucieux du seul équilibre :

« jusque dans la haie voisine
fermement raccompagnée
l'araignée du salon » (p. 48)

Les rares fois où les hommes interagissent, c'est une pitié impavide qui vient constater leur nature injuste, en enregistrant comme des épidémies d'exclusion, des inondations d'abandon, des séismes de barbarie :

« quelle tristesse
tout le monde dans son chez-soi
sauf ceux qui n'en ont pas » (p. 54)

Christian Ducos est un homme profond, qui demande (au-delà du joli, du pittoresque, du sublime même) ce que pourrait bien être la beauté pour elle-même. Sa question est quelque chose comme : l'harmonie, hors de l'homme, a-t-elle besoin de s'apparaître ? Et le sourire énigmatique d'un mucus gluant (à la fois, chez les gastéropodes, lubrifiant de chaussée, colle à grimpette et sécrétion d'un tapis médicinal) nous répond :

« même sur la beauté
elle baverait
la limace » (p. 56)

Ce que dit la courte et forte préface de ce recueil (que la constitutive fadeur du haïku est sans naïveté, qu'il est une « bêche qui creuse au cœur du banal jusqu'à heurter le roc du réel », qu'il paralyse le sens pour nous figer dans le silence qui le contient, - et même que ce sens se dérobe quand il ne renvoie qu'à lui-même, exactement comme s'abolit pour elle-même la nature dans le circuit géant, mais fermé, de sa présence) en électrise et affine la lecture, levant toute prévention de butineur circonspect de ces microcosmiques trouvailles, comme le dit merveilleusement l'une d'elles :

« bouquets parfaits du fleuriste
le papillon
hésite » (p. 50)

Humour stoïcien d'un auteur – comme délicat chirurgien de l'étoffe des choses – qui, par le seul inventaire des moyens de présence légitimes et suffisants du monde, aide à pardonner à la mort :

« la terre tourne
jusqu'à ce qu'un jour
sur nous elle se retourne » (p.37)

Marc Wetzel, via site poezibao, 22/04/2019 → ici


♦ ■ ♦ 


◘ Tristan Hordé ◘


Plic ! Ploc ! de Christian Ducos


Plic ! Ploc ! le bruit de la pluie, Ploc ! le bruit de la grenouille qui tombe dans l’eau chez Bashô, et le titre de la revue de l’association française du haïku… On sait que le haïku classique (de Bashô, Issa, chacun ici dans un haïku) compte trois vers non rimés de 5, 7 et 5 syllabes, relatifs notamment aux saisons, aux choses de la vie quotidienne. Le genre a été introduit en France au début du XXesiècle et adapté par de nombreux poètes, dont Paul Éluard qui a publié 11 haïkus en 1920 et qui s’est souvenu de cette forme ensuite, par exemple dans Cours naturel, en 1938 :

          Le bec de bois crachait des flammes vertes

          L’herbe aurorale

          Chant des fontaines disparues

L’essentiel est, chaque fois, de conserver la brièveté, l’emploi de groupes nominaux, l’inégalité dans la longueur des trois vers, mais aussi le déséquilibre syntaxique. Il ne s’agit pas de restituer dans notre langue ce qui appartient à une culture fort éloignée de la nôtre, ce que rappelle Christian Ducos pour qui l’intérêt du haïku vient de ce qu’il « entretient un rapport très particulier avec le sens qu’il s’emploie à immobiliser, figer pour mieux faire entendre le silence dans lequel il est tout entier contenu. » Beau programme que de chercher à restituer pour le lecteur le « mystérieux pouvoir d’évidement » du haïku.


Ce qui séduit dans le livre, c’est la volonté de Christian Ducos de ne pas proposer une simple succession de haïkus, mais souvent de donner à lire quelque chose de l’absence au cœur du haïku ; ainsi, le premier haïku et le dernier se répondent et la suggèrent :

          coquille vide

          peut-être pas

          l’escargot !


          enfin

          de l’autre côté du mur

          l’escargot


On peut relever tous les haïkus qui, avec de nombreuses variations, mettent en évidence le vide, l’absence dans le temps et l’espace. Ainsi la fleur n’apparaît que lorsque ce qui la cachait est ôté :

          lorsque l’herbe est coupée

          plus rouges encore

          les fleurs de l’azalée

et des moments oubliés resurgissent avec un objet :

          bille d’agate

          retrouvés

          mes yeux d’enfant

Le silence même est dans le haïku pour que puisse s’entendre une vibration — « le haïku se doit de résonner, vibrer », écrit Christian Ducos :

          là

          dehors

          dans le silence d’éclore


          sous la peau nue des pierres

          bat le sang

          du silence


Bien d’autres approches du haïku sont retenues dans le livre. Son titre qui figure un bruit est introduit et, quelquefois, le lien à la saison ou à ses aspects retrouve le ton du haïku classique :

          elle vient

          comme la pluie

          la mélancolie*


Christian Ducos, comme il l’indique dans sa note liminaire, utilise les ressources rhétoriques pour inventer sa voix. Il joue sur le double sens d’une expression :

          elle se croyait parfaite

          elle tombe de haut

          la neige

et sur l’homophonie :

          elle est claire

          avec elle-même

          la luciole

L’humour est présent dans nombre de haïkus :

          lire Saint-Simon

          ou se laver les pieds

          matinée d’été

et, également, le plaisir de l’absurde, le vide ou le poème lui-même devenant personnage :

          il fait si chaud

          même mon ombre

          cherche un peu de fraîcheur

On lit aussi des haïkus avec assonances, qui peuvent en même temps être en vers comptés (10 + 8 + 8) :

          par la fenêtre la lune d’avril

          personne ici pour l’accueillir

          le monde entier pour s’en réjouir

On voit la variété des approches du genre, qui permet d’aborder tous les sujets, y compris des questions de société, la peur de l’autre et l’extrême pauvreté, celle que l’on préfère ne pas voir :

          chacun a peur

          de l’ombre de l’autre

          vivement midi


          le regard du mendiant

          m’a fait baisser les yeux

          longue nuit


On ne boude pas son plaisir à lire et relire Plic ! Ploc !, à comparer le traitement différent d’un même thème (presque chaque thème apparaît deux fois) et s’il arrive d’estimer un peu faible un haïku on passe allègrement au suivant.

Tristan Hordé, 10/05/2019 → ici

Bashô écrivait : « Soleil d’un matin d’hiver / tout n’est que mélancolie », traduction René Sieffert, dans Bashô, Jours d’hiver POF, 1987, p. 61.


╔   R A P P E L    ╗


~ Christian DUCOS ~


P A R U T I O N S


LE CADRAN LIGNÉ

☛ Christian Ducos, La Source, Collection ''Livre d'un seul poème'', 2010 → ici

☛ Christian Ducos, Dans l'indifférence de l'arbre, Collection Livre courant, 2015 → article ici

~ ~

Poète et essayiste, dessinateur (encres), Christian Ducos édite par son association Le pauvre songe, créée en 2010 à Talence → ici. Ses ouvrages sont marquants autant par leur forme que par leur contenu.

☛ Ses ouvrages personnels aux éditions Le pauvre Songe : Trois poèmes, 2010 ; Douze bougies pour éclairer la lune, 2010 → note lecture ; Une branche et des miettes de brume, 2011 → note lecture ; Le vol du papillon, 2012 ; Le poème ou l'expérience de la soif, 2012 ; Triptyque, 2012 ; Pourquoi Rimbaud, 2013 ; Tryptique 2, 2016 ; Tryptique 3, 2017 ; Collection accordéon, 2018 (Trois recueils de seize pages chacun, format accordéon) : - Haï/12/kus de minuit  -✓ L'éclair, sur quoi d'autre bâtir... (aphorismes)  -La barque vide / Le dernier tram (proses brèves) ; Le chaînon bleu, 2018.

☛ Collection de l'Umbo : Le bruit de l’encre, avec encres de l'auteur, 2015 → article ici

____


Christian Ducos, un poète en méditation
Propos recueillis par Laurine Rousselet

entretien, 21/02/2019 → ici

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37E MARCHÉ DE LA POÉSIE – PARIS

PLACE SAINT-SULPICE


5 au 9 JUIN 2019

Stand 613




mercredi 5 juin : 14 h – 21 h 30

du jeudi 6 au samedi 8 juin : 11 h 30 – 21 h 30

dimanche 9 juin : 11 h 30 – 20 h


Éditions Le Cadran ligné

Le Mayne
19700 Saint-Clément

05 44 40 56 42

E-mail : laurent.albarracin[at]gmail.com



Le livre Plic ! Ploc ! de Christian Ducos, Le Cadran ligné, 2019, sera présenté au 37E MARCHÉ DE LA POÉSIE.
Ainsi que les autres nouveautés 2019 : Bleigiessen, la vision par le plomb de Sylvain Tanquerel & Katrin Backes ; Ode au Paillasson de Eugène Savitzkaya, et le fonds.

Le Cadran ligné sera, stand 613, en compagnie des éditions Dernier Télégramme et des revues Catastrophes, « Inter, art actuel » et Ouste.

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